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La République démocratique du Congo accuse le Rwanda d’avoir déployé 500 militaires sur son territoire

09 juin 2022 à 10:47 - mise à jour 09 juin 2022 à 19:38Temps de lecture3 min
Par Daniel Fontaine, avec Fabien Van Eeckhaut, envoyé spécial en RDC

L’armée congolaise accuse le Rwanda voisin d’avoir déployé quelque 500 militaires sur son territoire, dans la province du Nord-Kivu. La tension entre les deux pays voisins atteint un paroxysme, au moment de la visite royale belge en RDC. Le roi Philippe et le Premier ministre Alexander De Croo ont tous deux condamné ces violences et dit la disponibilité de la Belgique pour trouver une solution.

Dans un communiqué, l’armée congolaise accuse le Rwanda d’avoir déployé 500 militaires de ses Forces spéciales, dans la zone stratégique des collines de Tchanzu, dans le Nord-Kivu. Ces militaires auraient changé d’uniforme pour dissimuler leur présence sur le territoire congolais, selon le communiqué des Forces armées de la RDC. Il appelle la population "à la vigilance et à dénoncer la présence de toute personne porteuse d’arme habillée en tenue vert-noir".

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L’armée rwandaise a qualifié ces accusations de "rumeurs". La porte-parole du gouvernement rwandais Yolande Makolo a répondu à l’AFP que "nous n’avons aucun intérêt dans une crise et ne répondrons pas à des accusations sans fondement".

La RDC accuse le Rwanda de soutenir les rebelles du M23. Cette ancienne rébellion tutsie avait été défaite en 2013, mais a repris ses attaques dans l’est du Congo ces derniers mois. Depuis fin mai, de violents combats opposent les FARDC aux rebelles.

Canons à longue portée

Lundi, deux militaires congolais ont été tués et cinq autres blessés par des obus de canons tirés sur une position militaire congolaise dans l’est de la RDC. "L’usage des canons à longue portée témoigne du soutien dont le M23 bénéficie de son allié naturel", avait commenté le général Sylvain Ekenge, porte-parole du gouverneur militaire, dans une référence implicite au Rwanda.

Mardi, les casques bleus de la Monusco ont été eux aussi la cible d’une attaque du M23 à Shangi. Trois casques bleus tanzaniens ont été blessés, dont un grièvement. La Force onusienne de maintien de la paix est présente depuis plus de 20 ans dans la région. Elle est engagée aux côtés de l’armée congolaise pour combattre les rebelles du M23.

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Pour le président congolais Felix Tshisekedi, le soutien du Rwanda à cette rébellion venue agresser son pays ne fait "aucun doute". Il l’a dit il y a quelques jours lors d’une visite au Congo-Brazzaville, en répétant son souhait d’entretenir des relations apaisées avec ses voisins.

Kigali rejette fermement ces accusations. Dans la région, des habitants disent pourtant avoir vu des soldats rwandais combattre aux côtés du M23. Augustin par exemple, du village de Kingarama, explique à l’AFP avoir vu des militaires "habillés en tenue des RDF" (Rwanda Defence Force). Les villageois expriment leur crainte d’un possible retour à tout moment de l’armée rwandaise. "Il faut construire un mur et fermer la frontière avec le Rwanda ! Nous sommes fatigués des incursions des militaires rwandais", demande Espérance, 40 ans, mère de six enfants.

Plusieurs manifestations anti-Rwanda ont eu lieu ces derniers jours à Bukavu et à Kinshasa, les protestataires demandant la rupture des relations diplomatique avec le "pays agresseur". La RDC a adopté jusqu’à présent des mesures de rétorsion plutôt symboliques. Kinshasa a convoqué l’ambassadeur de Rwanda pour lui notifier une "mise en garde sévère". Et les vols de la compagnie Rwand’Air ont été suspendus sur le territoire congolais.

L’inquiétude du roi Philippe

Dans son discours mercredi devant le parlement congolais, le roi Philippe a dénoncé "l’instabilité dans l’est du pays". "Cette situation ne peut plus durer. Il en va de notre responsabilité à tous d’y remédier", a souligné le souverain belge. Il doit se rendre dimanche à Bukavu, ville congolaise à la frontière avec le Rwanda.

La RDC attend un soutien militaire et diplomatique pour pacifier la région. La Belgique a dit sa disponibilité à l’occasion de cette visite officielle.

La Belgique disponible pour une médiation

Au micro de la RTBF, le Premier ministre Alexander De Croo évoque une possible médiation belge pour apaiser les tensions : "On a beaucoup répété le droit de l’Ukraine à défendre l’intégrité de son territoire. Je ne vois pas de différence avec la situation de la RDC. On appelle tout le monde à prendre ses responsabilités. Si on estime que la Belgique peut jouer un rôle, on est prêt à le faire. Mais en premier lieu, ce sont les pays ici qui doivent se parler pour apaiser les choses et protéger le territoire de ce pays".

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