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Matière grise

La vengeance est-elle un plaisir ? La réponse du cerveau…

L'être humain est-il naturellement violent ?

Patrice Goldberg dans Déclic

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Si l’on suit les informations au quotidien, la violence est partout : criminalité, terrorisme, manifestations qui dégénèrent, théâtres de guerre… L’humanité semble s’éloigner d’un idéal de paix universelle. Le chercheur canado-américain Steven Pinker propose quant à lui une théorie inverse : malgré nos impressions, la violence serait en recul à travers le monde. Il nomme cette théorie le "paradoxe de la violence". Pourtant, il semblerait qu’une certaine agressivité puisse nous procurer du plaisir…

Un monde de plus en plus pacifique ?

Pour le chercheur en psychologie cognitive Steven Pinker, le monde n’a jamais été aussi pacifique qu’aujourd’hui. Dur à croire quand on entend les nouvelles… Pourtant, si l’on observe les statistiques des guerres et des homicides sur plusieurs siècles, les dires du psychologue vont dans un sens : progressivement les mesures de violences décroissent, l’être humain tend vers une société plus pacifique. En tout cas, et malgré tout ce que l’on voit un peut partout, il semble faire des progrès.

Ces progrès s’expliquent notamment par notre cerveau. Selon Steven Pinker, il comporte notamment deux circuits de fonctionnement : l’un correspond symboliquement à un petit démon, l’autre à un petit ange. En fonction des circonstances et du profit que nous pourrons en retirer, nous utiliserons l’un plutôt que l’autre : nous nous montrerons plus ou moins violents ou plus ou moins coopératifs.

La vengeance est-elle un plaisir ? La réponse du cerveau…
La vengeance est-elle un plaisir ? La réponse du cerveau… © Tous droits réservés

Douce vengeance…

Dès lors, peut-on estimer que l’être humain a bel et bien une disposition naturelle à l’agressivité dans certains cas ? Ce type de comportement est-il inné ? Pour le vérifier, des chercheurs de la Virginia Commonwealth University ont décidé de mener une expérience. Ils ont placé tour à tour plusieurs volontaires dans une machine à imagerie par résonance magnétique, pour observer ce qu’il se produisait dans leur cerveau au cours d’un jeu tout simple.

Voici comment se passe ce genre d’expérience :  le volontaire a un écran devant lui et, dans sa main, un boitier avec un bouton. Dès qu’il voit un rectangle rouge apparaître à l’écran, il doit appuyer le plus vite possible sur le bouton. Avant de commencer le jeu, les chercheurs l’ont également informé qu’un rival se trouvait dans la pièce à côté : celui qui remporte l’épreuve de vitesse aura le droit de punir l’autre.

Comment ? Le volontaire a un casque sur les oreilles, et avec son boitier il peut envoyer un son désagréable à son adversaire, sur une échelle d’intensité de 1 à 4. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il ne joue pas contre une véritable personne mais contre un ordinateur qui a été programmé pour gagner dans le premier cas, et perdre dans le second.

Que se passe-t-il alors ? Dans la première manche, le volontaire est battu (forcément, puisque c’est programmé) par son prétendu rival, qui " choisit " alors de lui infliger la pire punition : un son d’intensité 4, soit le plus désagréable. Lors du match retour, c’est au tour du volontaire de gagner et d’avoir l’occasion de punir à son tour celui qu’il pense être son adversaire. Et dans la plupart des cas, il va se venger : il enverra, lui aussi, un son d’intensité 4.

Évidemment, le plus intéressant dans cette étude est de voir ce qu’il se passe dans le cerveau du volontaire au moment où il se venge. En l’occurrence, les chercheurs ont observé qu’une zone bien spécifique du cerveau s’activait : le striatum ventral. Cette structure est connue pour s’allumer lorsque nous ressentons du plaisir, par exemple face à un plat alléchant ou devant une personne qui nous séduit. Ce qui signifie que, d’une façon tout à fait naturelle, la vengeance est douce à notre cerveau et peut nous procurer un certain plaisir. Autrement dit, il existe bel et bien un circuit cérébral qui peut nous pousser à une certaine forme d’agressivité dans certaines circonstances.

L’éducation, essentielle pour désamorcer la violence

Le cortex préfrontal, située juste derrière notre front, est la zone la plus rationnelle de notre cerveau.
Le cortex préfrontal, située juste derrière notre front, est la zone la plus rationnelle de notre cerveau. Dorling Kindersley, Getty Images

Mais alors, comment contrer notre nature, ou en tout cas, une partie de notre nature ? L’idée c’est qu’il faut " nourrir " le striatum ventral avec d’autres récompenses que la vengeance. C’est le rôle de l’éducation dès le plus jeune âge : apprendre au cerveau à fabriquer le plus souvent possible des récompenses par l’entraide et la coopération plutôt que par la vengeance et l’agression.  

Pour apaiser notre violence potentielle, il existe également une autre partie du cerveau qui peut être stimulée : elle s’appelle le cortex préfrontal et se situe donc juste derrière notre front. C’est la zone la plus rationnelle de notre cerveau, celle qui nous fait prendre conscience que nos actes et nos paroles entraînent des conséquences.

Tout comme le striatum ventral, cette zone peut être stimulée par l’éducation, et notamment l’éducation aux médias. Elle est essentielle pour développer un esprit critique et apprendre à distinguer une source d’information fiable d’une source non fiable. Car, même si le chercheur a raison et que l’être humain est peut-être sur la bonne voie, il faut admettre qu’il lui reste encore du chemin à parcourir…

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