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La visite de Paul Kagame auprès du Roi Philippe suscite la polémique

La visite de Paul Kagame auprès du Roi Philippe suscite la polémique
05 juin 2018 à 14:09 - mise à jour 05 juin 2018 à 14:092 min
Par Aubry Touriel

Paul Kagame a été reçu mardi par le roi Philippe, à l'occasion des Journées européennes du développement. Depuis de nombreuses années, le dirigeant africain suscite des critiques pour son autoritarisme. Au pouvoir dans son pays depuis 2000, il a été réélu avec 98,8% des voix l'été dernier

Laure Uwase, avocate d’origine rwandaise active dans la défense des droits de l’Homme et membre de l'asbl Jambo, s'est indignée sur le plateau De Afspraak (VRT) de l'accueil réservé au dirigeant rwandais: "Ce n’est pas normal que l’on déroule le tapis rouge à quelqu’un contre qui il existe de graves accusations de violations des droits de l’Homme."

Peter Verlinden, journaliste à la VRT spécialiste de l'Afrique, explique que le front patriotique s’est infiltré dans les bandes responsables du génocide contre les Tutsi en 1994. "C’est une omerta au niveau international, mais aussi en Belgique. Tout le monde le sait, il suffit de le demander à un ambassadeur."

Olivier Nduhungirehe, secrétaire d'État rwandais aux Affaires étrangères, réfute ces accusations et indique : "Cette théorie existe depuis longtemps et est d’un cynisme épouvantable. Le Premier ministre du gouvernement intérimaire en 1994, Joseph Kambanda, qui avait plaidé coupable sur la planification et l’exécution du génocide, a été condamné à perpétuité." 

Le journaliste, inscrit sur "la liste des ennemis du Rwanda" depuis 2009, ajoute: "Paul Kagame est récompensé parce qu’il est le meilleur dictateur de la région: il exerce la répression au meilleur moment possible. En 1994, le Front patriotique est arrivé au pouvoir avec Paul Kagame. Depuis le premier jour, ils ont organisé la répression. Le ministre de l’Intérieur de l’époque a par exemple été tué par le régime."

Ce n'est pas la première visite

Le président rwandais était déjà présent l'année passée à Bruxelles pour le même événement, mais il n'avait pas eu d'échange avec le souverain. Cette fois-ci, Paul Kagame porte également la casquette de président de l'Union africaine, ce qui pourrait expliquer sa rencontre avec le Roi Philippe.

Peter Verlinden s'étonne néanmoins que le monde politique invoque la stabilité économique et le dialogue pour justifier une telle rencontre: "Le "dialogue" est un beau mot, mais pour les personnes sur place, c’est un mot vide de sens. Depuis près de 25 ans, Paul Kagame a installé une dictature. A chaque fois, c’était accepté par le monde politique. Les arguments étaient les mêmes : nous avons besoin de lui pour la stabilité de la région. C’est lui qui a déstabilisé le Congo : il l'a attaqué à deux reprises en 1996 et 1998."

Mission réussie

Pour Olivier Nduhungirehe, la visite du président Kagame était une réussite : "La délégation a rencontré le Premier ministre, le Roi belge et les hauts représentants de l'Union européenne. Elle a notamment tenu des discours sur la promotion des femmes.

Le représentant rwandais remet en outre en doute la partialité des deux personnes interrogées sur le plateau de la VRT. "Peter Verlinden n'est pas un simple journaliste, il est également activiste."

Olivier Nduhungirehe souligne "ne pas avoir de problème avec la critique", mais il faut le faire "de manière sereine en se basant sur des faits". Il accuse par ailleurs l'asbl Jambo, dont Laure Uwase est membre, d'être "un club qui ne reconnait aucune responsabilité du gouvernement intérimaire en 1994 dans le génocide."