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L’agriculture sociale ou comment le retour à la terre crée du lien

Chaque semaine, Marie-Françoise quitte son institution pour personnes handicapées pour prendre la direction de la ferme du Raz Buzée.
18 mai 2022 à 06:083 min
Par Martin Caulier

Reprendre confiance en soi, se réinsérer ou permettre à des personnes handicapées de sortir de leur quotidien et tout cela au travers du travail de la terre. C’est le but de l’agriculture sociale. Un concept qui séduit les agriculteurs wallons. Plusieurs d’entre eux ouvrent les portes de leurs fermes à des personnes fragilisées. Qu’elles soient en burn-out, victimes d’assuétude ou encore porteuse d’un handicap ; tout le monde est le bienvenu. C’est le cas notamment à Gerpinnes à la ferme du Raz Buzée.

Ici, c’est le projet "bien dans tes bottes" qui a permis de mettre en relation des agriculteurs et agricultrices avec des personnes porteuses de handicap comme Marie Françoise. Chaque semaine, elle quitte son centre pour personnes handicapées et vient donner un coup de main. "Je nettoie les cages des lapins, je mets les copeaux de bois, après je mets un de foin sur le côté", explique-t-elle. Mais ce n’est pas tout, Marie-Françoise aide aussi à la préparation des fromages, yaourts et autres glaces qui sont produits directement à la ferme.

En plus d’accueillir des personnes fragilisées, la ferme du Raz Buzée ouvre aussi ses portes aux écoles comme ici à ce groupe d’enfants issus de l’enseignement spécialisé.
En plus d’accueillir des personnes fragilisées, la ferme du Raz Buzée ouvre aussi ses portes aux écoles comme ici à ce groupe d’enfants issus de l’enseignement spécialisé. RTBF

Cela fait déjà deux ans que Marie Françoise aide à la ferme. Anne Sophie, elle, était éducatrice spécialisée avant de se lancer dans l’agriculture, alors pour elle, accueillir dans son exploitation c’est tout naturel. "Je voulais une ferme ouverte pour tous. Je ne voulais refuser aucun bénéficiaire". Mais au-delà du contact apaisant avec les animaux, l’idée ici est aussi de permettre une forme de prise de confiance et d’autonomisation de la personne accueillie. "Le but pour elle, c’est qu’elle ait confiance en elle, qu’elle puisse se sentir utile dans la société parce que souvent ce sont des personnes qui sont un peu contemplatives. Ici le but c’est vraiment qu’elle se sente actrice et qu’elle ait une place".

Le but pour elle, c’est qu’elle ait confiance en elle, qu’elle puisse se sentir utile dans la société

Aujourd’hui, Anne -Sophie accueille aussi un groupe d’enfants issus de l’enseignement spécialisé. Une manière d’intéresser à l’agriculture et de créer du lien social. Une méthode qui semble porter ses fruits chez nos voisins. "Les pays du nord de l’Europe tout comme les Pays-Bas voient en fait la santé mentale tout à fait différemment", explique Nathalie Bodart, chargée de mission agriculture sociale et responsable du projet "bien dans tes bottes". "Là-bas, lorsque vous consultez votre médecin généraliste, il/elle peut dire "je vous prescris des antidépresseurs par exemple mais à côté de ça, je vous prescris aussi des soins par le travail en ferme". On sait que le fait d’être dans l’action, cela permet à la personne d’évoluer vraiment positivement".

En Wallonie, une quinzaine de projets d’agriculture sociale sont répartis sur l’ensemble du territoire.
En Wallonie, une quinzaine de projets d’agriculture sociale sont répartis sur l’ensemble du territoire. RTBF

Une évolution rendue possible grâce aux agriculteurs bien sûr mais peut-être aussi par le simple fait de retourner à la terre. "Les fermes sont des lieux qui, depuis très longtemps, rassemblent les gens", poursuit Nathalie Bodart. "C’est aussi l’idée de faire une action qui a du sens parce que c’est vrai qu’on vit dans une société où on ne trouve pas toujours du sens dans ce qu’on fait mais là tout d’un coup, il y a quelque chose de très concert car on doit cultiver, on doit donner à manger aux animaux, etc".

Pour Anne-Sophie, agricultrice à la ferme du Raz Buzée, le projet est clairement une réussite. "C’est clair qu’on gagne énormément en le faisant, en tout cas pour ma part parce que c’est un reflet de la société qu’on n’a pas toujours sur soi. On sent qu’il n’y a pas que chez Marie-Françoise juste l’envie de venir passer un temps à la ferme et puis elle s’en va, il y a vraiment une relation qui se crée".

Une relation, une amitié qui se cultive donc. En Wallonie on compte aujourd’hui une quinzaine de lieux d’accueil. Des projets qui se retrouvent tous le sur site de la plateforme d’agriculture sociale.

 

Réécoutez le reportage autour de l'agriculture sociale à la ferme du Raz Buzée

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