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"La poupée qui fait non", un hymne au consentement... et enregistré avec des membres de Led Zeppelin

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La poupée qui fait non, tout premier single de Polnareff, porte un véritable message précurseur pour l'émancipation des femmes. Il souligne déjà l'importance du consentement. Adoubé par des musiciens de légende, elle marque aussi la fin des chansons sirupeuses des yé-yé et le début des chansons engagées dans la pop française.

En 1966, Michel Polnareff entre dans le paysage pop français avec cette chanson et c’est un raz-de-marée… Dans les cafés, dans les rues, en bricolant, en picolant, tout le monde chante cette chanson aux paroles simples mais intrigantes. On parle de pop car le son et les arrangements de La poupée qui fait non ne citent pas la variété française comme référence, mais la pop britannique des années 60. Et d’ailleurs le culte alimenté autour de cette chanson s’appuie aussi sur le nom des musiciens qui ont participé à l’enregistrement : Jimmy Page à la guitare et John Paul Jones à la basse, membres du futur groupe Led Zeppelin, dont le premier album sort en 1969.

Des reprises prestigieuses

Aujourd’hui, on a complètement perdu de vue combien cette chanson était presque révolutionnaire. Dans le contexte de l’industrie française de l’époque, c’est un titre qui dit 'mais merde, j’en ai rien à foutre de vos chansons qui donnent le diabète'. C’est une chanson qui est saluée par les plus morveux comme, par exemple, Jimi Hendrix qui en enregistre une version instrumentale électrique et acide avec le groupe américain The Jimi Hendrix Expérience.

Quant aux Anglais, qui sont toujours un peu snob lorsqu’il s’agit de rendre hommage à la pop française, ils adorent La poupée qui fait non. La preuve par le groupe londonien Saint-Etienne. BJ Scott, bien avant The Voice, avait repris aussi le morceau en 2005 sur l’album live Cut And Run.

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La poupée, le terme par excellence de l'objectification des femmes

Les paroles de La poupée qui fait non sont signées Frank Gérald, parolier qui écrira d’autres smash-hits pour Polnareff comme Love Me, Please Love Me et Sous quelle étoile suis-je né

Les paroles succinctes ont été écrites sur un timbre-poste. Il y a trois fois rien comme texte.

"C’est une poupée qui fait non, non, non. Toute la journée, elle fait non, non, non / Elle est tellement jolie. Que j'en rêve la nuit / Personne ne lui a jamais appris. Qu'on pouvait dire oui". Ici, la jeune fille 'tellement jolie' est comparée à une poupée, ce qui est sans doute le meilleur terme pour signifier l’objectification de la femme… Quand on dit d’une femme qu’elle est une poupée, on la renvoie à un statut d’objet, voire de jouet. Et d’ailleurs, le texte a en tête le domaine du jouet avec ces modèles de poupées populaires dans les années 50 et 60, ces poupées qui parlent et ferment les yeux quand on les couche. L’image avait déjà été utilisée par Brassens en 1956 lorsqu’il chantait : "Je m'suis fait tout petit devant une poupée. Qui ferme les yeux quand on la couche / Je m'suis fait tout petit devant une poupée Qui fait 'Maman' quand on la touche".

L’image de la poupée sera beaucoup utilisée dans la variété française, souvent dans des chansons chantées par des femmes écrites par des hommes comme Poupée de cire, poupée de son par France Gall ou Poupée de porcelaine par Sheila.

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Un hymne sur l'émancipation des femmes et le consentement

Mais ce qui est intéressant, et nouveau, dans la chanson de Michel Polnareff c’est que la poupée dit 'non' et que celui qui aimerait qu’elle dise 'oui' entend bien 'non'…

Quoi qu’on lui demande, et on imagine certaines propositions, elle dit 'non'. Évidemment, la chanson évoque l’émancipation en marche des femmes dans les années 60 et, à la lumière d’aujourd’hui, on pourrait écouter La poupée qui fait non comme une chanson sur le consentement. Une chanson en avance sur son temps, et qui observe le début d’une révolution, celle des femmes… Deux ans avant Mai 68, quatre ans avant la création du MLF – Mouvement de libération de la femme, cinquante ans avant MeToo – La poupée qui fait non est une chanson sur la liberté des femmes à disposer de leur corps.

Dans la chanson, il est précisé : "Sans même écouter. Elle fait 'non, non, non, non' /Sans me regarder. Elle fait 'non, non, non, non' / Pourtant je donnerais ma vie. Pour qu'elle dise oui". "Sans même écouter", "Sans me regarder" signifie la négation de la parole et du regard de l’homme… La liberté des femmes, c’est de ne pas écouter et de ne pas regarder… Avec un texte qui semble fait avec trois allumettes, La poupée qui fait non nous dit quelque chose d’important de la société au milieu des années 60.

Au niveau sociologique, c’est une chanson qui marque le début de la fin de l’esprit yéyé, la fin des sujets insouciants et de l’adolescence évaporée, la fin de l’esprit yéyé et le début d’un esprit plus politique, et comme on disait à l’époque, plus engagé. En tout cas, La poupée qui fait non, avec ses airs de ne pas y toucher, touche beaucoup…

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