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L’aide à la jeunesse ne dispose pas des moyens suffisants pour remplir ses missions

Carte blanche des Conseillers et des Directeurs : l’aide à la jeunesse ne dispose pas de moyens suffisants pour remplir ses missions
17 déc. 2021 à 14:565 min
Par L’Union des Conseillers et Directeurs

Les métiers de Conseiller de l’aide à la jeunesse et Directeur de la protection de la jeunesse ont pour origine le Décret du 4 mars 1991.

A cette époque, ces deux nouvelles fonctions voient le jour et révolutionnent la manière de concevoir l’aide à la jeunesse en privilégiant une réponse sociale plutôt qu’une réponse judiciaire. L’aide aux mineurs en difficulté et en danger doit être prioritairement examinée de manière négociée requérant la collaboration et le consentement des intéressés. La déjudiciarisation est née.

De ce fait, le Conseiller de l’aide à la jeunesse offre aux jeunes, à ses parents et familiers, sur base de leur adhésion, l’aide la plus appropriée. Le Directeur de la protection de la jeunesse est chargé de mettre en œuvre les décisions du Tribunal de la jeunesse. Il modalise l’aide contrainte avec toujours pour ambition de recueillir l’accord du jeune, de ses responsables légaux afin de revenir à l’aide consentie.

Trente ans plus tard, les Conseillers et Directeurs existent toujours mais il aura fallu attendre le décret du 18 janvier 2018 pour officialiser leur existence au travers de "l'Union des Conseillers et des Directeurs".

En cette trentième année d’anniversaire, nous souhaitons vous faire part de notre travail et de notre quotidien.

Nous gérons plus de 42.000 jeunes répartis dans les 26 services (SAJ et SPJ) que compte la " Fédération-Wallonie-Bruxelles ".

Cela fait donc 30 ans que, tous les jours, nos équipes sont présentes sur le terrain, en famille, dans nos locaux, mais aussi au plus proche de la population pour écouter, aider, soutenir, orienter les jeunes et leur famille. Nous mettons en place une ou des mesures nécessaires pour protéger un jeune, de son entourage ou de lui-même, tout en essayant de préserver ses liens familiaux, son développement et son bien-être.

A la date du 19 mars 2020, quand la Belgique s’est mise à l’arrêt, l’Union des Conseillers et des Directeurs et l’Administration de l’Aide à la Jeunesse ont refusé la fermeture de ses 26 SAJ et SPJ. Il était en effet impensable de laisser les jeunes et les familles sans plus personne à leurs côtés pour traverser cette épreuve hors du commun.

Dès le lendemain, l’imagination et la passion de nos équipes se sont mises en œuvre pour pouvoir assurer le même service d’aide et de protection de la jeunesse qu’avant la crise malgré le lock down, les mesures impactant un grand nombre de secteurs collaborant avec nos services et les cas de COVID et/ou les mises en quarantaine qui déciment encore aujourd’hui nos équipes.

A ce jour, nos travailleurs sont épuisés. Nous regardons comme tout le monde les chiffres COVID remonter et espérons que l’année 2022 sonnera le glas (définitif) de cette pandémie mondiale. Cependant, en tant que professionnels de l’aide spécialisée, nous pouvons affirmer sans crainte de nous tromper que les conséquences directes et indirectes de cette tragédie virale ne font que commencer. Plus que jamais, nous avons la crainte de voir arriver une crise socio-économique qui frappera de plein fouet les jeunes, les familles dont nous avons la charge. Notre secteur qui travaillait déjà à flux tendu avant 2020 risque de chavirer. Nous ne savons pas si, dans les jours à venir, nous pourrons maintenir le bateau à flot.

En effet, le seul et unique refinancement obtenu en trente ans d’existence nous permet à peine de sortir la tête hors de l’eau pour pouvoir mettre en œuvre nos missions de base au bénéfice de nos jeunes et leurs familles. Notre quotidien se traduit par des prestations de 40 à 50 heures par semaine, par des listes d’attente de minimum 6 mois à 1 an (voire plus) pour bénéficier de l’accompagnement d’un service d’aide en famille ou pour attribuer à un enfant une place en institution alors que sa situation l’exige immédiatement.

