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La réforme fiscale de Donald Trump inquiète le FMI

Pour Christine Lagarde, rien ne permet d’affirmer qu’on se trouverait dans une situation pré-crise à la 2007-2008

La directrice du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, a donné son point de vue sur la reprise économique en cours dans le monde, mais aussi sur les turbulences qu’ont traversées les marchés financiers au début de ce mois.

Christine Lagarde a rappelé sur France Inter ce samedi que la croissance économique mondiale est en train d’accélérer : 3,9% pour la croissance du PIB mondial attendue cette année, également la même chose pour 2019. Mais elle en a profité aussi pour rappeler que si 120 pays participent à la reprise économique, certains n’en bénéficient pas en revanche. "On a un peu tendance, quand on se trouve dans une économie avancée au sein de la zone euro qui a tourné à 2,4% et pour laquelle on a de bonnes prévisions à 2,2%, à se dire que ça va bien. Il ne faut pas oublier ceux pour lesquels ça ne va pas si bien et qui ne connaissent pas de croissance du tout".

Vers une crise boursière?

La française cite en exemple "toute une série de pays d’Afrique subsaharienne qui ont, pour des raisons démographiques parce que la croissance démographique est très importante et parce qu’il y a des conflits, de la sécheresse et des menaces sécuritaires, un revenu par tête d’habitant qui ne croît pas". Et même dans les pays en croissance, dit-elle, en Europe par exemple, les inégalités se creusent. Les exclus de la mondialisation sont toujours plus nombreux, notamment chez les jeunes. C’est aussi un sujet de préoccupation pour le FMI. Craint-il également que les secousses boursières d’il y a deux semaines annoncent peut-être une récession? Certains analystes annoncent pour bientôt une crise boursière pire qu’en 1987 ou pire qu’en 2007-2008.

Pour Christine Lagarde, rien ne permet d’affirmer qu’on se trouverait dans une situation pré-crise à la 2007-2008 : "Premièrement, aujourd’hui on a des fondamentaux qui nous paraissent assez solides dans l’ensemble. Deuxièmement, on a une situation du marché bancaire en particulier qui est totalement différente de ce qu’elle était en 2008. On a des ratios de capitaux et des ratios de levier qui sont bien renforcés, on a des autorités de supervision qui sont beaucoup plus intrusives et qui vont en profondeur tester les établissements. De ce côté-là en tout cas, je pense qu’on est dans une bien meilleure situation que celle dans laquelle nous étions en 2008. Par ailleurs, on constate que même si la baisse brutale des marchés boursiers a secoué un peu tout le monde, c’est une correction qui était très certainement inévitable parce que les Bourses ne montent pas jusqu’au ciel tout le temps, il y a des moments où ça corrige, ça corrige à la baisse".

Conséquences de la réforme fiscale américaine?

Le fameux dicton boursier : "les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, les cours de Bourses non plus". Plus sérieusement, ce à quoi il faut être attentif, dit-elle, c’est à ce qu’il se passe aux États-Unis avec la réforme fiscale mise en place par l’administration Trump. "Une réforme fiscale qui va opérer comme une espèce de stimulus sur la situation économique aujourd’hui et dont on peut se demander, compte tenu de l’état de la croissance aux États-Unis, forte, et de l’emploi aux États-Unis, élevé, si ça ne va pas effectivement entraîner une augmentation des salaires et une augmentation des prix, donc de l’inflation, et si en conséquence on ne risque pas d’avoir une réaction des autorités monétaires, notamment sous forme d’augmentation un peu plus rapide ou un peu plus fréquente des taux, qui entraînerait à ce moment-là des effets sur l’ensemble des économies du monde, notamment sur les économies fortement endettées".

Les hausses de taux ne vont évidemment pas rester simplement localisées aux États-Unis, elles vont se répandre. Et pour les pays qui sont fortement endettés en dollars, les coûts de financement ou de refinancement de la dette en dollars risquent de s’envoler.