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La plainte pour violences sexuelles de la soprano Chloé Briot est classée sans suite

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22 sept. 2022 à 13:17Temps de lecture3 min
Par Céline Dekock avec AFP

La plainte pour agressions sexuelles déposée par la soprano Chloé Briot, en 2020, contre un de ses collègues baryton a été classée sans suites par le procureur de Besançon. Cette affaire, rendue publique par la chanteuse, avait porté le mouvement #Metoo au sein du monde de l’opéra. Le procureur a également classé sans suite la plainte miroir du baryton pour "dénonciations calomnieuses" à l’encontre de la chanteuse.

En 2020, la soprano Chloé Briot déposait plainte pour agressions sexuelles contre l’un de ses collègues. Les faits se seraient déroulés sur scène, toujours en présence de témoins, tout d’abord en 2018 lors de la production Le roi carotte, à Lille, et ensuite durant les répétitions et les représentations de l’opéra Inondation de Francesco Filidei, mis en scène par Joël Pommerat. Dans cet opéra, les deux chanteurs devaient interpréter des scènes de rapports sexuels, durant lesquels le chanteur aurait eu des gestes et des paroles déplacés ayant profondément choqué et mis mal à l’aise la chanteuse. Dans sa plainte, la soprano Chloé Briot a affirmé que son partenaire "agissait toujours au-delà du cadre des propositions du metteur en scène"Une enquête préliminaire avait alors été ouverte par le parquet de Besançon, où résidait alors le baryton mis en cause.

De son côté, la soprano Chloé Briot a décidé de rendre son dépôt de plainte public, en livrant sur témoignage dans La Lettre du musicien, déclarant prendre la parole "pour en finir avec la loi du silence qui règne à l’opéra". Cette affaire avait par ailleurs porté le mouvement #metoo dans le monde de la musique classique. Le ministère de la Culture avait alors effectué un signalement auprès du procureur de la République, affirmant par la même occasion sa volonté "de prendre toute la mesure des violences sexistes et sexuelles dans le milieu musical".

Ce mardi 20 septembre, le procureur de Besançon, Etienne Manteaux, a annoncé publiquement qu’il classait sans suite la plainte de la soprano Chloé Briot, précisant que la plainte miroir du baryton pour "dénonciations calomnieuses" à l’encontre de la soprano avait, elle aussi, été classée sans suite. Lors de la conférence de presse, le procureur a expliqué que le chanteur devait "interpréter des scènes d’amour dans un souci d’hyperréalisme, sous le contrôle permanent du metteur en scène, avec une partenaire qui à aucun moment ne lui a fait part de son malaise dans l’interprétation de ces deux scènes de rapports sexuels". Or, "il n’a pas été démontré pendant l’enquête que monsieur avait conscience que son jeu d’acteur avait progressivement généré un ressenti aussi douloureux chez sa partenaire", a expliqué Etienne Manteaux, soulignant l’absence d’une "intention coupable chez le mis en cause".

Après que Chloé Briot a évoqué son malaise au metteur en scène Joël Pommerat, ce dernier a tout de suite contacté l’intéressé pour lui demander de changer son interprétation. Dans sa déclaration à la presse, le procureur a précisé que "contrairement à ce qu’elle avait dit aux journalistes, Madame Briot admettait face aux policiers qu’elle n’avait plus subi d’attouchements après ce recadrage". Un "changement de comportement radical" qui, selon le procureur, est "gage de [l]a bonne foi" du chanteur.

Pour justifier le classement sans suite de la plainte de Chloé Briot, Etienne Manteaux a déclaré : "je ne peux pas faire la démonstration d’une intention coupable. Oui, il y a eu des attouchements, mais dans le contexte précis de l’interprétation d’un opéra, sous le contrôle du metteur en scène, et à la lecture de la procédure, il n’y avait pas de volonté d’agresser sexuellement Madame Briot." Quant à la plainte déposée par le baryton à l’encontre de Chloé Briot, elle a été, elle aussi, classée sans suite, en raison de la réalité "du malaise profond chez cette jeune femme, que la répétition de ces scènes a fini par générer", a précisé le procureur. C’est "une impression de grand gâchis" qui prédomine, conclue le procureur, tant pour la "souffrance" de la soprano que pour "la carrière compromise" du baryton, qui exerce maintenant le métier d’aide-soignant.

Etienne Manteaux a conclu la conférence de presse en évoquant les "coordinateurs d’intimité" engagés aux Etats-Unis afin de superviser les scènes les scènes de rapports sexuels auprès des actrices et acteurs. "Cela a cruellement fait défaut dans cet opéra".

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