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Justice

La PJ fédérale en "situation catastrophique" : le monde judiciaire alerte les parlementaires

Des représentants du ministère public et de la police judiciaire fédérale se sont exprimés à tour de rôle mercredi devant les commissions de l’Intérieur et de la Justice de la Chambre pour tirer la sonnette d’alarme devant l’état de la "PJF" et son manque de moyens.

Au total, cette branche de la police fédérale doit retrouver 1000 équivalents temps plein supplémentaires si elle veut être en mesure de mener ses missions, selon son directeur, Eric Snoeck. Le collège des procureurs généraux, par la voix de Patrick Vandenbruwaene, a appelé à un "plan Marshall".

Le mois dernier, le collège des procureurs généraux avait demandé à être entendu au parlement au vu de la situation "catastrophique" de la PJF. Pas moins de sept acteurs judiciaires et policiers issus des parquets locaux, généraux et fédéral étaient présents pour répéter ce constat et longuement l’étayer.

Ce sont notamment les choix auxquels le ministère public est contraint, faute de moyens d’enquête, qui inquiètent ces acteurs judiciaires. "S’il y a deux ans, j’avais laissé tomber les dossiers que je ne peux traiter aujourd’hui, on m’aurait traité de fou", a lancé le procureur fédéral, Frédéric Van Leeuw.

Son parquet doit faire face au gigantesque dossier Sky ECC, du nom d’un système crypté utilisé par les trafiquants de drogue, qui représente 459 dossiers, 4481 suspects, 9 magistrats disponibles 24h/24 et 1000 ETP utilisés en un an. Or, les moyens policiers manquent. Un constat corroboré par le procureur du roi d’Anvers, Frank De Keyser, dont l’arrondissement abrite le port devenu l’épicentre du trafic de drogue en Europe du nord. Le procureur général de Bruxelles, Johan Delmulle, a enchaîné, en insistant notamment sur la perte d’enquêteurs pour les dossiers financiers.

"Je suis devenu comme un commerçant ou un négociateur de capacités policières. Il faut un effort budgétaire conséquent dans la police judiciaire fédérale", a martelé le magistrat.

Depuis 2019, la PJF œuvre à un plan DGJ 3.0. Après un "définancement" entamé en 2014, un effort a eu lieu, a reconnu Eric Snoeck, mais il demeure insuffisant. En 20 ans, le métier a complètement changé, a-t-il fait remarquer. La digitalisation est passée par là, des profils spécifiques sont nécessaires ainsi que de nouveaux moyens.

"Il nous faut récupérer la capacité de 1000 enquêteurs perdue. On a pu rehausser nos effectifs mais on n’a pas encore pu atteindre notre seuil de 2014. C’est un bon début mais on est très inquiet pour la suite. Les magistrats nous attendent pour ne pas laisser tomber des dossiers, nous avons besoin d’enquêteurs de plus en plus performants et spécialisés. Je ne peux pas garantir cela", a expliqué Eric Snoeck.

Le cri d’alarme a retenti aussi dans l’opposition que dans la majorité. "Le fond de l’affaire est tellement clair que je ne vois pas comment vous refuser les moyens que vous demandez", a souligné Marie-Christine Marghem (MR). Le PS estime qu’il incombe au Premier ministre de prendre le dossier. "Il faut appeler les choses par leur nom : il y a des organisations mafieuses qui ont déclaré la guerre à notre Etat. Si nous ne sommes pas d’accord sur ce constat, rien ne suivra. Notre premier devoir est d’assurer la sécurité des citoyens. Il faut une reprise en main de ce dossier pour répondre aux enjeux. Il faut donner des moyens immédiatement à la police judiciaire", a dit Ahmed Laaouej.

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