RTBFPasser au contenu

La Symphonie antarctique de Vaughan-Williams : à la découverte du continent austral

La Symphonie antarctique de Vaughan-Williams : à la découverte du continent austral
10 janv. 2022 à 10:073 min
Par Xavier Falques

L’hiver, plus que les autres saisons, offre une multitude d’interprétations et d’expressions artistiques allant du calme à l’agitation, de l’introspection à l’exploration, du noir au blanc…

Georges Sand écrivait que l’hiver était un solennel adagio ; Schubert y voyait un voyage vers la mort ; comme si d’un coup s’était abattu sur le monde le calme d’une vision en blanc et noir. Et si l’hiver ne ralentissait pas le temps, mais l’accélérait ? Et si, au lieu d’être un moment d’introspection, l’hiver était synonyme d’exploration ?

Le 16 août 1897, un navire quitte le port d’Anvers, il prend la direction de l’Amérique du Sud, mais ce n’est pas là sa destination finale. Ce navire n’est autre que La Belgica, qui effectue la première expédition belge en Antarctique. Première expédition belge, mais également, première expédition scientifique, avec à son bord plusieurs chercheurs de multiples nationalités.

Au début du mois de février, la Belgica atteint la péninsule antarctique. Le navire avance toujours plus loin dans son périple, trop loin sans doute, puisque dans les premiers jours du mois de mars 1898, la Belgica se retrouve prisonnière de la glace. Sur les photographies de l’expédition, on peut découvrir le trois-mâts échoué dans son désert de glace. Le temps est rude tout en blizzard, les hommes commencent à tomber malades, d’autres subissent un sort moins enviable, comme, par exemple, le géophysicien Emile Danco qui succombe à une affection cardiaque, probablement liée aux conditions de vie difficiles. Et puis, il faut ajouter à cela une difficulté supplémentaire : la nuit polaire, soit 3 mois sans soleil.

Mais les recherches continuent. Et parmi les scientifiques, se trouve le jeune biologiste roumain, Emile Racovitza, qui, au moment du départ, venait à peine de terminer sa thèse de doctorat à Paris. Le jeune homme est là en qualité de zoologiste. Il recense, note, photographie, une tonne d’information qui donnera naissance à plusieurs centaines d’études scientifiques. Parmi les choses qu’il découvre, un insecte de la famille de la mouche qui, certainement pour s’adapter aux vents extrêmes de l’antarctique, n’a pas d’ailes. Cette espèce inconnue à l’époque est encore étudiée de nos jours et recensée sous le nom de Belgica Antarctica en l’honneur de l’expédition.

La quantité d’informations ramenée par l’ensemble des scientifiques de l’expédition dépasse de loin cette seule découverte. D’ailleurs, l’ensemble des données ramenées n’était pas encore totalement dépouillé, il y a de cela quelques années seulement.

Après 13 longs mois bloqués et au prix de grands efforts pour creuser un canal dans la glace à la force de leurs bras, la Belgica est enfin libre de reprendre sa route. Elle arrivera en triomphe à Anvers le 5 mai 1899, et écrira la première ligne d’une grande histoire entre la Belgique et l’Antarctique. À la tête de cette première expédition se trouvait Adrien de Gerlache. Et à la tête de la seconde expédition, en 1957, on trouvera son fils Gaston.

Mais cette première expédition n’est pas uniquement une gloire belge, elle lance véritablement une course scientifique et géographique à l’Antarctique. Pas tant une course nationale qu’une course individuelle. Une course dont l’épisode le plus tristement célèbre résume à lui seul l’engouement et la difficulté de ces voyages. Dans la première décennie du XXe siècle, il n’est plus question de découvrir les terres en bateau, il faut voyager à pied ou en traîneau, explorer le continent solide et réclamer la terre pour les recherches nationales. Les deux concurrents les plus célèbres sont le norvégien Roald Amundsen et le Britannique Robert Falcon Scott. Ce dernier tente d’atteindre le Pôle-Sud, mais lorsqu’il y arrive il y voit trôner fièrement le drapeau norvégien. Falcon Scott reprend la route, sa dernière. À quelques kilomètres du poste, lui et son équipe succombent au froid.

Cette course folle à la découverte du continent de glace, une course qui permet de démontrer toutes les capacités physiques et scientifiques d’une nation laisse jusqu’en 1914 une nouvelle impression des étendues neigeuses. Il n’est alors plus question d’un temps suspendu, mais d’un mouvement, il n’est plus question de marcheur solitaire, mais de machine, de traîneaux, il n’est plus question d’un Adagio, mais plutôt d’un Scherzo.

Les couleurs de l'hiver

Vaughan-Williams – Sinfonia antartica

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Articles recommandés pour vous