Théâtre

La nouvelle donne de la rentrée théâtrale

14 sept. 2022 à 05:30 - mise à jour 19 sept. 2022 à 09:20Temps de lecture3 min
Par Thierry Vangulick avec Maurizio Sadutto

Après deux saisons très compliquées pour la culture, la rentrée théâtrale suscite beaucoup d'envies chez les spectateurs et beaucoup d'espoirs du côté des théâtres. Deux ans de mesures liées à la gestion du covid ont changé le comportement des amoureux des planches. Ils s'abonnent moins et choisissent davantage de spectacles à la carte. Pas facile de gérer cette nouvelle donne pour les directeurs de théâtre.

Refuser le choix de l'embarras

Entre une soixantaine de théâtres et lieux culturels et des dizaines de spectacles, Françoise n'a que l'embarras du choix pour cette nouvelle saison. Cette passionnée de théâtre avait sept abonnements différents la saison dernière, mais cette fois, elle a préféré des formules plus souples, moins contraignantes qu'un abonnement de plusieurs mois, jugé par elle trop figé :

Françoise Colinia compulse les programmes… Et il y a de quoi faire!

"Vous devez prendre vos abonnements au mois de mai pour l'année écoulée. Et donc parfois en janvier ou en février, vous entendez une pièce et vous vous dites, tiens, ça, je serais bien allée voir, je n'ai pas été attentive. Et donc cette souplesse vous permet également de rajouter un spectacle à votre abonnement."

Des spectacles à la carte

L'abonnement au théâtre, ce n'est donc plus le premier réflexe de l'amateur. Alors, est-ce la fin des abonnements ? Peut-être pas. Mais au théâtre de l'Ancre, à Charleroi, on en a perdu beaucoup. Jean-Michel Van Den Eynde, le directeur de ce théâtre, observe ce changement, qui semble inéluctable : 

Jean-Michel Van Den Eynde, directeur du Théâtre de l’Ancre.

"Il y a une inquiétude parce qu'on sent que certaines habitudes ont été perdues. Il y a vraiment dans les chiffres, on le voit et dans la relation au public, il y a quelque chose de différent, après tout ce qu'on a traversé", constate-t-il. "On a démarré la possibilité d'un pass, donc beaucoup plus libre qu'un abonnement. Et on voit que le public est très friand de ça, de ne pas devoir se figer sur un jour, un tel spectacle, mais d'être libre jusqu'au dernier moment."

Au Théâtre de Liège, on confirme cette évolution des spectateurs et pour les faire revenir, la direction a décidé de faire les choses en grand. Serge Rangoni, est le directeur du Théâtre de Liège. Selon lui, séduire le public et attirer de nouveaux publics lui semble devenu primordial :

Serge Rangoni, directeur du Théâtre de Liège.

"On a essayé justement de présenter au cours de la saison des projets d'ampleur avec beaucoup de comédiens sur le plateau, avec des décors, parce qu'il nous semblait important aussi pour le public de se retrouver."

Et le Théâtre de Liège propose désormais des spectacles à la carte, avec aussi des créations de jeunes artistes et des prix plus attractifs. A la Balsamine à Bruxelles, on va même encore plus loin avec un système appelé "Pay what you can" (payez ce que vous pouvez). Les spectateurs déboursent entre 6 et 50 euros, selon leurs moyens. Un système que d'autres théâtres ont également adopté, et qui ne grève pas leur budget.

Un secteur qui a déjà prouvé sa faculté d'adaptation

Après deux ans de mesures liées au covid, les créateurs eux-mêmes ont fini par changer d'approche, avec des spectacles "plus économes". Isabelle Staes, qui est co-directrice du Théâtre de la Balsamine, est en phase avec cette nouvelle façon d'aborder les spectacles : 

Isabelle Staes, co-directrice du Théâtre de la Balsamine.

"Nous comptons plus sur la richesse humaine qui va se retrouver sur les plateaux que sur les délires du genre "Je vais commander des plumes d'autruche en Afrique"." Et de rajouter : "Si catastrophe il y a, comme nous l'avons déjà fait et comme nous avons déjà prouvé que le secteur pouvait le faire, nous allons nous interroger. Nous allons proposer des solutions. Moi je fais partie des gens et là, c'est moi qui parle en mon nom, qui se disent que soit on s'en sort tous, soit pas du tout."

Car la crise énergétique menace aussi gravement les théâtres. Alors une fois de plus, ils vont devoir faire front. 

Une saison qui s'annonce donc compliquée, périlleuse même. Pleine de découvertes en tout cas. Et surtout passionnante.

Joëlle Zambi en train de préparer son nouveau spectacle : Angle Mort.
Joëlle Zambi en train de préparer son nouveau spectacle : Angle Mort. © RTBF

Sur le même sujet

Quelles solutions pour diminuer les factures énergétiques des salles de spectacle ?

On n'est pas des pigeons

How to Disappear quand l'art plastique rencontre le théâtre sur la scène du Varia

Scène - Accueil

Articles recommandés pour vous