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Coupe du Monde 2022

La Tribune : Qatar 2022, "On envoie la Coupe du Monde dans des endroits qui ne sont pas faits pour elle"

22 mars 2021 à 21:12 - mise à jour 22 mars 2021 à 21:13Temps de lecture3 min
Par Alice Devilez

Depuis son attribution au Qatar il y a plusieurs années déjà, la Coupe du monde dans l’émirat fait débat. Droits de l’homme, des femmes, environnement, corruption, beaucoup d’éléments posent question. Plus on se rapproche de l’événement, plus les possibilités de boycott de la part de certaines équipes et joueurs sont évoqués.

The Guardian, quotidien britannique a récemment publié un rapport accablant. 6500 migrants sont décédés dans les chantiers mis en route dans l’optique de la Coupe du monde (construction des stades, des routes, etc.) Un affreux constat qui ne peut pas laisser indifférent. Philippe Auclair, journaliste d’investigation a tenté d’analyser tout cela, il était l’invité de la Tribune ce lundi. Il a écrit une chronique sur le sujet.


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"L’enquête du Guardian est la première qui nous donne une estimation qui est basée sur des faits. Ce qui nous donne une idée du coup humain de la transformation du Qatar. Une transformation complètement liée avec la Coupe du monde de 2022. Ça crée une onde de choc, parmi les supporters de foot mais aussi parmi certains clubs et certaines fédérations. J’ai écrit cette chronique parce que j’ai été positivement surpris par la réaction des clubs norvégiens en particulier. Des clubs qui ont dit non, nous ne pouvons pas permettre que notre nation. Il y a un vrai mouvement qui est en train de naître qui remet en cause la tenue de la Coupe du Monde au Qatar en 2022."

Sensibiliser les supporters de football à ce qu’il se passe au nom du football, de la Coupe du monde, du gigantisme footballistique

Une remise en cause plus symbolique qu’autre chose… "Même si nous savons que le Mondial aura bien lieu dans l’Emirats dans un an. Il s’agit plus de sensibiliser les supporters de football à ce qu’il se passe au nom du football, de la Coupe du monde, du gigantisme footballistique. Ce qui fait qu’on envoie parfois la Coupe du monde dans des endroits qui ne sont pas faits pour elle."

Belgique et Pays-Bas dans un contrepied étonnant

Mais certains pays boycotteront-ils vraiment la Coupe du Monde ? "Le boycott le plus probable est celui de la Norvège. Là-bas il y a des débats télévisés à une heure de grande écoute, des chroniques publiées quotidiennement dans les journaux. Il y a aura une réunion extraordinaire de la fédération prochainement. Dans deux ou trois mois, c’est là qu’une décision sera prise. Il y a également une pétition qui a été lancée au Danemark qui espère aboutir à un débat officiel à la chambre des députés. Il y a aussi un débat qui a vu le jour en Allemagne dans des mouvements d’Ultras."

D’autres pays ont pris un contrepied assez fort à cette position : "Et puis il y a eu un communiqué de la fédération néerlandaise qui indiquait qu’il n’y aurait pas de boycott de la part des Pays-Bas. Mais ce qui m’a surpris c’est qu’ils disent qu’ils veulent utiliser la Coupe du monde au Qatar pour faire en sorte de braquer les regards sur la situation des travailleurs migrants qui représentent plus de 80% de la population du Qatar au total."

La Belgique a choisi la même voie. Mehdi Bayat, également invité de la Tribune ce lundi : "Nous avons déjà eu très régulièrement des contacts avec Amnesty International. Ces associations poussent énormément pour essayer de faire bouger les choses. On a aussi eu des contacts avec l’ambassadeur du Qatar en Belgique et dès la saison passée des contacts avec la FIFA pour dire de suivre tout cela."

Le président de la RBFA préfère souligner les efforts déjà réalisés par le Qatar : "Il faut le reconnaître. Le Qatar est un pays très riche et un pays très jeune. Le Qatar essaie de montrer et de démontrer qu’il a la volonté de s’ouvrir, de s’occidentaliser et de faire attention aux règles de fonctionnement dans lesquelles notre monde doit vivre aujourd’hui. Ils ont fait beaucoup d’efforts par rapport à cela. On peut juger que ce n’est pas encore suffisant mais ça ne l’est jamais vraiment quand on part d’aussi loin. On essaye par le dialogue que le lobby fasse son travail pour que les choses évoluent favorablement. ça ne se fera pas d’un coup de baguette magique ? Certainement pas. Mais les choses ont déjà évolué et nous voulons continuer à jouer un rôle dans ce processus."

Si la position prise par la Belgique et les Pays-Bas semble intéressante sur le fond, elle permet surtout d’éviter un débat crucial et élémentaire. Quelle part de responsabilité chaque acteur du foot a-t-il dans la mort de ces migrants à l’autre bout de la planète au nom du football ? Se convaincre ou convaincre les autres du bien-fondé d’une décision est parfois la seule façon de pouvoir l’assumer. Et même si nombreux sont ceux qui estiment qu'il est sans doute trop tard dans ce cas précis, ce sujet mérite d’être encore débattu jusqu’à l’hiver 2022 et la tenue de la Coupe du Monde au Qatar.

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