La Wallonie "proche du régime communiste" : le gouverneur de la BNB revient sur ses propos polémiques

La Wallonie proche du régime communiste : le gouverneur de la BNB revient sur ses propos polémiques

© THIERRY ROGE - BELGA

02 juil. 2020 à 05:56 - mise à jour 02 juil. 2020 à 05:56Temps de lecture3 min
Par Maxime Paquay

"La Wallonie plus proche du communisme que du néolibéralisme", ce sont les propos de Pierre Wunsch qui font polémique. Le gouverneur de la Banque Nationale affirme dans une revue de l’UCLouvain que la Wallonie sera probablement une dépense publique équivalente à 70% de son produit intérieur brut en 2021 et 2022. "On sera plus proche d’un régime communiste que d’un régime néolibéral que d’aucuns décrivent " affirme-t-il. Ces propos ont fait réagir, notamment Elio Di Rupo, ministre-président wallon socialiste, qui les a qualifiés d’erronés quant au fond, d’erronés sur le fond et d’inquiétants.

Ce sont en tout cas des propos simplistes ou réducteurs. Oui, le parallèle avec le communisme est pour le moins hasardeux. D’abord, ces 70% de dépenses publiques en regard du produit intérieur brut wallon, c’est une projection pour 2021-2022 qui n’est pas fantaisiste, elle tient la route, mais l’essentiel des dépenses est en fait attribuable à l’échelon fédéral, et pas à l’échelon wallon. Ensuite, c’est une estimation des dépenses publiques qui vont suivre une période de récession. Dans tous les pays ou régions d’Europe aujourd’hui, la dépense publique explose — pensez au chômage temporaire par exemple. Donc, les prévisions de la future richesse produite diminuent également dans tous ces pays. La plupart des pays européens vont en fait voir leur rapport entre dépenses publiques et produit intérieur brut augmenter.

Pierre Wunsch a voulu lancer un débat sur la soutenabilité des dépenses publiques wallonnes. Le gouverneur de la Banque Nationale revient sur ses propos. "L’économie wallonne n’est évidemment pas une économie communiste, mais ce qui est vrai — et je crois qu’on doit en être conscient — c’est qu’en termes de dépenses publiques à l’échelle de l’OCDE, on est les troisièmes plus élevés. C’est un choix de société, mais qu’on ne nous dise pas qu’il y a un gros problème de réduction de dépenses publiques, qu’il y a un gros problème de manque de dépenses publiques en Belgique."

"On a fait un choix, on a des dépenses publiques qui sont très élevées, et singulièrement, si on regarde en Wallonie, ce n’est pas tellement que les dépenses sont plus élevées en Wallonie par habitant, elles sont probablement assez comparables à la Flandre, mais c’est que notre assise économique est trop faible, et donc non seulement la Belgique est aujourd’hui globalement en déficit, mais en plus la Wallonie dépend en partie des transferts de la Flandre. Donc, si on fait la somme de ces deux choses, ça veut dire qu’il y a une part substantielle des dépenses publiques en Wallonie qui aujourd’hui relèvent d’endettement ou qui sont financées par des transferts de la Flandre. Il faut donc quand même être un peu prudents et se rendre compte qu’on atteint certaines limites."

L’assise économique est trop faible

"Quand on est à plus de deux tiers du PIB, peut-être même 70% de dépenses publiques en rapport au PIB wallon, le gros problème est quand même que notre assise marchande pour financer tout ça est trop faible, et ce n’est pas un choix idéologique en faveur de l’entreprise, c’est simplement que si on regarde la situation en Wallonie, c’est ça qui manque. L’assise économique est trop faible, donc, encore une fois, si on regarde le niveau de dépenses publiques, en Wallonie il est assez comparable, et à l’échelle belge, les dépenses sont assez comparables dans les trois Régions, mais la capacité à financer ces dépenses publiques est moindre en Wallonie, elle est insuffisante."

"On ne peut donc pas plaider pour l’un sans être attentif à l’autre. On ne peut pas plaider toujours pour plus de dépenses publiques - et si c’est un choix de société, pourquoi pas - mais sans en même temps s’inquiéter du fait que ça doit être financé et il y a quand même un contexte politique aujourd’hui qui fait qu’une des sources de financement, qui sont les transferts nord-sud, semble être remise en question par certains."

La Wallonie ne pourrait pas voler de ses propres ailes, son tissu économique est trop faible, tout comme son taux d’emploi. Voilà donc pour le propos, qui n’est ni neuf ni révolutionnaire en soi. Oui, la Wallonie pourrait ou devrait sans doute réfléchir à la soutenabilité de ses dépenses publiques, mais ce qui ressort pour l’instant de cette polémique, c’est un mot clé, un seul, communisme, et il n’est manifestement pas de nature à faire émerger un débat serein sur les finances publiques.

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