Tendances Première

La pauvreté invisible : elle est de plus en plus présente

© Peter Dazeley / Getty Images

08 févr. 2022 à 07:00Temps de lecture3 min
Par Christian Rousseau

’essentiel est invisible pour les yeux”. Vous avez choisi cette célèbre citation de Saint-Exupéry pour introduire votre chronique consacrée aujourd’hui à une pauvreté croissante et invisible 

En effet, la vie devient de plus en plus chère et elle implique forcément des difficultés financières même pour ceux qui pensaient être à l’abri car propriétaires avec deux salaires. Alors qu’on parle beaucoup de l’indexation des salaires dont une grande majorité d’employés belges ont pu bénéficier, on parle beaucoup aussi de l’augmentation du coût de l’énergie et des matières premières.

Sans compter que travailler est devenu aussi plus chaotique depuis 2 ans. Les quarantaines, les chômages techniques ou temporaires sont presque devenus normaux. Cette crise est particulière. Or on se fait chacun une image de la personne en précarité financière.

Une image souvent cliché : une personne plus âgée dont la pension est plutôt maigre; une personne en chômage longue durée; une personne seule sans travail avec enfants à charge. Mais la pauvreté aujourd’hui a bien d’autres visages. Les nouveaux pauvres sont jeunes et étudiants, jeunes parents et travailleurs, collègues. En apparence, ils mènent une vie tranquille, sans tracas car ils travaillent ou étudient. Dans les faits ils sont pauvres mais cela ne se voit pas. On parle de pauvreté invisible. 

 

Beaucoup cachent leur pauvreté

Notre modèle de société basé sur la consommation et le pouvoir d’achat relègue ceux qui n’en ont pas au rang de losers.

Ne pas avoir assez d'argent, c’est être nul finalement

Alors certaines personnes cachent leurs difficultés financières derrière de fausses excuses. Pour ne pas perdre la face, pour ne pas devoir s’expliquer, pour ne pas se sentir jugé. La solitude est double : on s’isole des activités du groupe et on cache la réelle raison de cet isolement derrière une fausse excuse.

Le manque d’argent peut aller jusqu’à nuire aux relations car entretenir l'amitié a aussi un coût : un resto, un ciné, une soirée pizzas. J

 

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Qu'est-ce qui a changé ?

Deux choses ont changé depuis 2 ans. D’une part, de plus en plus de gens sont touchés. Ce sont en Belgique, jusqu’à 195.000 personnes qui font appel aux Banques Alimentaires chaque mois.

Un chiffre plutôt stable depuis 2020 mais qui représente une hausse de 24% de repas distribués par rapport à avant la crise. Les responsables des banques alimentaires alertent que des bénéficiaires font aujourd’hui le choix entre manger ou se chauffer. Mais aussi sur des dons en diminution. Le coût des matières premières étant également en hausse, les dons des entreprises alimentaires sont en déclin car les entreprises gèrent leur stock de plus près. D’autre part, on en parle plus ouvertement.

La covid aura mis au chômage des personnes qui n’avaient jamais pensé l’être et aura permis de libérer la parole. Malgré tout, l'argent reste toujours un sujet tabou même dans un couple. L'illettrisme financier étant toujours très élevé en Belgique. On fait un peu mieux que la France mais on est bien loin derrière les chinois ou les coréens. 

 

Les marques et les entreprises s'adaptent

En normalisant les discours autour du manque d’argent, tout d’abord des marques soi-disant démocratiques / hard discount ne gagnent pas uniquement plus de clients mais pourraient gagner en popularité auprès d’une plus grande partie de la population.

Si ces marques-là n’existaient pas, ce serait encore plus difficile. Alors que certains retailers se positionnent sur la santé, ou le frais ou la durabilité, se positionner sur un accès démocratique aux produits de consommation de base peut devenir aspirationnel, sans tomber dans le misérabilisme bien entendu.  

Ensuite cette tendance peut aussi inspirer des marques pour créer de nouveaux services ou de nouvelles activations. La marque Poker, une marque de bière du groupe AB Inbev en Colombie, a imaginé une activation dans ce sens il y a quelques années déjà en créant “La Banque de l'amitié” pour une durée de 3 mois.

Une vraie banque avec une monnaie à part entière. Chaque capsule représente de l’argent qui peut être échangé contre des biens de consommation : abonnement Netflix, une voiture, un resto mais aussi pour pouvoir payer l’entrée à l’université. Pour pouvoir en accumuler, il faut combiner les comptes ouverts à la banque. 

Les marques doivent se rendre compte dès maintenant que les gens vont faire des choix. Elles doivent donc imaginer des modèles pour être plus démocratiques ou qui même incitent la solidarité. Des marques le font déjà en Belgique comme la marque Douwe Egberts qui offre des tasses de café à chaque paquet de la marque acheté depuis plus de 20 ans. Ce genre d’initiative caritative pourrait bien devenir un modèle économique indispensable pour être une marque responsable.

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