La tyrannie de l'apparence, une fatalité ?

La tyrannie de l'apparence

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18 avr. 2017 à 12:50Temps de lecture3 min
Par Fabienne Pasau

Ce règne du paraître entraîne nombre de préjugés : les personnes en surpoids ou obèses par exemple sont décrites comme étant moins intelligentes, moins dynamiques, moins compétentes, avec une personnalité faible... Mais il n'y a pas que le surpoids qui peut être un handicap. La couleur de peau, l'âge, la manière de s'habiller, de se maquiller, etc... le sont également.

 

Cette tyrannie de l'apparence a malheureusement un impact direct dans nos vies professionnelles, personnelles et numériques. Dans l'univers des médias, de la politique, et bien d'autres, le physique fait qu'on est perçu plus ou moins positivement, alors que ce qui devrait compter c'est le programme, les compétences, la motivation. On constate dans des testings de CV qu'un candidat enveloppé a trois fois moins de réponses positives pour se présenter à un rendez-vous d'embauche... Internet et les réseaux sociaux amplifient ce phénomène. Une réalité qui reste pourtant dans le déni général.

 

Quand l'opinion publique, les entreprises et les gouvernements
reconnaîtront-ils sérieusement cette tyrannie des apparences ?

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Avec La société du paraître. Les beaux, les jeunes et les autres (éd. Odile Jacob), Jean-François Amadieu explore cet impérialisme du paraître dans nos sociétés, en s’appuyant sur des enquêtes inédites concernant notamment les réseaux sociaux, le monde du travail, la politique ou la télévision, et les discriminations qui y sévissent. Sociologue spécialiste des déterminants physiques, il est également conseiller scientifique au ministère du Travail et membre de l’agence Entreprises et Handicap. 

Selon lui, il est inévitable que le culte de la beauté, de la minceur ou de la jeunesse finisse par provoquer des refus et des réactions dans l’opinion publique. Allons-nous enfin être libérés de la tyrannie des apparences ?
 

Pour relancer ses ventes en chute libre, Mattel a créé une série de nouvelles Barbie moins stéréotypées.

Jean-François Amadieu juge que les parents peuvent déjà jouer un rôle dans l'éducation qu'ils donnent à leurs enfants, dans leur façon de leur apprendre le respect de l'autre.

Ils peuvent aussi essayer de proposer à leurs enfants des jouets différents, pour les habituer à des physiques de toutes sortes. Il existe par exemple des Barbie plus petites, plus rondes, plus colorées que la poupée mannequin standard.

Avec quel succès ? Maigre encore, mais c'est déjà mieux que rien même si on n'est pas près d'inverser la tendance...

Guillaume Kerbusch dans Le Trait d'Union

Dans le milieu scolaire, le motif majeur de moquerie concerne le physique : la taille, le poids, ou encore le look.

Les jeunes sont harcelés, à l'école mais aussi sur les réseaux sociaux, au point parfois d'envisager le suicide.

"Ce n'est pas tant le regard des autres qui est blessant que le regard que j'avais sur moi-même. On s'autodéprécie, on se marginalise à cause de nos différences et on est d'autant plus pointé par les autres", souligne Guillaume Kerbusch.

Acteur, il a créé un spectacle qui traite du sujet : Le Trait d'Union. Jeune adolescent, il a souffert d’obésité suite au divorce de ses parents : deux sujets en un (le divorce et l’obésité) qui touchent beaucoup de jeunes et dont le théâtre parle peu. Le spectacle, dynamique et hybride par le mélange de la vidéo, du mouvement et du théâtre, retrace la solitude de ce jeune garçon encombré d’un passé qui de toute évidence n’est pas si passé que ça...

Le culte de la beauté chez Abercrombie & Fitch

Plus on est beau, plus on gagne.

Ces discriminations à l'embauche sont par exemple exacerbées chez Abercrombie & Fitch, où les salariés doivent répondre à certains critères physiques stricts. Plus on est beau, plus on est en adéquation avec la marque, mieux on est placé, mieux on est rémunéré. Et on sert plus volontiers les clients qui répondent à ces critères physiques... Plusieurs procès sont d'ailleurs en cours dans le monde à ce sujet.

La marque de vêtements branchés (qui bannit les grandes tailles) est désormais en perte de vitesse, notamment parce que l'opinion publique semble sanctionner cet élitisme à l'américaine.

 

 

Abercrombie: le début de la fin ?

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Etrangement, en Europe et le monde entier, il y a très peu de législation sur le sujet. Il est parfois question des différences raciales, des discriminations de sexe, mais très peu du physique, de l'âge, du surpoids...

Toutefois, l'opinion publique commence à manifester une volonté de changement. Des pétitions circulent contre ces discriminations à l'embauche, des émissions ouvrent leurs portes à des personnes au physique moins avantageux, qui sont reconnues pour leur talent, comme dans The Voice par exemple.

"Au théâtre, ajoute Guillaume Kerbusch, c'est tacite mais on s'efforce de sortir des clichés. Ce qui nous intéresse, c'est d'aller chercher la personnalité des gens, leurs aspérités. Les choses parfaites sont ennuyeuses. Mais ce qui est sûr dans le monde du théâtre, c'est que le bel âge reste entre 35 et 45 ans. On est toujours tributaire de l'image qu'on renvoie, puisque notre métier c'est d'être vu."

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Ecoutez l'émission intégrale

 

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