Malgré cela, nous tenons car la passion pour notre métier nous anime mais pour combien de temps encore ? Cette réalité - notre réalité – est méconnue. Le dévouement de nos équipes manque de reconnaissance, mais cela ne les empêche pas de rester créatives et réactives.

Nous regrettons que les SAJ et SPJ ne soient cités que pour mettre en lumière certains drames qui alimentent ponctuellement l’actualité tout en nourrissant un a priori selon lequel l’aide à la jeunesse ne fait rien pour les éviter !

Pourtant, tous les jours, nous nous efforçons de soutenir des familles alors qu’elles font face à des difficultés parfois indicibles telles que la précarité, la maladie, la santé mentale, le handicap, l’isolement, les violences intrafamiliales et parfois, de plus en plus souvent, le tout à la fois… Combien de situations à la croisée des chemins de la fragilité sociale, du handicap et de la santé mentale se trouvent sans solution ?

Grâce à un travail spécifique parfois de longue haleine, nous nous battons pour permettre à des enfants de ne pas être séparés de leur famille, de leur fratrie ou, au contraire, pour retrouver leurs parents, leurs proches et leur foyer. C’est aussi notre rôle de mettre en place pour certains jeunes esseulés des lieux de vie adaptés à leurs besoins pour qu’ils puissent grandir, se développer et s’épanouir.

Au quotidien, notre ambition et notre engagement sont de permettre à ces jeunes et ces familles de reprendre en mains leur destin et retrouver des conditions de vie dignes et respectueuses de leurs besoins les plus fondamentaux !

Comme nous l’avons déjà évoqué, c’est la passion qui nous anime, mais c’est aussi la crainte de ne pas pouvoir résoudre toutes ces situations qui nous arrivent qui nous poussent à écrire cette carte blanche. Nous nous devons d’attirer l’attention de nos responsables politiques qui auront la lourde tâche de trouver les moyens de payer la facture de la crise COVID. Ils se devront de ne pas oublier notre secteur, celui de l’Aide et de la Protection de la Jeunesse. Il est indispensable de soutenir et de financer ce maillon essentiel de notre société, celui de la protection des enfants de 0 à 18 ans. Il en va de même pour les secteurs partenaires qui sont également touchés par les retombées de la crise. Les listes d’attente en Santé Mentale ne cessent d’augmenter et le temps d’attente d’une admission dans le secteur AVIQ-PHARE peut parfois atteindre plusieurs années.

Outre une augmentation des possibilités de prises en charge dans les services, une reconnaissance de nos missions fondamentales auprès des jeunes et des familles, nous prônons également aujourd’hui l’investissement dans des moyens pour une prévention transversale et la mise en place d’outils adaptés à nos bénéficiaires selon qu’ils évoluent en milieu rural ou milieu urbain.

Le principe de la déjudiciarisation reconnu par l’ensemble des acteurs de terrain et souvent même envié en dehors de nos frontières n’est pas un vœu pieux. C’est un processus qui permet aux jeunes et aux parents d’être acteurs des mesures d’aide qui les concernent. Nous sommes convaincus que celles-ci s’avèrent plus efficientes si elles font sens pour les familles qui peuvent de ce fait, symboliquement, s’approprier la responsabilité du changement.

Pour conclure, nos services sont essentiels ! Notre quotidien n’est pas aisé. Il est exercé par des travailleurs passionnés, motivés et créatifs qui revendiquent de disposer des moyens nécessaires à l’exercice de leurs missions d’aide et de protection telles que prévues par les textes légaux. Nous vous remercions pour votre attention.


Michaël Verhelst, Président de l’Union des Conseillers et Directeurs de l’Aide et de la Protection de la Jeunesse
Joëlle Piquard, Vice-Présidente de l’Union des Conseillers et Directeurs de l’Aide et de la Protection de la Jeunesse

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