La PAC et le Green Deal européen sont-ils vraiment compatibles?

Faustine Bas-Defossez, responsable du programme Agriculture à l'IEEP (Institute for European Environmental policy)

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

20 févr. 2020 à 19:30 - mise à jour 20 févr. 2020 à 19:30Temps de lecture4 min
Par Catherine Tonero

Quel avenir pour la Politique Agricole Commune? La PAC, dont le budget raboté inquiète les agriculteurs... La PAC, dont l'application actuelle est incompatible, selon les défenseurs de l'environnement, avec les ambitions du "Green Deal", le pacte vert européen et son ambition zéro carbone à l'horizon 2050. Alors la PAC et le Green Deal sont-ils incompatibles? Pour tenter de répondre à cette vaste question, sur le plateau de CQFD: José Renard, secrétaire général de la FWA (Fédération Wallonne de l'Agriculture) et Faustine Bas-Defossez, responsable du programme Agriculture à l'IEEP (Institute for European Environmental Policy).

Avant son budget, il faut débattre du contenu de la PAC

De nombreux agriculteurs wallons ont manifesté ce jeud à Bruxelles, à l'ouverture du Sommet consacré au budget de l'Union Européenne pour les 7 prochaines années. Ils sont venus dire tout le mal qu'ils pensent des restrictions budgétaires qui pèsent sur la PAC, revenu principal de nombreuses exploitations. Représentée, la Fédération des Jeunes Agriculteurs réclame "un budget PAC fort pour assurer le renouvellement des générations en agriculture". 

"Avant de parler de budget", réagit Faustine Bas-Defossez, "il faut voir si cette PAC répond aux objectifs environnementaux européens mais aussi aux défis socio-économiques auxquels le secteur agricole est confronté aujourd'hui. Et la PAC n'y répond pas. De nombreux experts s'accordent à dire qu'elle enrichit les plus riches au détriment des plus pauvres, qui souvent ont les pratiques environnementales les plus intéressantes. Les agriculteurs doivent investir toujours plus pour produire à des coûts toujours inférieurs. C'est tout sauf une politique sociale". 

Et de pointer le système actuel d'attribution des aides européennes, qui se fait à l'hectare, favorisant de fait l'agrandissement des exploitations et les systèmes agricoles les plus industriels. A la clef, un bilan environnemental désastreux, explique la responsable du programme Agriculture à l'IEEP: "il faut revoir complètement notre système alimentaire qui n'est pas durable, l'agriculture intensive n'est pas tenable, avec la pollution des sols par les pesticides, etc. [...] Parler du budget de la PAC avant son contenu, ça sécurise les gros sous - 58 milliards d'euros par an - et puis les ministres de l'agriculture détricotent les propositions environnementales, destinées à verdir cette agriculture".

Nous agriculteurs sont prêts à s'engager

Pour José Renard, parmi les objectifs historiquement assignés à la PAC, celui de l'approvisionnement alimentaire est rempli: "un approvisionnement en qualité et à des prix accessibles pour les consommateurs", explique le secrétaire général de la FWA. "On n'y est pas, par contre, pour l'objectif de revenus des agriculteurs. Et il faut effectivement réfléchir aux instruments [...] Mais nous, nous souhaitons qu'il y ait un budget fort avant les instruments, un budget à la hauteur des ambitions, pour également répondre à nos défis. Nos agriculteurs sont prêts à s'engager dans toute une série de mesures favorables à l'environnement".

Une enquête édifiante du New York Times autour de la PAC

Depuis l'autre côté de l'Atlantique, le New York Times a longuement enquêté sur la Politique Agricole Commune. Une enquête menée dans 9 pays, auprès de scientifiques, agriculteurs, lobbys, responsables nationaux ou européens... Objectif: comprendre comment les quelques 60 milliards d'euros de la PAC distribués aux Etats-Membres en 2018 ont été utilisés. Leur conclusion, publiée fin décembre, est sans appel: "La PAC est un système de subventions délibérément opaque, faussé par la corruption et le conflit d’intérêts, et qui sape complètement les objectifs environnementaux de l’Union". 

Dans cette enquête qui a débuté en Europe Centrale, on apprend notamment que le gouvernement hongrois aurait cédé des milliers d'hectares de terres publiques à des proches, qu'en Bulgarie, ces aides nourriraient des procédés mafieux d'accaparement des terres, etc. La Commission européenne a de longue date défendu la PAC de telles accusations. Mais les journalistes du New York Times - qui se sont heurtés à différentes formes d'obstruction durant l'enquête - ont aussi conclu à un manque flagrant de transparence entourant l'implémentation de cette politique.

Le secrétaire général de la Fédération Wallonne de l'Agriculture, assure que l'attribution des aides est strictement appliquée en Belgique: "chaque année, en Wallonie ou en Flandre, de très nombreux agriculteurs sont d'ailleurs sanctionnés, et n'ont pas la totalité de leurs aides, lorsqu'ils ne sont pas en conformité, par exemple, aux règles de l'identification animale".

Aujourd'hui, tous les voyants sont dans le rouge

Faustine Bas-Defossez, responsable du programme Agriculture à l'IEEP (Institute for European Environmental policy)

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Pas d'agriculture durable sans durabilité économique

José Renard, secrétaire général de la FWA (Fédération Wallonne de l'Agriculture)

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Rémunérer les agriculteurs en fonction de leurs résultats?

Pour Faustine Bas-Defossez, c'est en fonction des résultats qu'il faudrait rémunérer les agriculteurs à l'avenir: "De résultats en terme de biodiversité, de stockage de carbone, car l'agriculture a un fort potentiel et peut aussi être une solution à la lutte contre le réchauffement climatique, il faudrait inciter par des aides les agriculteurs à suivre ces bonnes pratiques".

José Renard n'est pas contre un modèle qui financerait non pas en fonction de la taille de l'exploitation mais de ses résultats environnementaux. "Mais le premier critère, pour nous, doit rester une agriculture nourricière", estime-t-il.

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face-à-face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat ci-dessous.

Sur le même sujet

Le Pacte local énergie-climat de la Flandre devient un modèle pour l'UE

Monde Europe

"Les réacteurs nucléaires ne constituent pas une solution aux choix à réaliser par la Belgique", selon le Conseil supérieur de la Santé