Coronavirus

"La pandémie est terminée": pas vraiment. Voici pourquoi il faudrait se préparer collectivement à la prochaine vague

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29 sept. 2022 à 14:46 - mise à jour 30 sept. 2022 à 09:05Temps de lecture6 min
Par Xavier Lambert

"La pandémie est terminée", assurait le 18 septembre dernier le président américain Joe Biden lors d’une interview à CBS, même si les Etats-Unis conservent un niveau de vigilance important. "La fin de la pandémie est en vue" nuançait le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Mais d’autres épidémiologistes mettent en garde : de nouveaux sous-variants risquent de rendre la nouvelle vague, annoncée en octobre, encore plus importante que prévu. Avec quels risques ? Quelles conséquences ? Et comment s’y préparer ?

Le point avec Emmanuel André, microbiologiste à la KULeuven, et membre de la plateforme de surveillance génomique :

1) De nombreux sous-variants, mais un qui semble s’imposer chez nous ces derniers jours…

BA.1, 2, 5, 2.75, Q1, Q1.1 Il y a de quoi y perdre son latin ou son grec, puisque tous sont désormais des descendants d’Omicron. On a beaucoup parlé de nouveaux variants ces derniers mois, mais il semble difficile de savoir lequel suivre au final.

Pour Emmanuel André, "ça commence à devenir plus clair. Contrairement à ce qui s’est passé l’an dernier, on n’a plus de variants qui sortent "de nulle part". Ici, depuis début 2022, c’est Omicron qui a réussi à se diversifier, donc les nouveaux variants sont à chaque fois des sous-lignées d’Omicron. Au début, on a assisté à l’émergence de BA.1 et BA.2, puis on a vu en Europe BA.5 prendre le dessus, et ailleurs des sous-variants de Ba.2, qu’on a appelé BA.2.75.

Sur papier, BA.2.75 semblait plus transmissible que BA 5, donc on surveillait plutôt ce variant en pensant qu’il prendrait le dessus sur les autres. Mais depuis quelques semaines, et surtout ces deniers jours, au sein de cette nébuleuse de sous-variants, quelques-uns ont l’air de sortir du lot : deux qui descendaient de BA.2 et un de BA.5.

"Même s’ils ne sont pas des mêmes sous-lignées, ils ont des mutations supplémentaires, qui sont assez semblables, une évolution convergente donc, alors qu’on s’attendrait justement à ce qu’ils divergent. Des mutations qui concernent la protéine spike", soit l’interface avec les cellules humaines : les mutations dans cette interface font que ces sous-variants sont performants dans le contexte immunitaire mondial, où le virus de base est déjà (re) connu.

"Parmi ces trois sous-variants qu’on surveille avec attention, un semble se développer rapidement, et le Royaume-Unie a donné l’alerte à ce sujet, c’est celui qu’on appelle "BQ1.1", "qui découle de BA.5 initialement, précise Emmanuel André. Même s’il a été décrit initialement en Afrique de l’Ouest, c’est en Europe qu’il semble aujourd’hui se développer".

"On a capté quelques occurrences de ce sous-variant en Belgique, et ça augmente depuis quelques semaines. Ça reste un nombre assez faible, mais il faut savoir que l’on fait moins de tests PCR et qu’on a donc diminué aussi la surveillance génomique. Mais c’est celui qui selon l’état de nos connaissances risque d’être celui qui va émerger dans les prochaines semaines".

Plus contagieux ; une nouvelle vague plus grave alors ?

Une des interrogations, dès lors, c’est est-ce que c’est ce BQ.1.1 qui va emmener la vague automnale projetée par les biostatisticiens ? "Peut-être, estime Emmanuel André : le timing semble coller. Ils avaient modélisé une résurgence en octobre, et avec le temps, leurs modèles sont de plus en plus fiables. Or, si on a en même temps, les conditions de démarrage d’une vague (ndlr : plus de contacts à l’intérieur, humidité, proximité…), et un variant avec un avantage immunitaire très important, on peut penser qu’il y a aura une synergie entre les deux, et on risque d’avoir une vague plus importante encore que prévu".

Des sous variants toujours plus contagieux mais moins sévères ?

On dit que ces variants sont toujours plus contagieux, c’est pour ça qu’ils finissent par s’imposer face aux précédentes souches, et qu’on a de nouvelles vagues, mais aussi moins mortels et moins sévères en général.

Parce qu’on est mieux protégés ou parce qu’ils sont intrinsèquement moins dangereux ?

"Evidemment les deux : il y a une partie de la réponse qui vient du développement immunitaire de la population. A l’heure actuelle, la quasi-totalité de la population a été en contact avec le virus, la plupart ont été en contact plusieurs fois avec le vaccin et aussi plusieurs fois avec le virus proprement dit, le niveau d’immunité est donc important dans la population, ça va jouer en notre faveur."

