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Chroniques

La N-VA, les pieds et le tapis…

15 juin 2020 à 05:26 - mise à jour 15 juin 2020 à 05:263 min
Par Bertand Henne

Peut-on se fier à la N-VA ? La question taraude les partis francophones depuis plus de 15 ans. Et ils n’ont pas fini de se la poser. Car ce week-end la N-VA l'a une nouvelle fois relancé.

Vendredi, les 10 partis qui soutiennent les pouvoirs spéciaux étaient réunis pour décider d’un nouveau train de mesure de soutien économique et social. Par exemple 100 millions d’euros pour les CPAS. A la surprise générale, la N-VA a décidé de claquer la porte estimant que ce n’était pas à ce gouvernement de prendre ce genre de décision, mais à un nouveau. De plus les nationalistes trouvent ces mesures trop coûteuses.

Arrosage généralisé…

Sur le fond les nationalistes ne sont pas les seuls à dire qu’il faut arrêter de dépenser de l’argent. Le directeur de la banque national Pierre Wunsch estimait lui aussi que la Belgique avait utilisé ces “dernières cartouches”. Pour des raisons très différentes Thierry Bodson le président de la FGTB à dit dans l’Echo qu’il était je cite “indéfendable budgétairement et politiquement d’arroser tout le monde”.

Bref, la N-VA n’est pas seule à se montrer critique. Mais elle est bien la seule à avoir quitté le navire. Ce qui dans les faits n’a aucune conséquence. Mais par contre politiquement c’est un signal.

Pas comme les autres.

La N-VA n’est toujours pas un parti comme les autres. Et c’est un choix. Depuis les camions remplis de billets de banque de Strépy Thieu, la N-VA à fait le choix de se présenter en rupture. En rupture avec ce qu’avait été son ancêtre la Volksunie. En rupture avec une classe politique flamande globalement accusée d’avoir échoué à défendre la Flandre face aux francophones. Accusée de s’être compromise face à la gauche et aux francophones. Le deux étant devenus synonymes dans la communication nationaliste. La N-VA s’est montrée plus offensive sur le communautaire, l’immigration, l’économique, empruntant parfois les codes du Vlaams Belang pour se façonner une image de parti anti-establishment.

Ce positionnement ne l’a pas empêché d’être au pouvoir au gouvernement flamand sans discontinuer depuis 15 ans. Mais au fédéral, cette posture est beaucoup plus compliquée à gérer. Car, problème, les francophones sont là.

Les pieds dans le tapis

En 2014 le CD&V veut casser cette machine à gagner que Bart de Wever a mise en place et veut que la N-VA se compromette comme les autres en se prenant les pieds dans le tapis. C’est ça la Suédoise, une histoire de vengeance, de pieds et de tapis. Durant 4 ans. La N-VA n’a cessé d’avoir un pied dedans, un pied dehors. Un pied à Anvers, l’autre à Bruxelles. Charles Michel est souvent humilié par Bart de Wever et au bout du compte les nationalistes claquent la porte sur le pacte de Marrakech. Ils claquent la porte pour tenter de sauvegarder ce qui leur reste de l’image d’un parti “pas comme les autres”. Résultats une dégelée électorale historique pour le gouvernement sortant.

Un pied dehors, un pied dedans encore dans ce Super Kern ou la N-VA n’a pas envoyé comme les autres son président siéger. Un petit pied dedans, un grand pied dehors en claquant la porte dans la dernière ligne droite, comme un remake du pacte de Marrakech.

Plus encore que le fond des dossiers, l’économie, le communautaire ou l’immigration, c’est bien cette manière de faire de la politique fédérale un pied dehors, un pied dedans qui explique la frilosité des partis francophones et du PS en particulier à oser un gouvernement avec la N-VA. Ce jeu de jambes de la N-VA fini par casser les pieds des partis francophones. Qui craignent de se tirer une balle dans le pied s’ils s’allient avec les nationalistes…

Difficile de dire si cet événement peut changer la donne dans la formation fédérale. Mais c’est une évidence, jouer avec les pieds des autres ne va pas simplifier les choses.

 

 



 

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