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Belgique

La situation du pays selon Destexhe: le vrai, le faux et le discutable

La situation du pays selon Destexhe: le vrai, le faux et le discutable
12 févr. 2014 à 13:25 - mise à jour 12 févr. 2014 à 17:065 min
Par Jean-Claude Verset

Le porte-parole du ministre e l'Economie Jean-Claude Marcourt (PS) accuse Alain Destexhe de procéder à "Une Analyse sur des indicateurs partiels et des liens de cause à effet suspects". "Il crée ses propres hypothèses", avance-t-il. Nous avons donc tenté de vérifier certains arguments parus dans la presse ou évoqués sur antenne suite à la sortie du dernier livre d’Alain Destexhe.

"Après 2008, la Flandre a plus encaissé la crise, mais depuis 2011 le chômage repart en Wallonie"

Le taux de chômage en Wallonie tel que défini par le Bureau fédéral du plan (et les trois instituts régionaux) aurait plutôt une faible tendance à la baisse: 18,2% jusqu’en 2004, 17,9% de 2005 à 2011 et 16,9% actuellement. Ce qui en fait en 2012-2014, la seule région qui diminue "un peu" son taux de chômage. (Ce pourcentage inclut les chômeurs âgés non demandeurs d’emploi). Selon les instituts du plan, le taux de chômage en Wallonie stagnera cette année à cause d’un accroissement de population active supérieur à la croissance parallèle de l’offre de travail.

"Le chômage wallon est revenu au niveau de 2005. La Wallonie reperd ce qui avait été gagné durant les trois années de crise".

Les statistiques consultées indiquent que depuis 2005, le taux de chômage dans le royaume reste stable à 12,7% avec des perspectives à la baisse à 11,7% entre 2015 et 2018.

C’est bien sûr la région de Bruxelles–Capitale qui souffre le plus avec un chômage de 20,7 jusqu’en 2011, puis de 21,4% jusqu’en 2014. En Flandre, ce chômage a également commencé à augmenter en 2012 pour se situer aujourd’hui à 8,9. En revanche, après avoir flirté avec un taux de chômage de 18% durant la période 2005 -2012, la Wallonie repart à la baisse avec 16,9% pour la période 2012-2014.

Évoquant Bruxelles : "Le risque de pauvreté atteint 34% et les revenus des Bruxellois sont en chute libre par rapport à la Wallonie"

Il est difficile d’évaluer le "risque de pauvreté". Si le taux de croissance des revenus des ménages belges diminue dans tout le pays depuis 2012, il reste très légèrement positif à 2,1%. C’est en Flandre que ce taux est le plus faible (2%) et dans les deux autres régions qu’il "atteint" encore 2,2%. Mais comme le remarque Alain Destexhe, il s’agit d’un taux à prix courants et non à prix constants, tenant compte de l’inflation.

"A Bruxelles, le PIB augmente moins vite que dans les deux autres régions. Et à coûts constants, le PIB diminue"

"D’un PIB, on en peut pas déduire ce qu’en déduit Alain Destexhe", argumente-t-on du côté socialiste. Le porte-parole du ministre Marcourt dit au contraire que malgré la crise majeure que nous traversons depuis la guerre "La Wallonie résiste grâce au Plan Marshall qui renoue avec le développement d’un socle économique fort pour contrer les fermetures massives. Qu’aurait-on fait sans les mesures mises en œuvre depuis 2006? "

Selon un document statistique de juin 2013 réalisé par le Bureau Fédéral du Plan et les trois instituts de statistiques des Régions, la croissance nationale du PIB est de 0,4% entre 2012 et 2014, soit en forte chute par rapport au 1,4% de la période 2005-2011 qui n’était déjà pas brillante.

Mais cette chute de croissance est répartie comme suit: 0,3% de croissance seulement pour Bruxelles, 0,4% pour la Flandre et 0,5% pour la Wallonie.

"En 40 ans, le revenu des Bruxellois est passé de 135% de la moyenne belge en 1970 à 80% en 2010"

A défaut de confirmer les chiffres précis, trois économistes contactés estiment à tout le moins la tendance exacte. Selon l’un d’eux, en 1989, le revenu d’un Bruxellois était encore de 15% supérieur à la moyenne nationale alors aujourd’hui, il ce revenu est de 15% inférieur à la moyenne nationale. Mais ces chiffres ne tiennent pas compte des revenus des fonctionnaires, ni des migrations des hauts revenus vers la périphérie proche.

