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Opéra

La petite renarde de Janacek, une ode à la vie et à la mort

Nicolas Blanmont revient sur La petite renarde rusée de Janacek, mise en scène au Bayerische Staatsoper par l’Australien Barrie Kosky. "Une splendeur" qu’évoque Nicolas Blanmont dans la soirée Opéra sur Musiq3 ce samedi 5 février à 20h.

L’Australien Barrie Kosky – qu’on ne confondra pas avec son collègue polonais Warlikowski (Krzysztof) – est une des personnalités les plus talentueuses de la scène lyrique internationale. C’est d’ailleurs, au même titre que le non moins excellent Claus Guth, un de ces grands metteurs en scène d’opéra qu’on aimerait bien voir invités de temps en temps en Belgique plutôt que d’y retrouver toujours les mêmes noms. Revendiquant fièrement ses identités juive et homosexuelle, celui qui est aussi, pour quelques mois encore, le patron de la Komische Oper de Berlin poursuit une carrière de metteur en scène invité aux quatre coins de l’Europe avec quelques constantes : une modernisation des images et situations mais qui ne cherche jamais la provocation gratuite, une direction d’acteurs au cordeau, et aussi un art consommé dans la gestion des grandes masses chorales.

Kosky est un habitué de l’Opéra de Munich, puisqu’il y avait notamment déjà signé une excellente mise en scène de la très rare Femme silencieuse de Strauss (un spectacle que l’on peut revoir actuellement) ou, plus récemment une nouvelle version du sacro-saint Chevalier à la rose. Arrivé cette saison à la tête de la prestigieuse maison bavaroise après avoir passé quinze ans à l’Opéra de Lyon, le Belge Serge Dorny a gardé toute sa confiance à Kosky et lui a confié, comme troisième production de sa première saison (après Le Nez de Chostakovitch et Giuditta de Lehar), La petite renarde rusée de Leos Janacek.

Véritable ode à la vie – et à la mort, présentée ici comme une de ses modalités naturelles – le spectacle de Kosky est une splendeur : sur une grande scène vide que viennent habiller de grands rideaux de fils lamés argentés, noir ou rouge, avec juste une fosse parallèle à la rampe dans laquelle les personnages descendent parfois pour apparaître en buste, Kosky raconte l’histoire avec simplicité, sans pathos exagéré mais avec humour et tendresse. Hommes, femmes ou animaux, tous les personnages ont ici une même allure humaine : les renards et renardes sont des jeunes filles en robe d’été, le forestier un vieux sage attendri, seules les poules ont un semblant d’allure animale – une multitude de plumes jaunes contrastant avec le rouge de leurs lèvres de danseuses de cabaret. Dans la fosse, Mirga Grazinyte-Tyla fait superbement résonner la partition, et on sent plus d’une fois une vraie complicité théâtrale entre ce que Kosky montre sur scène et ce que la cheffe lettone donne à entendre. Très belle distribution, avec notamment Elena Tsallagova (la renarde) et Wolfgang Koch (le Forestier).

Extraits de l’œuvre et compte rendu du spectacle à retrouver dans la soirée Opéra sur Musiq3 ce samedi 5 février à 20h. Le spectacle se donne encore à l’Opéra de Munich jusqu’au 15 février.

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