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Environnement

La pollution de l’air affecterait la pollinisation

06 févr. 2022 à 12:26Temps de lecture3 min
Par Adeline Louvigny

Quel est l’impact de la pollution de l’air (gaz d’échappement, ozone, particules) sur des animaux qui se servent de leur odorat pour se repérer dans l’espace ? Concernant les pollinisateurs, peu d’études se sont encore penchées sur la question, mais le sujet commence à être développé au sein de la communauté scientifique. Une étude parue début janvier laisse supposer que les gaz à base d’azote émis par les véhicules diesel, et l’ozone, peuvent avoir une influence sur le comportement de butinage, à des concentrations proches des bords de routes fréquentées.

Le parfum des fleurs modifié

De précédentes études avaient déjà conclu que la pollution de l’air affecte les molécules volatiles émises par les fleurs, que de nombreux insectes peuvent sentir, afin d’identifier leurs espèces nectarifères préférées. La pollution de l’air aurait donc un impact sur le nourrissage de ces insectes, et sur leur capacité à réaliser un service écosystémique indispensable : la pollinisation. Plus précisément, des expériences de laboratoire ont déterminé que les oxydes d’azote (NOx), gaz émis par les véhicules diesels, et l’ozone étaient potentiellement impliqués dans le déclin de ces insectes pollinisateurs.

Mais ces expériences en laboratoire, si elles permettent de mieux contrôler les paramètres du protocole expérimental, ont leurs limites, et sont incapables de reproduire la complexité de situations réelles, ici les différents mélanges de gaz et odeurs dans l’air ambiant. Une équipe de chercheurs britanniques a donc réalisé des expériences de terrain durant trois ans, afin d’observer les comportements de butinage des insectes (recherche de fleurs pour s’y nourrir), et d’évaluer l’impact sur les services de pollinisation dans des conditions plus proches du réel.

Le butinage des insectes en baisse

Ils ont mis en place un système qui générait de l’ozone et des oxydes d’azote dans des champs de moutarde noire. Et les résultats sont interpellants : dans des conditions de pollution proche de l’air des routes anglaises fort fréquentées, ils ont observé une réduction de près de 70% du nombre de pollinisateurs. Et une réduction encore plus importante du nombre de visites de fleurs : jusqu’à – 90%. Ces chiffres ont été observés dans les grands groupes de pollinisateurs : abeilles et bourdons, syrphidés (mouches ayant des rayures jaunes et noires), papillons et papillons de nuit.

James Ryall, auteur principal de l’étude, est lui-même est étonné de tels résultats, comme le rapporte NewScientist, et s’en inquiète beaucoup : "Nous ne nous attendions pas à une réduction aussi importante que celle que nous avons constatée. C’est assez fou”. Si ces expériences ne permettent pas de tirer des conclusions sur la situation en conditions réelles, elles laissent présager que des niveaux de pollution communément retrouvés le long des routes fréquentées peuvent avoir un impact potentiellement important sur les insectes pollinisateurs.

Le myrtil (Maniola jurtina)
Un syrphe, petite mouche pollinisatrice

Quid des bandes fleuries en bord de route ?

Ces études sur l’impact de la pollution de l’air, assez récentes, ouvrent la voie à de nouvelles mesures de conservation, et de protection de la biodiversité. En effet, si le déclin des insectes pollinisateurs est en partie lié à la pollution de l’air, "on pourrait agir plus facilement" qu’avec les pesticides, par exemple, comme James Ryall. "La transition pour sortir des énergies fossiles est en cours", commente-t-il.

Au niveau plus local, les bandes fleuries en bord de route sont largement encouragées en Wallonie afin de favoriser la biodiversité, et de créer des corridors écologiques : soit des zones qui permettent aux animaux (mammifères, oiseaux, insectes) de passer d’une zone naturelle à une autre. C’est une mesure qui permet de contrebalancer la fragmentation des habitats, une des causes majeures de la perte de biodiversité.

Cette nouvelle étude pourrait donc aider à mieux évaluer l’impact réel de ces bandes fleuries en termes de pollinisation, surtout si ces routes sont fréquentées (tout particulièrement en environnement urbain).

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