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Week-end Première

La philosophie des Alcooliques Anonymes peut-elle inspirer la prochaine révolution écologique ?

La philosophie des Alcooliques Anonymes peut-elle inspirer la prochaine révolution écologique ?

Plus le temps passe et plus nous devons constater que nous ne parvenons pas à enclencher les changements nécessaires à la transition écologique. On a cru que les constats suffiraient, que les bonnes idées suffiraient, on a cru que les catastrophes suffiraient. Et nous sommes là, en 2022, obligés de constater encore notre impuissance face à ce qui est pourtant l’un des défis les plus importants de l’Histoire de l’humanité. Et si les Alcooliques Anonymes avaient quelque chose à nous apprendre à propos de l’énorme défi climatique et environnemental qui est devant nous ? suggère le philosophe Matthieu Peltier.

Petit rappel : le mouvement des Alcooliques Anonymes est né aux Etats-Unis dans les années 30 et a fait ses preuves auprès de millions de personnes, au travers d’un programme et de groupes de parole qui se donnent pour objectif de leur apprendre à vivre sans alcool.

La première étape de ce programme, qui est le début de tout et qui est la condition préalable au changement, est, pour le malade alcoolique, d’admettre qu’il est impuissant devant l’alcool, qu’il ne parvient pas à contrôler sa consommation, quelle que soit sa volonté d’y parvenir.

En d’autres termes, le changement commence quand le malade alcoolique rend les armes et cesse de se battre seul contre un ennemi qui, de toute façon, est plus fort que lui.

Une dépendance similaire ?

Or, dans quelle mesure ne nous trouvons-nous pas dans une situation de dépendance relativement similaire, interroge Matthieu Peltier. Dépendance à un mode de vie que nous savons destructeur, dépendance à des consommations qui causeront assurément notre perte, dépendance à l’ivresse de la croissance économique, dépendance aux énergies fossiles dont notre besoin est toujours plus fort.

Bref, dans quelle mesure ne sommes-nous pas, tout comme le sont les alcooliques, prisonniers d’un mode de vie que nous ne parvenons tout simplement plus à enrayer par la seule force de notre volonté et de nos bonnes intentions, fussent-elles louables et sincères ?

En quoi cette comparaison peut-elle nous éclairer ?

Matthieu Peltier considère que, si on lit la littérature de ce mouvement et les témoignages de ceux qui s’en sont sortis grâce à cette méthode, il y a beaucoup à apprendre sur l’attitude que nous devrions peut-être adopter face aux défis climatiques.

D’abord, commencer par reconnaître notre impuissance à la modération. Nous sommes incapables de réguler par nous-mêmes notre manière de consommer.

Un autre grand enseignement des AA, c’est que le but ne peut pas être simplement d’arrêter la consommation. Le but doit être d’apprendre à redéfinir une vie souhaitable sans l’alcool, qui n’est plus présent.

S’agissant des impératifs écologiques, cela donne à réfléchir : n’avons-nous pas tous trop tendance à espérer pouvoir maintenir la vie telle que nous la connaissons aujourd’hui, mais en y enlevant simplement les pratiques nuisibles et en nous modérant ? Ne sommes-nous pas nous-mêmes dans ce type de déni des alcooliques qui pensent qu’ils pourraient à la fois continuer à consommer et à la fois être heureux ?

Dans ce cas-là ne devons-nous pas reconnaître d’abord que cet objectif est tout simplement impossible ?

Changer de vie

Ensuite, ce que les AA proposent, c’est de changer fondamentalement de vie. Parce qu’en fait, toute la vie du dépendant est organisée autour de sa consommation. Les gens qu’il fréquente, les endroits qu’il fréquente, les récompenses qu’il s’octroie, les raisons qu’il se donne pour boire… Toute sa vie est organisée de façon à consommer.

Or, ne sommes-nous pas dans une situation semblable, prêts à travailler toujours plus en faisant des choses qui ont toujours moins de sens, dans l’unique but de maintenir notre niveau de vie, qui, par ailleurs, nous détruit ?

En fait, la révolution philosophique que proposent les AA, c’est d’apprendre à découvrir ce qu’on pourrait être, une fois libéré de la dépendance. C’est-à-dire prendre le pari qu’il existe bel et bien une vie souhaitable, dans laquelle nous ne pratiquons plus le comportement destructeur qui a causé notre chute.

Et c’est tout ce que Matthieu Peltier nous souhaite pour affronter ce qui s’apparente au plus grand défi de l’Histoire de l’Humanité.

 

La philo selon Matthieu, écoutez…

La philo selon Matthieu

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