RTBFPasser au contenu
Rechercher

Et Dieu dans tout ça?

La vie, ses signes et ses énigmes avec Philippe Forest

01 févr. 2022 à 15:34Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première

"Un message. Qu’attend-on d’autre de la vie ? Sinon qu’un jour elle nous fasse un signe" : ce sont les premiers mots du nouveau livre de Philippe Forest qui nous entraîne en Chine pour, peut-être, résoudre quelques énigmes de la vie. Depuis son premier roman, il y a 25 ans, il écrit à propos de la mort de sa fille et sur l’expérience du deuil. Et il dénonce ce qu’il appelle 'la religion de la résilience'.


Philippe Forest est écrivain, romancier et essayiste. Pi Ying Xi. Théâtre des ombres est publié chez Gallimard.


Depuis le décès de sa fille qui l’a poussé à écrire son premier roman en 1997, L’enfant éternel, il ne cesse de s’opposer à 'la religion de la résilience'.

"Ce qui me gêne dans ce que j’appelle la religion de la résilience, c’est cette pensée positive qui, d’une manière ou d’une autre, qu’elle l’avoue ou pas, vise à dissimuler, à effacer ou à amoindrir en tout cas la part du tragique dans notre existence."

Or, je pense que c’est seulement en se confrontant à cette dimension tragique de la vie qu’on a une chance, précisément, de pouvoir survivre autrement que sous la forme de cette conformité à une certaine norme que la société nous impose.

La religion de la résilience, c’est l’idéologie de la société néolibérale qui est désormais la nôtre, et à laquelle l’art, la littérature ou même chacun d’entre nous doit s’opposer s’il veut rester libre et fidèle à la vérité.

Il ne faut pas faire honte ou culpabiliser ceux qui sont confrontés à cette expérience du tragique. A l’époque du décès de sa fille, il y avait une injonction très forte, pour ceux qui avaient perdu un proche, et notamment un enfant, à faire son deuil. Comme si c’était un impératif à la fois moral, social et politique.

"Or il n’y a pas lieu de faire son deuil si faire son deuil veut dire substituer à la personne que l’on a perdue une autre personne dans laquelle on puisse investir son affection. […] On envisage les individus comme des biens susceptibles d’être produits, et réparés s’ils sont défectueux."

Il y a de l’irréparable dans la vie et il y a de l’irremplaçable chez ceux que l’on aime. Si l’on est susceptible de remplacer qui l’on aime, c’est que l’on n’aime pas vraiment.

Pi Ying Xi. Théâtre des ombres

La légende raconte comment un mage, autrefois, parvint à consoler un peu l’empereur du chagrin profond où l’avait laissé la mort de la femme qu’il aimait. Dans l’obscurité, il fit apparaître sous ses yeux la silhouette de la belle courtisane disparue.

Ainsi naquit l’art du Pi Ying Xi, auquel, en Occident, nous donnons le nom d’ombres chinoises. Dans la tradition chinoise, qui se perpétue jusqu’à aujourd’hui, il s’agit de petites marionnettes, de pantins articulés et colorés dont on projette l’ombre sur un écran en papier. C’est un art populaire destiné aux enfants, qui ressemble beaucoup à notre guignol. Philippe Forest a été frappé par le rapprochement entre ce théâtre d’ombres et la fête des morts telle qu’elle est célébrée en Chine.

Les ombres renvoient à Platon et à l’allégorie de la caverne, comme si nous ne connaissions de la réalité que les ombres qu’elle projette, explique-t-il. Cela renvoie aussi aux disparus : les ombres sont les morts. Puis il y a cette idée que nous-mêmes sommes peut-être semblables à des ombres. Où est la réalité ? Où est la fiction ? Où est l’objet ? Où est son ombre ?

Je crois qu’un écrivain, c’est quelqu’un qui se pose nécessairement ces questions et qui s’interroge sur les apparences parmi lesquelles nous passons et ce à quoi elles renvoient, ce qu’elles révèlent.

Chacun d’entre nous, dans la nuit où il vit, cherche à retrouver l’ombre de ce qu’il a perdu. Un message mystérieux, parfois, nous met à notre insu sur la piste. Le monde se métamorphose alors en un labyrinthe au sein duquel se multiplient les signes et où tout prend un air étrange de déjà-vu.

Philippe Forest ne croit pas au surnaturel mais il est convaincu que les signes et les superstitions qui les accompagnent nous permettent de donner un sens à ce que nous avons vécu et à ce que nous sommes.

"C’est un peu là-dessus que je joue dans ce livre comme dans les précédents, en évoquant la manière dont je rencontre, au hasard de mes voyages, un certain nombre d’oeuvres littéraires qui me semblent correspondre à ce que j’ai moi-même écrit et donc moi-même vécu."

 

Ecoutez l’entretien complet ici

Et dieu dans tout ça ?

La vie : ses signes et ses énigmes avec Philippe Forest

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Sur le même sujet

Nos vies en flammes : le roman d'une Amérique qui sombre

Entrez sans frapper

Effacer les traces : "Dans un deuil, l’oubli est possible, mais pas dans un trauma"

Tendances Première

Articles recommandés pour vous