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Belgique

La première polyclinique belge d’alcoologie pour mineurs verra le jour à Anvers

L’hôpital universitaire d’Anvers accueillera la première polyclinique d’alcoologie pour mineurs en Belgique.
26 févr. 2022 à 06:003 min
Par Aubry Touriel, correspondant en Flandre

L’université d’Anvers entame des recherches à grande échelle sur l’abus d’alcool chez les mineurs et souhaite mettre en place une polyclinique spécialisée sur cette problématique. Rencontre avec les personnes qui ont lancé cette initiative inspirée des Pays-Bas.

En Belgique, quand un mineur se retrouve aux urgences pour un coma éthylique, on le suit sur le plan médical, mais ça s’arrête là. Il rentre chez lui sans avoir parlé de sa consommation d’alcool. Il reviendra peut-être trois mois plus tard”, constate Guido Van Hal, professeur à la faculté de médecine de l’Université d’Anvers.

Depuis son bureau sur le campus Drie Eiken à Anvers, le professeur rêvait depuis des années d’une polyclinique uniquement consacrée aux problématiques liées à l’alcool chez les jeunes, un modèle qui a fait ses preuves aux Pays-Bas.

Projet financé par les Pays-Bas

Dans les polycliniques néerlandaises, en plus du traitement médical, les mineurs qui sont tombés dans un coma éthylique font l’objet d’un suivi multidisciplinaire. À “l’heure dorée”, l’heure qui suit leur reprise de connaissance, ils sont placés devant un ordinateur pour répondre à un questionnaire sur leur consommation d’alcool.

C’est le moment le plus efficace pour qu’ils prennent conscience de leurs actes. Les parents sont ensuite appelés, on leur communique le bilan. Pendant deux mois, l’adolescent doit se rendre chez un psychologue”, complète le professeur.

Guido Van Hal, professeur à l’initiative de la polyclinique d’alcoologie pour mineurs
Guido Van Hal, professeur à l’initiative de la polyclinique d’alcoologie pour mineurs Aubry Touriel

Pendant des années, Guido Van Hal a tenté en vain de trouver des financements en Belgique pour ce projet de polyclinique. C’est finalement l’hôpital néerlandais de Delft Reinier de Graaf qui a permis de réaliser le rêve du professeur : “C’est de “l’aide au développement” des Pays-Bas envers la Belgique”, plaisante-t-il.

Collecte de données

Pour mettre sur pied cette polyclinique, une chaire s’est ouverte et c’est Hanna Van Rozendaal, une médecin néerlandaise venue s’installer à Anvers pour son doctorat, qui l’occupe depuis mai 2021.

En plus de la préparation de la polyclinique, elle mène une étude à grande échelle visant à récolter les données relatives aux cas d’intoxication alcoolique chez les mineurs dans la région anversoise depuis 2015.

Une nécessité pour avoir une idée de l’ampleur du fléau puisqu’il n’existe actuellement aucune base de données qui récolte le nombre de mineurs qui atterrissent aux urgences avec une intoxication alcoolique.
 

Hanna Van Rozendaal, doctorante en charge de mettre sur pied une étude à grande échelle sur la consommation d’alcool chez les jeunes.
Hanna Van Rozendaal, doctorante en charge de mettre sur pied une étude à grande échelle sur la consommation d’alcool chez les jeunes. Aubry Touriel

Les mutualités savent si un mineur a subi un test d’alcoolémie, car c’est remboursé, mais il n’est pas possible d’accéder aux résultats. “On n’aimerait en savoir plus : quel taux d’alcoolémie ? Quel type d’alcool ? Dans quelles circonstances ?…” explique Hanna Van Rozendaal.

Même s’il reste du pain sur la planche, elle reste confiante : “Je suis en contact avec les urgences de nombreux hôpitaux. J’ai accès aux données des mutualités, ça avance et tout le monde coopère.”

Sensibilisation en attendant la polyclinique

Selon Hanna Van Rozendaal, l’un des piliers fondamentaux pour réduire la consommation d’alcool reste la prévention : “On se rend dans les classes pour parler des dangers de l’alcool. Après les écoles, on aimerait aussi se rendre dans les mouvements de jeunesse ou les clubs sportifs.”

La ville d’Anvers va par ailleurs lancer une campagne de sensibilisation à l’alcool destinée aux étudiants en collaboration avec l’université d’Anvers en septembre.

En attendant, le projet de polyclinique progresse, conclut Guido Van Hal : “Tout le monde nous demande quand la polyclinique sera opérationnelle. C’est très difficile à dire. Nous procédons étape par étape, on va commencer par fonder la polyclinique pour la région anversoise. L’idée, à terme, est d’appliquer cette méthode dans différents hôpitaux. D’abord en Flandre, puis au reste de la Belgique.”
 

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