"A Bruxelles, 31% des adultes en âge de travailler vivent de revenus sociaux"

L'affirmation du député MR ne correspond pas aux données détenues par l'Institut bruxellois de Statistiques et d'Analyse (IBSA).

- Si on définit "bénéficiaires de revenus sociaux" de façon large, à savoir les personnes bénéficiaires de toutes les allocations suivantes: celles des demandeurs d'emploi (avec allocations ou pas (sic)), d'interruption de carrière (crédits-temps, congé parental etc.), des bénéficiaires du revenu d'intégration sociale (CPAS), de pensions et de pré-pensions, des allocations familiales, des bénéficiaires des allocations d'incapacité de travail, mutuelle, accident de travail ou handicap ;

- Si on détermine les "adultes en âge de travailler" comme la population âgée entre 18 et 64 ans (18 ans correspond à la fin de l'obligation scolaire);

les résultats fournis par les statistiques de l'IBSA donnent un taux de 25%. Il y a donc une différence de 6% entre les deux chiffres.

"Une hypothèse serait que la définition de la population en âge de travailler soit différente" dans le calcul d'Alain Destexhe, tente d'expliquer Line Jussiant, porte parole de l'IBSA. En Belgique, le terme de référence statistique "population en âge de travailler" correspond à la population entre 18 et 64 ans. Or, au niveau européen, la référence correspond à la population âgée entre 15 et 64 ans. "Le résultat peut alors s'approcher de 31%, mais pas exactement. Le taux serait alors plus ou moins de 29% de la population en âge de travailler", précise Line Jussiant.

A propos des étrangers présents sur notre territoire: "Le taux d’immigration en Belgique est huit fois plus élevé qu’aux Pays-Bas"

Les chiffres avancés par Alain Destexhe ne sont pas connus des spécialistes consultés. Pour Patrick Charlier, directeur du Centre pour l’Égalité des Chances, "ces chiffres ne correspondent en tous cas pas aux statistiques européennes", que le Centre publie dans son rapport annuel sur les migrations. De fait, pour l'année 2012, 48 495 premiers titres de séjours (comprenant donc tous les statuts, concernant les étrangers européens ou extra-européens, tels que le regroupement familial, le titre de séjour pour raisons économiques, les visas éducation etc.) ont été octroyés en Belgique. Aux Pays-Bas, 51 162 personnes ont bénéficié de ses titres de séjours. Ces chiffres ressortent des statistiques Eurostat.

Rapportés à la population totale, ces chiffres indiquent le taux d'immigration dont parle Alain Destexhe. Pour la Belgique, le calcul donne 44 nouveaux titres de séjours par 10 000 habitants. Aux Pays-Bas, le taux s'élève à 31/10 000.

W. F., avec Jean-Claude Verset

 

Post scritpum: réactions du côté du gouvernement wallon

"Il n’a pas les derniers chiffres", selon le cabinet Marcourt

Jean-Claude Marcourt avait conseillé au député libéral bruxellois de "mettre ses chiffres à jour". Mais il semble que ce conseil ne soit plus de mises ou en tout cas plus dans des termes aussi catégoriques. Interrogé par la RTBF quant à savoir si oui ou non les chiffres d'Alain Destexhe étaient les bons Gaël Lambinon, porte-parole du ministre Marcourt, nous a répondu: "cela demande un travail d’investigation".

"Depuis le plan Marshall, les chiffres ne s’améliorent pas. L'efficacité du plan n’est pas prouvée" et "Les instruments du plan Marshall sont d’abord attribués au Hainaut"

Le porte-parole du ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt (PS) dément: "Le plan Marshall irradie sur toute la région. Un bureau d’études qui a fait l’analyse de nos pôles de compétitivité les a jugés positifs alors que leur verdict a été négatif lors du même exercice sur les pôles de compétitivité mis en œuvre en France." En réponse aux arguments d’Alain Destexhe, la création d’emplois annoncée par le cabinet Marcourt est de 20 000 emplois dans le cadre des pôles de compétitivité sur un total de 35 000 emplois créés par le plan Marshall. Conclusion du porte-parole du ministre Marcourt: "La Wallonie peut stagner dans certains secteurs, mais les raccourcis sont un peu bizarres".

 

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