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Un jour dans l'histoire

La représentation du paysage dans l’art

Un jour dans l'histoire

La représentation du paysage dans l’art

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Comment représente-t-on la nature dans la peinture ? Quel rôle lui fait-on jouer sur les tableaux ? Anne Hustache, historienne de l’art, et l’invitée de Laurent Dehossey dans Un jour dans l’Histoire, pour évoquer l’évolution de la peinture paysagère à travers les siècles.

L’usage du mot "paysage" n’apparaît pas avant le 16e siècle. Avant cela, en Occident, la nature "statique" n’est pas représentée pour elle-même. On ne représente que des éléments actifs : des animaux, des êtres humains, mais jamais des plantes, des arbres, des rochers ou des montagnes sans y mettre des symboliques ou pour simplement servir de décor, de fond à l’action. En Egypte antique, par exemple, on représente des plantes à condition qu’elles aient des significations divines.

Durant le Moyen-Âge européen, le paysage est au service de la religion chrétienne, et les sujets importants sont bien les Saints, le Christ ou la Vierge. A la Renaissance, on passe d’un plan en deux dimensions à des peintures qui veulent rendre compte d’un plus grand réalisme, et la nature sert donc de perspective. C’est notamment le cas avec la Joconde de De Vinci, où les collines dans le fond du portrait ont des nuances différentes, pour bien signifier la profondeur du panorama.

 

"Paysage avec la fuite en Egypte" de Joachim Patinier.

En Histoire de l’Art, on considère que le paysage comme genre pictural n’apparaît qu’avec le peintre flamand Joachim Patinier, qui renverse les valeurs. Le paysage gagne une importance énorme dans ses peintures, et inclut beaucoup d’éléments. Le sujet, qui est toujours présent, est souvent très petit, comme un détail au milieu d’une nature imposante. Patinier lance une nouvelle façon de représenter les choses, qui vont influencer d’autres artistes et ateliers, comme Brueghel pour ne citer que lui.

L’Académie des Beaux-Arts française, au 17e siècle, se lance dans une classification des genres. Elle décrète quel genre de peinture est plus ou moins important. Au sommet de cette hiérarchie, se trouve l’art religieux, la peinture historique, le portrait. La peinture de paysage est jugée moindre, et ne se trouve qu’à mi-chemin de cette pyramide. Le paysage qui n’est pas symbolique, qui n’a aucune référence religieuse ou mythologique, est considéré comme vulgaire. Les peintres s’inspirent des paysages qu’ils voient, comme Poussin a peint Rome et ses environs, mais y mettent toujours une idéalisation, un sens.

"Paysage avec les funérailles de Phocion" de Nicolas Poussin.
"Paysage avec les funérailles de Phocion" de Nicolas Poussin. Wikimedia Commons

Au 18e siècle, le paysage devient de plus en plus en vogue, particulièrement les vues de Venise qui se vendent comme souvenirs aux aristocrates qui font le "grand tour" de l’Europe, et pour qui la cité des doges est une étape tant indispensable que marquante. Mais de plus en plus, les peintres sortent des ateliers. Ils vont dehors, regarder la nature comme elle est, et commencent leur travail sur place, en faisant des croquis préparatoires. L’Anglais John Constable sera l’une des grandes figures qui donnera ses lettres de noblesse à la peinture paysagère. Ceci dit, tout est toujours terminé en atelier. On n’a pas encore le matériel pour peindre totalement en extérieur, peu de types de peinture se transportent, et les toiles sont généralement très grandes.

Avec l’apparition du romantisme, le paysage devient une expression des sentiments. La mer, les vagues, le ciel, les nuages sont autant de façon d’exprimer la mélancolie, le mélodramatique, l’amour, la tristesse, la nostalgie, le rêve. En France, c’est Gustave Courbet qui va marquer les esprits, qui passe d’un romantisme idéalisé à un réalisme saisissant. Il peint la nature pour elle-même, et ouvre ainsi la voie, quelques années plus tard, aux impressionnistes.

L’impressionnisme a offert quelques-uns des paysages les plus connus de l’Histoire de l’Art. Monet, Cézanne, Manet, captent le réel en représentant des moments furtifs de la vie de tous les jours, dans un subtil jeu de lumière et de couleurs. Le contour ne se fait plus très précis, afin de montrer le mouvement de la vraie vie.

"Impression, soleil levant" de Claude Monet.
"Impression, soleil levant" de Claude Monet. Wikimedia Commons

Au début du 20e siècle, le paysage devient avant-gardiste avec des noms comme Van Gogh, Kandinsky, Gauguin. Il perd de son importance à la faveur de l’évolution drastique de l’art contemporain. Aujourd’hui, le paysage est devenu un lieu d’exposition, où sculptures et peintures s’y fondent. Mais il est aussi une forme d’art : reconstituer un paysage en pleine ville peut désormais dénoncer la disparition de la nature, utiliser des éléments du paysage est devenu monnaie courante.

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