Monde Europe

La solidarité européenne, un principe élastique au cœur de la construction européenne

L’ŒIL SUR L’EUROPE

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La solidarité en Europe, c’est un mot magique. D’autant plus magique qu’il a été prononcé pour la première fois par un des pères fondateurs de la construction européenne, Robert Schuman dans sa fameuse déclaration du 9 mai 1950 : "L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait".

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C’était il y a 72 ans et depuis tout bon dirigeant européen se doit de placer cette solidarité dans un discours. Le record, je crois, c’est la présidente de la Commission européenne qui le détient. Ursula von der Leyen l’a prononcé 10 fois dans son discours sur l’état de l’Union en septembre dernier ! Sauf que la solidarité en Europe, c’est un peu comme la paix dans le monde, tout le monde est pour… mais on a du mal à la voir s’installer durablement

La solidarité européenne a joué les premiers rôles dans la crise sanitaire

Certes, cette solidarité européenne a joué un rôle clé lors de la crise du Covid… mais c’était après avoir longtemps été aux abonnés absents.

Rappelez-vous, le début de la crise du Covid. Ces respirateurs, ces masques que Français ou Allemands voulaient garder pour eux… Un contre-exemple de solidarité. Alors après c’est vrai, il y a aussi eu ces hôpitaux allemands ou luxembourgeois qui accueillaient les patients français ou italiens.

Une solidarité totalement désintéressée, comme celle que l’on voit chaque été lorsque les pompiers espagnols, polonais ou roumains viennent lutter contre les feux de forêts en France ou au Portugal.

Enfin n’oublions pas que la solidarité dans l’Union européenne, s’est aussi traduite par ce gigantesque plan de relance de 750 milliards d’euros, financé par des emprunts communs, pour venir en aide aux pays les plus touchés par la crise sanitaire. Du jamais vu ! C’est la preuve que la solidarité européenne existe même si elle a parfois du retard à l’allumage.

Du retard à l’allumage

C’est un peu comme si 70 ans de construction européenne n’arrivaient toujours pas à effacer ce vieux reflex primaire du chacun pour soi. L’actualité vient justement de nous en donner deux nouveaux exemples.

Le premier vient d’Allemagne. Face à la flambée des prix de l’énergie, une quinzaine d’États membres, Belgique en tête, demandent depuis des mois que l’Union européenne plafonne les prix du gaz. Au-delà d’un certain prix fixé à 27, l’Union européenne n’achète plus de gaz. Sauf que ce mécanisme, Berlin n’en veut pas. L’Allemagne, très dépendante du gaz craint que cela ne fasse fuir les fournisseurs. Elle préfère alléger elle-même la facture de ses ménages et de ses entreprises. Et pour ça elle met 200 milliards d’euros sur la table. Pas très solidaire. Pire, ce pactole allemand pourrait fragiliser les économies des autres États membres, qui eux, ne peuvent pas se payer de telles mesures.

Le second exemple est situé plus au sud. Avec ce projet de gazoduc qui permettrait au gaz qui arrive en grande quantité en Espagne et au Portugal d’être livré vers le nord de l’Europe. Sauf que cette fois c’est Paris qui n’en veut pas. Officiellement le projet ne serait pas rentable. En fait, la France redoute que l’Espagne ne devienne un concurrent pour acheminer du gaz et à terme de l’hydrogène en Europe. Pas très solidaire là non plus.

Les Européens ont la mémoire courte

Et cela rend la parole de Robert Schuman encore plus prophétique. L’Europe ne se fera pas d’un coup… La solidarité non plus. Mais bonne nouvelle ! Quand on regarde dans le rétroviseur, on voit que cette solidarité progresse. Et les replis sur soi ne passent plus aussi facilement. La bronca suscitée par le plan allemand à 200 milliards a finalement poussé Berlin à lâcher du lest sur un encadrement européen des prix du gaz. Le sujet se retrouve aujourd’hui sur la table des 27 dirigeants de l’Union réunis en sommet à Prague.

Une solidarité encore trop élastique

Les crises à répétition ont démontré que cette solidarité entre les 27 était à la fois le cœur de la construction européenne mais aussi son talon d’Achille. On l’a vu, elle tarde souvent à se déclencher… et devient un principe encore trop élastique. Le risque, c’est qu’à force de trop tirer dessus, il devienne tout détendu, il ne servirait plus à rien… et l’Union se retrouverait à poil.

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