RTBFPasser au contenu
Rechercher

Laetitia Dosch : "Explorer la nature humaine, c’est ce qui me plaît dans mon métier d'actrice"

11 août 2021 à 08:54Temps de lecture4 min
Par Elli Mastorou

On vous en parlait dans notre article sur le ‘female gaze’ au cinéma cet été : ce mercredi sort ‘Passion Simple’, le film de la franco-libanaise Danielle Arbid, adapté du roman éponyme d’Annie Ernaux. En alter ego de la romancière, Laetitia Dosch y incarne le rôle principal : celui d’une femme prise dans une histoire passionnelle avec un homme pourtant très différent d’elle.

De ses débuts dans 'La Bataille de Solférino’ de Justine Triet, au génial ‘Jeune Femme’ de Léonor Serraille, en passant par les films de Guillaume Senez (‘Keeper’, ‘Nos Batailles’) ou encore ‘Playlist’ (qui sort la semaine prochaine), on savait la comédienne franco-suisse habituée aux rôles de nana enjouée, débrouillarde et un peu barrée. Dans ‘Passion Simple’ on la découvre dans un registre différent, plus grave, inattendu mais puissant, troquant son roux pour des cheveux blonds afin d'incarner cette "femme sous influence" – telle Gena Rowlands dans le film de Cassavetes.

A travers cette histoire aussi intense qu’éphémère, ‘Pasion Simple’ soulève des questionnements plus profonds, tels que la place de la passion, l’abandon, le regard d’une femme sur un homme, et vice-versa…  L’occasion de discuter avec la comédienne du regard des autres, notamment des hommes, dans le film et dans la vie, et comment celui-ci l’a forgée en tant qu’actrice aussi.


►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe


Loading...

Comment ce rôle vous a été proposé ?

Au départ, Danielle (Arbid, la réalisatrice, NDLR) avait du mal à trouver son actrice. Plusieurs personnes se sont succédé, mais elle ne trouvait pas ce qu'elle voulait. De mon côté, je suis une grande lectrice d'Annie Ernaux, et je venais de travailler avec le producteur de Danielle, que j'aimais beaucoup. J'avais lu ‘Passion Simple’ avant, sans rapport avec le film. Donc on me propose ça, je dis "Mais bien sûr " (rires) ! Même pas besoin de lire le scénario ! Et puis j’ai rencontré Danielle, et tout de suite, ça a "matché". J’ai été séduite par le soin qu'elle disait vouloir donner aux images, aux corps…

Le film raconte une histoire de sexe, il y a donc beaucoup de scènes nues. Comment les avez-vous abordées ?

D’autres actrices avant moi ont apparemment ont eu peur de ça, ce que je peux comprendre. Mais j’ai beaucoup aimé comment Danielle parlait des scènes physiques. Elle m’a prévenue : "Attention, il y aura 8 scènes d'amour, c'est très important pour moi de montrer que chacune est différente, qu'il y a quelque chose de l'humain qui se joue dedans de très fort…" Le rapport change, évolue, ces scènes ce sont un peu des baromètres. Tout de suite j'ai dit, c'est fantastique, et c'est vrai que je n’ai pas eu peur du tout. C'était plutôt comme un besoin, je trouvais ça beau que ça existe. Après, bien sûr, en vrai ce n'est pas forcément facile d'être nue... Mais c'était secondaire.

A l’époque, le fait qu’’Annie Ernaux parle d’un homme comme objet de désir, ça avait fait scandale.

O'Brother distribution - Magali Bragard

Le livre est sorti en 1992, il y a quasiment 30 ans. Avez-vous le sentiment que la façon dont on parle des relations intimes a changé depuis ?

Il faut que vous sachiez qu'à l'époque, c'est un livre qui avait fait scandale. Le fait qu'une femme comme Annie Ernaux, très engagée à gauche, avec une écriture pratiquement sociologique, puisse estimer que sa sexualité ait une place là-dedans… Dans les critiques de l'époque qu’Annie m'a fait lire, il y a des titres du genre : "Annie Ernaux ose parler du sexe de l'homme" ! Parler d’un homme comme objet de désir, ce n’était pas facile à l'époque ! Je pense que ce qui pourrait déranger davantage maintenant, c'est le fait qu'une femme indépendante, forte, et mère, fasse passer tout ça au second plan. Elle se perd, en fait. 

Comment est née votre vocation d'actrice ? 

J'étais une adolescente très timide, presque muette. C'était pas rigolo du tout, j'étais vraiment ultra renfermée sur moi-même. Du coup on m'a dit ‘va au cours de théâtre’. Un jour sur scène, j’ai commencé à imiter ma mère, et les gens ont ri. Je ne pensais pas que ma mère était drôle ! Sur scène, votre vision de la vie change, quand vous la confrontez aux autres. Du coup je me suis dit "Ah mais je pourrais faire ça, en fait !" Après, comme plein de gens, je me suis dit "Non mais il faut être connue pour devenir actrice, ou alors il faut être très belle", des choses comme ça. Et puis un jour, à 18 ans, j'ai rencontré un acteur professionnel, et je l'ai suivi dans son travail. Du coup après, je lui ai dit : "Je veux faire comme toi." Alors j'ai passé une audition pour entrer dans un cours, j'ai fait sept ans d'études de théâtre, je suis sortie il y a environ 13 ans maintenant, et depuis, je travaille tout le temps. 


►►► A lire aussi : Le "female gaze" au cinéma cet été


Être actrice, n’est-ce pas aussi, d'une certaine façon, vivre dans le regard des autres ?

Je dirais que c’est apprendre à trouver son propre regard sur soi-même, dans une situation où on est regardé·e par d'autres. Ça fait partie du travail. Le regard des autres, il va tout le temps bouger : on va être désiré·e, plus désiré·e, re-désiré·e, oublié·e. Donc il faut tenir. C'est un chemin de vie – c'est peut-être un chemin de croix par moments, mais ça fait partie du métier. Mais ce n’est pas pour ça que j’ai choisi ce métier. Je l'ai fait parce que je voulais entrer dans plein de personnages, comprendre la nature humaine dans des vies différentes... Ça, c'est vraiment le côté du métier qui me plaît. 
Qu’est-ce que ce film vous a appris sur la nature humaine, du coup ?

Bon, c'est pas sur la nature humaine, mais il y a un truc un peu bête que j’ai appris sur moi. (Elle hésite). Bon, pour de vrai, ça m'a appris que j'étais une belle femme. (Ça m’a appris à) ne pas lutter contre le fait d'être... jolie. Ne pas avoir à s'en excuser, ou à avoir à le combattre... De l'accepter. Accepter qu'un jour ça va partir, aussi ! Et qu’il y a des jours où c'est pas là.... Qu’on n’est pas toutes égales là-dessus... Que c'est un regard, c'est une place, les hommes n'ont pas les mêmes critères... Cet endroit troublant, ça m'a permis de l'accepter. Voilà. J’ai toujours un peu honte d'en parler, mais c'est sorti !


►►► Pour recevoir les informations des Grenades via notre newsletter, n’hésitez pas à vous inscrire ici


‘Passion Simple’ de Danielle Arbid. Avec Laetitia Dosch, Sergueï Polunin. En salles ce mercredi 11 août.

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.