La reprise de Mossoul à l'Etat islamique imminente: décryptage en trois points

30 juin 2017 à 11:43 - mise à jour 30 juin 2017 à 11:43Temps de lecture3 min
Par RTBF La Prem1ère

Les forces gouvernementales irakiennes ont annoncé aujourd'hui que la victoire à Mossoul n'est plus qu'une question de jours. Huit mois après le début de la bataille, les terroristes du groupe Etat islamique ne contrôlent plus qu'une partie de la vieille ville. Décryptage en trois questions avec notre correspondant en Irak, Wilson Fache.

1. Comment est la situation à Mossoul? 

Wilson Fache: "Il faut imaginer des scènes véritablement apocalyptiques. Il faut voir cette mère qui se lacère le visage pendant que des infirmiers tentent de réanimer son petit garçon fauché par un sniper. Il faut entendre les cris, les cris de détresse et le hurlement des mitraillettes, le bruit des obus de mortiers qui s'écrasent et le bourdonnement des avions et des hélicoptères.

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"Il y a l'odeur aussi. Un parfum de mort qui est omniprésent quand on parcourt les dédales de la vieille ville. Parfois, la provenance est évidente: au détour d'une ruelle on tombe nez à nez avec avec le corps d'un djihadiste. Figé par la mort, qui porte encore une ceinture explosive à la taille.

Et parfois, on respire cette odeur de putréfaction insupportable mais on ne voit rien. Alors on comprend que la montagne de débris qu'on est en train d'escalader est devenue une tombe. Sous les ruines, c'est peut-être un djihadiste, c'est sans doute aussi une famille qui est restée coincée et qui a été enterrée dans l'explosion de sa propre maison."

2. Selon Le Premier Ministre irakien, le Califat est tombé. Cette annonce n'est-elle pas un peu prématurée?

Wilson Fache: "Les autorités irakiennes ont toujours été précoces dans leurs annonces de victoire. Mais ici, ça dépend aussi de quoi on parle. Il faut faire la différence entre le Califat autoproclamé par le groupe Etat islamique et l'organisation terroriste en tant que telle. Le Califat en tant qu'administration quasi étatique, avec des administrés, une police, des tribunaux et des ateliers capables de produire des armes à une échelle industrielle, ce système là est en train de s'effondrer.

La reprise de la mosquée al-Nouri où le chef terrorise Abou Bakr al-Baghdadi s'était proclamé chef de tout les musulmans marque symboliquement l'épilogue du pseudo Califat. Mais derrière ce Califat vieux de trois ans, il y a le groupe Etat islamique qui,lui, trouve sa genèse dans le chute de Saddam Hussein en 2003 et la guerre civile de 2006.

Des cellules dormantes arrivent encore à mener des attaques

L'organisation terroriste qui précède le califat va aussi lui survivre. Déjà parce que les djihadistes contrôlent toujours des villes comme Tel Afar, Hawija et des zones dans la province d'Anbar. Et surtout parce qu'ils maintiennent une présence même dans les territoires reconquis par les forces irakiennes. On l'a vu cette semaine à Mossoul-Est, qui avait été repris en janvier, des cellules dormantes [des djihadistes cachés parmi les civils] arrivent encore à mener des attaques. Malgré la perte de son administration proto-etatique, le groupe Etat islamique pourrait survivre pendant des années voire peut-être même des décennies en retournant dans la clandestinité."


3. Le décès de trois journalistes suite à l'explosion d'une mine à Mossoul a rouvert un vieux débat: est-ce que cela vraiment le coup de prendre autant de risques?

Wilson Fache: "Personnellement je fais partie de ces reporters qui préfèrent raconter les histoires qui se déroulent derrière la ligne de front. Mais le travail effectué en première ligne par mes confrères Stephan Villeneuve, Véronique Robert, Bakthyiar Haddad, qui sont décédés, et Samuel Forey, qui est miraculeusement sorti indemne de cette tragédie, est indispensable.

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Il y a un vrai intérêt à documenter pour la postérité comment se gagne et se perd l'une des pires guerres urbaines depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En restant en seconde ligne, on ne peut pas raconter le courage souvent, la cruauté parfois, l'épuisement, l'agonie, le sacrifice et la colère de ces soldats en guerre contre le groupe Etat islamique.

Sans ce travail qui est très dangereux mais absolument nécessaire, il ne reste que la propagande de guerre. Alors on le sait, d'autres journalistes vont mourir en Irak et ailleurs. Et nous les pleurons, mais surtout, on les remerciera pour leur travail indispensable".