Et puis, beaucoup de personnes, parmi celles qui étaient les plus fragiles et les plus vulnérables, sont malheureusement déjà décédées. Il y a aura donc encore des décès mais proportionnellement beaucoup moins que lors des vagues précédentes.

Et puis, il y a le facteur variant aussi, effectivement : les observations ont montré qu’Omicron, était en général un peu moins sévère, et les gens qui ont été hospitalisés ont connu des issues plus favorables, et des déjours moins longs.

Il y a cependant encore eu des décès, et on voit désormais une plus grande différence encore entre la population générale et des sous-groupes plus à risque : les patients immunodéprimés par exemple ont un risque démultiplié par rapport aux autres, et ce même en prenant des précautions, et en étant vaccinées et revaccinés."

Faut-il garder des mesures de prévention, et pourquoi ?

C’est une question de bénéfices/risques selon Emmanuel André. "Il y a plusieurs éléments à mettre dans la balance :

  • "Il reste des inconnues sur les conséquences de cette maladie, notamment au niveau du Covid long. Le phénomène est de mieux en mieux décrit, ce n’est plus juste une impression, c’est une vraie entité médicale, qui touche de nombreuses personnes, avec des conséquences importantes sur le système de santé. Et malheureusement la vaccination a un effet limité sur le Covid Long, donc plus on laisse circuler le virus, plus cet effet sera important. Même si ce pourcentage sera peut-être plus faible de vague en vague, il en restera une part, d’autant plus importante selon le degré de prévention. Une circulation massive va provoquer systématiquement une hausse de personnes nécessitant un accompagnement médical prolongé".
  • "Outre le Covid long, on voit d’autres effets secondaires : pour les enfants, par exemple, des études ont démontré une augmentation du RISQUE de diabète. Dans quelques cas, cette infection peut provoquer le déclenchement de diabète de type 1 , celui qui n’est pas lié au mode de vie ou à l’obésité, et nécessiter une prise en charge à vie. Là aussi, c’est un petit nombre, mais c’est une charge pour la société, outre la souffrance des enfants concernés. Pour calculer les bénéfices/risques des campagnes de prévention dans l’avenir, il faut donc voir l’impact à court terme et à long terme de ces mesures de prévention pour prévenir ces vagues et leurs conséquences, il faut prendre en considération le coût social. Aujourd’hui, on n’est plus dans un scénario de gravité aigu, mais il faut prendre conscience de l’impact, à court terme mais aussi à long terme, d’une politique de santé qui oublierait toute démarche de protection active".

Le faire tout de suite

"Si on fait quelque chose, en termes de prévention, il faudrait le faire maintenant, parce que c’est maintenant qu’on peut faire quelque chose, c’est maintenant qu’on peut retarder et amoindrir la vague, quand on est au sommet de la vague, c’est trop tard".

Mais que faire exactement : quelles mesures prendre ?

Emmanuel André évoque des "mesures peu contraignantes", qui peuvent avoir un effet. Quelles sont-elles ?

  • "Quand on est malade, on reste chez soi. Même sans recourir au test PCR. Que ce soit pour le Covid ou la grippe, il vaut mieux prendre ces précautions, et éviter de contaminer les autres. C’est une bonne pratique, à conserver dans la durée".
  • "Mettre un masque dans des endroits publics, mal aérés, où il y a une forte densité, ça reste une bonne précaution, surtout au début d’une vague, et ça permet d’enrayer le processus exponentiel".
  • "La campagne de vaccination de rappel qui vient d’être lancée, est particulièrement utile pour les publics à risque. L’utilité est évidente pour ces personnes, mais aussi pour la société en général, car elle limite le risque de développer des formes sévères et d’avoir des impacts sur le système de santé, dont on sait que quand il est saturé, c’est le déclencheur d’autres phénomènes, et toute la société est alors impactée".

Faut-il que les personnes qui ne sont pas à risque aillent chercher une dose de rappel ?

"Le fait de vacciner les personnes qui ne sont pas dans les groupes à risque aura un effet, sans doute pas directement sur les hospitalisations, mais en réduisant le pourcentage de transmission, on va diminuer la durée de la vague. Et donc, oui, si on veut limiter la durée de cette vague, et donc ses conséquences, il faudrait étendre la cible de la campagne de rappel.

Mais on est dans un contexte où il y a très peu de réceptivité par rapport à ses messages de prévention et de solidarité, car il y a d’autres crises, et il y a de la lassitude par rapport à celle du Covid. Aujourd’hui l’attention est ailleurs, et c’est tout à fait compréhensible, mais ça ne change pas la pertinence des messages

Même au niveau des agences de santé, on sent qu’il y a beaucoup moins d’entrain. On est dans une spirale de communication où on en parle moins, parce que les gens n’ont plus envie d’entendre ces messages, et comme on en parle moins, les effets négatifs et dangers sont moins perçus, et ainsi de suite. Le message reste pourtant pertinent, mais en ce moment, c’est devenu plus compliqué de porter certains messages à la population".

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