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"La tempête":le masque enchanté.

"La tempête":le masque enchanté.
22 nov. 2010 à 18:335 min
Par Christian Jade

Critique : ***

« J'imagine un Prospéro qui rivaliserait avec le génie inventif de Dédale et son envie de s'élever au-dessus de la condition humaine : un personnage qui défierait les lois de la pesanteur, qui jouerait à se jouer de ses semblables tout en ne maîtrisant pas complètement les forces dont il prétend être le maître. Un marionnettiste fou, usant de sortilèges et tours de magie ; quelque chose entre le philosophe, l'acteur, le prêtre et le scientifique.

Un metteur en scène. ».

Voilà les intentions, riches, presque trop, de J.M d’Hoop. Pour traduire ce message polymorphe, il  utilise le génie inventif de Natasha Belova qui lui  construit  d’inquiétantes marionnettes.  Chaque visage est  inspiré du comédien avec un  corps (dé)formé d’après des costumes Renaissance. Effet assuré pour les spectateurs qui n’auraient pas vu les deux premiers spectacles de la même esthétique, inspirés du monde de Jodorowski,  L’Ecole des Ventriloques et Trois Vieilles -qui s’est taillé un beau succès à Avignon, au Théâtre des Doms.

La manipulation, déjà marquante dans l’Ecole des ventriloques, devient ici le thème central.  Prospero, roi déchu, échoué sur une île avec sa fille Miranda, prend sa revanche en soumettant à son pouvoir, par ses talents de magicien, les habitants de l’île, dont Caliban, incarnation du « mauvais sauvage » et sa mère la sorcière Sycorax, tout en délivrant Ariel, l’esprit aérien. Prospero, victime d’une tempête, en ourdit une autre  pour faire tomber dans ses filets ceux qui l’ont déchu et les soumettre sur son île, à des humiliations…avant le pardon et la réconciliation finale Tout passe bien sûr par un mariage entre sa fille Miranda et Ferdinand, fils d’un de ses ennemis. Miranda  elle aussi manipulée pour servir le grand jeu du mage Prospero, incarnation de la créativité, parfois ambigüe et de la sagesse. Didier De Neck prête au personnage son physique de vieux sage grisonnant, en dialogue permanent avec son double de marionnette : il est  l’axe du jeu, le chef d’orchestre, aidé par le très présent Axel , l’aérien Othman Moumen, monté sur roulettes.

La surprise du spectacle : le fiancé salvateur (Ferdinand) et le « mauvais sauvage » (Caliban) sont incarnés par le même acteur, Fabrice Rodriguez, très çà l’aise dans ce « double je(u) ». Comme si Jean-Michel d’Hoop voulait réconcilier le positif et le négatif, l’instinct brutal et l’amour. Une vision optimiste alors que des versions plus classiques voyaient dans le rôle assez caricatural de Caliban une victime du «colonialisme» ou des préjugés raciaux banals à l’époque de Shakespeare. (« nobody is perfect » ; souvenez-vous de sa caricature du juif Shylock dans  « Le Marchand de Venise »).

Telle quelle, cette Tempête nous a paru un peu réductrice, notamment chez les personnages « secondaires », déjà assez caricaturaux et simplistes en soi : le système de marionnettes accentue la caricature, notamment dans le double jeu sur la voix et le visage, qui alourdit le sens plutôt qu’il ne l’éclaire. A l’éblouissement initial succède parfois un manque de clarté sur « qui est qui ». C’est ma réserve principale à un spectacle qui fonctionne assurément bien : le public de la première à Mons a « joué le jeu ».

La Tempête de Shakespeare, m.e.s.de J/M. d’Hoop.

Une coproduction à voir :

-jusqu’au 24 novembre à Mons : www.lemanege.com

-du 30 novembre au 3 décembre à Liège : www.theatredelaplace.be

-du 15 au 26/03/2011 à Namur : www.theatredenamur.be

-du29/03 au 07/04 à Bruxelles : www.varia.be

Christian Jade. (RTBF.be)

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