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La réforme de l'enseignement qualifiant signe-t-elle la fin de certaines options de formation ?

23 mai 2022 à 07:46 - mise à jour 23 mai 2022 à 08:13Temps de lecture3 min
Par Thi Diem Quach avec Maurizio Sadutto

Le mois de mai, c'est le mois de l'enseignement qualifiant. En Fédération Wallonie Bruxelles, près de 60.000 élèves suivent une formation qualifiante ou professionnelle. Mais le paysage de cette offre très large va changer.

Avec la mise en œuvre du pacte d'excellence et le tronc commun, l'enseignement qualifiant sera réformé. Le texte de cette réforme n'est pas encore fixé, ni voté, mais il inquiète déjà les acteurs de terrain. Avec quelles conséquences ?

Au cœur des formations

Une réalisation bien sympathique trône au milieu de la salle de formation
Une réalisation bien sympathique trône au milieu de la salle de formation © RTBF

"Tu mets ça vers l’intérieur, tu ressoudes. A ce moment-là, on ne voit pas ta soudure et c’est beaucoup plus esthétique."

Quentin écoute avec attention les conseils de son professeur de soudure. En 7e année, spécialisation chaudronnerie, il adore ce métier : "C’est vraiment quelque chose qui m’a plu, dans le sens où j’aime façonner toutes les matières différentes, que ce soit le bois, le métal… À la base, j’ai fait aussi de la carrosserie. Donc, vraiment, c’est ce que j’aime : redonner forme aux choses, pour leur donner une nouvelle vie, peut-être." Quentin considère que c’est une opportunité de vivre de sa vocation : "C’est l’assurance d’avoir un travail. Ensuite, il faut assumer derrière. Je pense que pour moi ça devrait aller, mais si on aime ce qu’on fait, ça peut durer."

Si le métier est porteur d'emplois, dans l'atelier de soudure de cette école, les candidats ne se bousculent pas. En 5e, 6e et 7e années, ils ne sont que 19. Avec la réforme de l'enseignement qualifiant en réflexion du côté de la Fédération Wallonie-Bruxelles, cette option soudure, ici, pourrait tout simplement disparaître, faute d'inscriptions.

Tout comme le personnel enseignant, dont fait partie le professeur de soudure Vincent Sturbois. Il regrette les conséquences possibles d’un tel choix politique : "S’il n’y a plus d’élèves, il n’y a plus de professeurs! Donc ce serait à nouveau une décadence totale pour tout le monde, non seulement pour les jeunes, mais également pour tous ceux qui, comme moi, se sont investis dans leur formation."

Du matériel de pointe gaspillé

Et pour attirer des jeunes à se lancer, le Lycée provincial d’Hornu-Colfontaine s’est procuré du matériel de pointe.

32.000 euros pour un simulateur de soudure virtuel. Si l'option devait être supprimée, les nouveaux outils ne seraient pas rentabilisés. Du côté de la direction, on redoute ce moment, où il faudra assumer certains choix.

"Sur le plan professionnel, à un moment ou à un autre, on va devoir poser des choix," explique Etienne Luxque, le directeur du Lycée, "en se demandant quels sont les métiers les plus porteurs dans la région. Mais il s’agira surtout de renoncer à certaines formations, en espérant avoir fait les meilleurs choix possibles."

A contretemps

Autre atelier, autre ambiance, ici à St-Ghislain, les sections alimentaires hôtellerie et boulangerie cartonnent. Mais c'est la section technique artistique qui pourrait être complètement revue avec la réforme.

"On doit revoir complètement les programmes." Au Lycée provincial d’Enseignement technique du Hainaut, la directrice Alicia Vandenabeele critique surtout la chronologie du projet : "Et donc si on annonce tout cela pour septembre 2023, avec un texte qui, actuellement, n’est pas figé, il ne nous reste que peu de temps."

Des savoir-faire en danger

La réforme du qualifiant va de pair avec le Pacte d'excellence et le tronc commun jusqu'en 3e secondaire. Elle a pour objectif de revoir l'offre des formations et de mieux cerner les filières porteuses d'emploi. Mais les contours de cette réforme inquiètent déjà les acteurs de l'enseignement qualifiant.

Comme ce député provincial du Hainaut, en charge de l’Enseignement et de la Formation : "La plus grosse inquiétude, c’est la fameuse règle des 10-10," explique le socialiste Pascal Lafosse. "Donc si une section a inscrit moins de 10 élèves, à moins d’être la seule à proposer cette option dans un rayon de 10 kilomètres, elle sera vouée à disparaître. Cela signifie que l’offre de formation va vraiment diminuer."

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Certaines filières techniques et professionnelles pourraient donc totalement disparaitre du paysage de l'enseignement francophone. Et avec elles, des corps de métier entiers, ainsi qu'un savoir-faire reconnu.

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