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L’affaire Monica Lewinsky éclatait il y a 25 ans : comment Bill Clinton en sortit plus populaire que jamais

L'oeil dans le rétro

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C’est une affaire qui a régulièrement fait la une de la presse durant l’année 1998. Il y a 25 ans éclatait l’affaire Monica Lewinsky, après une annonce retentissante le 26 janvier. Chronique d’une affaire qui a connu de nombreux rebondissements, jusqu’à aboutir à une procédure d’impeachment lancée par le parti républicain le 19 décembre.

Si la presse mondiale s'est emballée au sujet de cet adultère de la part du président des États-Unis en 1998, c’est parce que les ingrédients de cette affaire sont universels : il est question de sexe, de pouvoir, de mensonge et de coup monté. Qui plus est, cela concerne le chef d’Etat de la plus grande puissance du monde.

Le Monicagate, du nom de cette stagiaire de la Maison blanche, Monica Lewinsky, est révélé au grand public le 19 janvier et éclate véritablement avec cette phrase que le président américain lâche en conférence de presse le 26 janvier 1998. Ses mots, qu’il dit adresser au peuple américain, entrent dans l’Histoire : "Je n’ai pas eu de relation sexuelle avec cette femme, mademoiselle Lewinsky. Et je n’ai jamais dit à personne de mentir, pas une seule fois". C’est précisément cette phrase de Bill Clinton qui lui vaudra beaucoup d’ennuis…

Le 26 janvier 1998, William J. Clinton nie à la presse avoir eu une relation sexuelle avec la stagiaire de la Maison Blanche, Monica Lewinsky.
Le 26 janvier 1998, William J. Clinton nie à la presse avoir eu une relation sexuelle avec la stagiaire de la Maison Blanche, Monica Lewinsky. © Diana Walker/Getty Images

Un enregistrement compromettant et des preuves accablantes

Dès lors, l’année 1998 sera marquée par le Monicagate aux États-Unis, et le 19 décembre, une procédure de destitution est lancée contre Bill Clinton : les députés, en majorité républicains, estiment que le président démocrate a commis un parjure et une entrave à la Justice.

On parle d’entrave parce qu’il aurait poussé Monica Lewinsky, jeune employée de la Maison Blanche, à mentir dans une procédure judiciaire. On évoque le parjure puisqu’il aurait lui-même menti. Pour comprendre, il faut citer ici deux autres protagonistes sans qui il n’y aurait jamais eu d’affaire Lewinsky. Le premier c’est le procureur Kenneth Star, le second ou plutôt la seconde, c’est une fonctionnaire de la Maison blanche, Linda Tripp. Kenneth Star qui ne cache pas ses sensibilités républicaines, enquêtait au départ sur une affaire immobilière impliquant les époux Clinton. Mais au fil du temps, son enquête s’enlise et il tente de la relancer en s’intéressant aux relations extraconjugales que l’on prête à Bill Clinton, dont Monica Lewinsky.

Au départ, interrogée par Kenneth Star, elle nie avoir eu des relations intimes avec le président. Seulement, elle s’était confiée auparavant auprès d’une employée, Linda Tripp… et celle-ci avait tout enregistré. Ce sont ces enregistrements qui parviendront à Kenneth Star. Ce dernier parviendra également à trouver des traces d’ADN du président sur la fameuse robe bleue tachée de Monica. Monica Lewinsky accepte alors de révéler sa liaison au procureur en échange d’une immunité des poursuites contre elle.

Le président Clinton, un menteur qui ne sera finalement pas destitué

Monica Lewinsky et le Président Clinton, un cliché sorti comme preuve par le Comité judiciaire de la Chambre le 21 septembre 1998 dans le cadre de l'enquête Starr.

Face à de telles preuves brandies par l’accusation, Bill Clinton est obligé de changer sa version des faits sous peine de paraître pour un menteur…

"Liar !", le mot s’affiche à la une de la presse avec la photo du président, l’affaire est sérieuse. Le président américain va alors tenter d’expliquer qu’il n’a pas menti : il n’a pas eu de relation sexuelle à proprement parler avec Monica Lewinsky mais "une relation inappropriée". Un des journalistes politiques les plus célèbres des États-Unis, Jim Lehrer, lui demande alors de préciser sa pensée. "Ce n’était pas à proprement parler une relation sexuelle, vous voyez ce que je veux dire" explique le président qui sans utiliser les mots, suggère qu’il n’y a pas eu de pénétration. C’est pourquoi, de son point de vue, il n’a pas menti.

Cela n’empêchera pas la procédure de destitution lancée contre lui par la majorité républicaine de la chambre des représentants. Mais il n’y aura pas de majorité des deux tiers au Sénat pour aller plus loin, certains sénateurs républicains voteront même avec les Démocrates contre la procédure de destitution, le fameux impeachement. On connaît bien à présent la manière dont cela fonctionne puisque l’impeachement a été lancé à deux reprises contre Donald Trump, d’abord accusé d’abus de pouvoir fin 2019 et ensuite d’incitation à l’insurrection après l’assaut du capitole de janvier 2021. Là non plus la procédure ne passera pas la rampe du Sénat.

Une affaire qui a… rendu Bill Clinton plus populaire que jamais

Avec 25 ans de distance, que retient-on de ce Monicagate et de cette procédure de destitution lancée contre Bill Clinton ?

D’abord un paradoxe : l’affaire rendit le président plus populaire que jamais. Les élections législatives de 1998 ont eu lieu en plein Monicagate et son parti, le parti démocrate, a augmenté son nombre de députés. Le parti du président qui progresse aux élections de mi-mandat, ce n’était plus arrivé depuis Franklin Roosevelt en 1934.

Comment l’expliquer ? Parce que petit à petit, le récit du "le président est infidèle et c’est un menteur" va se transformer dans l’opinion publique américaine : "Il a peut-être eu, pour reprendre ses propres termes, une relation inappropriée mais ce qui est réellement inapproprié c’est de vouloir le destituer pour cela" et vouloir donner à l’affaire des allures de coup monté.

Aujourd’hui, seule reste la conséquence psychologique de cette histoire : un président obligé de détailler sa vie sexuelle à la télévision. Quant à Monica Lewinsky, qui fête ses 50 ans en 2023, sa vie aura été jusqu’ici marquée par une affaire qui a alimenté cancans et commérages dans le monde entier.

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