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Chroniques

La toupie du comité de concertation

La toupie du comité de concertation

Ce comité de concertation, c’est la toupie à la fin de "Inception".

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Vous vous souvenez certainement de ce formidable film de Christopher Nolan, qui se finissait sur une toupie qui tourne. Si elle ne tombe pas, c’est que nous ne sommes pas dans la réalité. Le tout dernier plan du film nous montre une fin heureuse et cette toupie qui continue de tourner. On s’attend à ce qu’elle tombe, ça signifierait que tout va bien pour le héros. Sauf que Chris Nolan coupe au noir, bam !, générique, c’est fini. Et on ne sait pas si la toupie tombe ou pas, on ne sait pas si c’est une fin heureuse, ou pas.

Ce CODECO, c’est strictement la même histoire. La situation épidémiologique est rassurante. Depuis fin janvier, la baisse est constante pour le nombre de cas, les admissions, les soins intensifs. C’est un peu plus lent pour les décès, il faut le préciser, avec, encore, malheureusement, une trentaine de décès tous les jours.

Reste que la situation permet sans l’ombre d’un doute de très largement relâcher les mesures, de revenir quasiment à la vie d’avant. Quasiment seulement : pour les personnes immunodéprimées, c’est un code rouge qui demeure. Les personnes fragiles, en général, devront continuer de faire attention. Par ailleurs, le masque pourrait être exigé dans certains contextes : les transports en commun ou les établissements de soins. Et concernant les voyages, il y aura encore pour les non-vaccinés, des tests PCR au retour. Mais c’est à peu près tout. Pour le reste, et en tout cas pour le monde politique, le covid, c’est fini, et on passe à autre chose.

 

Dans le tiroir

C’est aussi en termes légaux et institutionnels que la situation va changer du tout au tout. Ça passera par la case "parlement", mais le CODECO devrait lever la situation d’urgence pandémique, la phase fédérale de gestion de la crise va s’éteindre, après deux ans et les fameux "conseils nationaux de sécurité". Et puis, il y a deux options sur la table : soit on passe en code jaune, cela signifie que le fameux baromètre est maintenu encore quelques semaines. Soit, on désactive dès à présent le baromètre, on le met dans un tiroir et on espère ne plus devoir jamais l’en ressortir. Dans les deux cas, le CST, le covid safe ticket, vit certainement ses derniers jours. Et c’est donc une sorte d’happy end, de fin heureuse qui s’annonce. Et comme dans le film "Inception", c’est assez abrupt, écran noir, générique, fini.

Et la toupie dans tout ça ? La toupie du codeco, elle tourne, elle tourne, et on ne sait pas ce qui va se passer. Personne n’est capable de dire, en termes épidémiologiques, ce qui va arriver dans les mois à venir, à l’automne prochain. La large couverture vaccinale belge sera-t-elle encore utile ? Faudra-t-il une nouvelle campagne de vaccination ? Sera-t-on prêt en matière de ventilation ? Ces questions-là restent sans réponse, et c’est relativement normal. Ce qui l’est moins, c’est que notre pays n’est pas au clair avec, au moins, trois outils qui ont été utilisés pendant cette pandémie.

D’abord, le CST, le Covid Safe Ticket. L’une des raisons de sa disparition, outre le passage en code jaune, c’est une décision de la justice namuroise qui estime qu’à l’heure actuelle, les preuves scientifiques manquent pour justifier l’utilisation du CST. Un CST maudit, qui porte un nom bâtard, que nos autorités n’ont jamais assumé pour ce qu’il était : un mécanisme pour encourager la vaccination. Ce que la France, par exemple, a fait sans sourciller.

Ensuite, il y a la vaccination du corps soignant : on va voter un texte au Parlement, mais son application dépendra d’un arrêté royal qui ne sera pas pris. Parce que ça ne sert plus trop, cette obligation. Pour rappel, elle avait été décidée en juillet 2021. Et elle n’est toujours pas votée. Il y a un problème.

Et enfin, même constat et même conclusion pour la vaccination obligatoire : le Parlement va pondre un rapport, qu’on va ranger dans le même tiroir que le baromètre et le CST et on espère qu’il y restera parce qu’aucun parti francophone, si ce n’est le PS de Paul Magnette, n’a osé prendre position en faveur de cette obligation. Et de toute façon, c’est trop tard.

Alors question : peut-on dire que la Belgique serait prête, en cas de besoin, à réactiver ces trois outils ? On peut légitimement en douter. Notre pays est mieux préparé qu’avant à une pandémie, ça, c’est clair, parce qu’on a mis plus d’argent dans les soins de santé, un réel virage à 180 degrés après le gouvernement précédent, la Suédoise. Mais la leçon qu’on retiendra surtout, c’est notre incapacité à décider rapidement. Notre culture de la gestion des risques de catastrophe reste insuffisante, les terribles inondations de l’été dernier l’ont encore montré. Et donc, aujourd’hui, on espère ferme le dossier covid, au moins pour six mois. Aura-t-on retenu les leçons de cette crise ? Si oui, ça signifie que la toupie est bien tombée. Mais ça, on ne le verra pas tout de suite.

 

N.B. : les puristes d’"Inception" savent que l’histoire de la toupie, c’est un tour de passe-passe du réalisateur. C’était l’alliance du héros, Leonardo Di Caprio, qui comptait pour savoir s’il était dans la réalité, ou pas. Michael Caine, présent dans la même scène, a avoué ne pas avoir tout compris au scénario. Christopher Nolan lui a répondu que s’il était dans une scène, c’est que c’était réel

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