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La « Sérénade » atypique et satirique de Boa Joo

Boa Joo sort son premier EP "Sérénade"
06 juin 2022 à 11:27Temps de lecture4 min
Par Laurenne Makubikua

Ce vendredi 3 juin, Boa Joo sort "Sérénade", son premier EP composé de six titres. À l’occasion de la sortie de ce nouveau projet, nous avons échangé avec l’artiste. Voici le condensé d’une longue et belle conversation qui s’est axée principalement autour de son histoire personnelle, de son univers artistique et de ce qu’elle avait à cœur et en tête de délivrer dans ce projet.

À peine âgée de cinq ans, elle rêvait déjà d’être une artiste et de faire de la musique. Aujourd’hui, auteure, compositrice, interprète, et parfois même réalisatrice et directrice artistique – puisque soucieuse du détail esthétique – Boa Joo a atteint ses objectifs. Même si c’est dès son plus jeune âge qu’elle trouve dans l’écriture une échappatoire à une réalité parfois dure, il faudra attendre quelques années et plusieurs épisodes difficiles avant que l’artiste ne décide de faire le grand saut. Elle confie d’ailleurs à ce sujet : "La musique m’a fait survivre. Vraiment. C’est ce qui me manquait pour apprécier la vie. J’avais besoin de ça, en fait. J’avais besoin de créer."

Alors qu’elle évolue aujourd’hui dans un spectre musical bien plus large que celui du rap, elle se fait connaître initialement grâce à l’un de ses freestyles parus sur le compte Instagram 1 min 2 rap. En effet, la frontière entre rappeuse et chanteuse peut parfois être fine puisque Boa Joo maîtrise et délivre un chant chargé de musicalité et de mélo, rempli de flow saccadé et de toplines qui restent en tête. "Au départ, j’écris comme une rappeuse. C’est-à-dire que j’écris un texte, et puis après, je pose mon texte et enfin, seulement après, c’est la mélodie qui vient. Mais c’est toujours le flow qui arrive avant."

Sur des instrus trap et drill, l’artiste écrit ses textes en s’imprégnant des codes du rap, mais aussi de son vécu et de sa personne. "Si je devais un peu décrire ma musique, je dirais que j’y mets vraiment de moi-même. J’essaie de retranscrire le plus exactement possible mes émotions. J’essaie d’être la plus vraie possible". Pour accompagner cette sincérité, Boa Joo fait le choix de mélodies qu’elle décrit comme mélancoliques, tristes et fâchées. Cet univers sombre est un véritable leitmotiv très assumé dans sa musique.

Son EP "Sérénade" n’échappe pas à la règle. Si l’appellation "sérénade" renvoie à une belle chanson d’amour qui vise à courtiser une femme, Boa Joo reprend ce terme à sa manière. "Le titre "Sérénade", c’est du cynisme, c’est de l’ironie. C’est une blague d’appeler ça "Sérénade". Ce titre est plein de paradoxes. Alors qu’une sérénade, c’est une belle chanson d’amour qu’un homme chante à une femme pour la charmer. Là, ce sont des chansons que, moi, je chante aux hommes. Ce sont des sérénades qui ne sont pas complaisantes. Elles ne sont pas faites pour charmer les hommes. Même si je pense que l’on peut charmer les hommes en étant comme ça aussi. Si eux peuvent nous charmer en étant des "bad boys", pourquoi moi je ne pourrais pas les charmer en étant comme ça ? En étant énervée ? En leur crachant dessus ?"

Tout comme le nom "Boa Joo" est inspiré du personnage du manga One Piece, "Boa Hancock" (une impératrice amazone qui dirige une île où il n’y a que des femmes et où les hommes sont interdits), sur chacun de ses morceaux, l’artiste signe ses textes d’un message qui bouscule les stéréotypes sexistes auxquels on est habitués et repousse royalement les questions de genre et d’émancipation de la femme. Rien d’étonnant lorsque l’on sait que "Joo" signifie "reine" en japonais.

Boa Joo confie être touchée et inspirée par le personnage de Boa Hancock et cite les noms de rappeurs et rappeuses comme Laylow, Guy2bezbar ou encore TeeZandos comme inspirations actuelles. Elle explique aussi dans cet EP comment et grâce à qui la Boa Joo d’aujourd’hui est ce qu’elle est artistiquement parlant, mais également en tant que femme. "Je sais que ça fait cliché, mais ma mère c’est quelqu’un qui m’a énormément inspirée. C’est une femme qui était tout l’inverse de ce que la société attendait d’elle. Elle était tout l’inverse de ce qu’on attend d’une maman africaine (qui est à la maison, qui fait à manger). Une belle femme qui s’amuse, qui n’a pas sa langue dans sa poche, qui a du style… Bref, c’était une vraie star. Même si ce n’est pas toujours facile entre elle et moi, c’est quelqu’un que j’admire, dont je suis fan. Je pense que Boa Joo quelque part essaie un peu de lui ressembler..."

Dans ce premier EP, l’artiste parle donc d’amour et de relations sous un angle qui lui est propre, mais pas que. Dans des textes explicites, elle parle aussi de son quotidien, de ses combats, de ses démons, de ses désillusions et de son entourage. Elle y aborde avec force et authenticité les thématiques liées aux dérives, à la perte de contrôle, au mal-être et aux histoires et parcours de vie qui mènent à la débauche et à l’abus d’alcool. Sur des notes aigres et douces, ce premier EP nous confronte donc à une plume poétiquement brute et incisive délivrée par une voix douce, mais incendiaire. Pour mettre en musique toutes ces thématiques frénétiques, lorsqu’elle n’a pas composé elle-même les mélodies, Boa Joo a collaboré avec les beatmakers Corbeo, Glodi West et Deux Trois Sept.

Quant au choix d’aller vers un projet de six titres, il s’explique par le souhait de faire les choses bien et de se préserver face aux nouveaux modes de distribution qui peuvent être défavorables aux artistes émergents. Ici, le but recherché est de laisser l’opportunité au public de prendre le temps d’écouter l’EP dans son entièreté. Pour découvrir davantage l’univers artistique de cette véritable passionnée, ce ne sont pas les dates qui manquent. Boa Joo sera sur scène ces samedi 16 juillet au Dour Festival, samedi 30 juillet au festival Esperanzah, jeudi 18 août au festival Vibrations.

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