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Monde Afrique

La mort d'un garçon de 3 ans dans un centre de l’ONU met en lumière le manque de fonds pour les réfugiés en Tunisie

Le centre Ibn Khaldoun à Médenine.
04 sept. 2020 à 09:043 min
Par Maurine Mercier

En Tunisie, un petit garçon – demandeur d’asile de 3 ans – est mort le 24 août dernier après être tombé du toit d’un centre pour réfugiés géré par le HCR, le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Ce centre abrite des dizaines de migrants, pour la plupart des Subsahariens qui sont parvenus à fuir la Libye voisine. Ils sont de plus en plus nombreux à échouer en Tunisie.

Des migrants sous le choc racontent. "Le petit est monté là-haut tout seul et il est tombé. C’était atroce. Mon cœur saigne. Ces gens se fichent bien de nous", témoigne une femme. L’enfant tombé du haut du bâtiment de plusieurs étages est mort sur le coup selon plusieurs témoignages.

Le choc et l’écœurement des migrants sont d’autant plus forts que selon eux ce drame était prévisible. Une mère précise : "On savait qu’il y aurait des problèmes. Ce bâtiment est dangereux pour nos enfants. Il y a aussi plein de câbles électriques dénudés. Les fenêtres n’ont pas de garde-fou. Et la porte qui permet d’accéder au toit n’est pas verrouillée. Même un adulte peut tomber de ces fenêtres !". Une autre renchérit, ulcérée : "On a prévenu à maintes reprises ceux qui gèrent le centre, on leur a dit que c’était dangereux pour les enfants. On le leur a dit et ils ne nous ont pas écoutés !".

Un "accident", dit le HCR

Dans un premier temps le HCR ne réagit pas, ne dit rien, avant de se raviser et de publier un communiqué de presse lapidaire qui parle d’un "accident". Mais pour les migrants, il ne s’agit pas d’un accident, mais de négligence. "Non ça n’était pas un accident…", insiste une demandeuse d’asile.

"Un accident résulte de quelque chose qu’on ne peut pas contrôler. Quand tu sais pertinemment que ce quelque chose provoquera des drames et que tu ne le règles pas, ce n’est pas un accident. C’est leur négligence qui a causé la mort de ce petit garçon. Nos vies ne valent rien à leurs yeux."

Les dangers du centre

Comment expliquer qu’un centre d’hébergement du HCR qui accueille des personnes très vulnérables soit, selon les migrants, dans un tel état ? Le HCR gère le centre aux côtés d’une ONG tunisienne, le Conseil tunisien pour les Réfugiés. La réponse du président de cette ONG, Mustapha Djemali, est embarrassée mais sincère : "Pour vous dire la vérité, personne n’était là pour voir ce qui s’est passé. Est-ce qu’il est tombé du toit ? C’est vrai que le toit n’a pas de protection. Il y a des gens qui dorment sur le toit. C’est dangereux. Nous les avons avertis. Mais quand il fait 45 degrés, les gens cherchent un peu de fraîcheur".

"Moi, je ne suis pas expert en sécurité, poursuit-il. Ma première réaction est de loger un réfugié. Et puis je pense à sa subsistance. C’est vrai, sa sécurité vient vraiment après. Evidemment que ce drame nous a ouvert les yeux. On ne peut pas continuer comme ça, il faut faire ce qu’il faut faire."

Manque de fonds

Le HCR finit par s’expliquer. Si pour les migrants, la mort de ce petit garçon a été causée par la négligence, pour la responsable du bureau du HCR à Tunis Hanan Hamdan, l’explication en est le manque de fonds. "On se bat pour réussir à trouver suffisamment de nourriture et logement pour les réfugiés et les demandeurs d’asile qui sont de plus en plus nombreux à arriver en Tunisie. On fera tout notre possible pour développer et sécuriser le bâtiment. Mais il nous faut plus de soutien de la part de nos partenaires."


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Plus de financement de la part de l’Europe précisément. Elle finance la sécurisation des frontières maritimes tunisiennes pour empêcher les migrants de traverser la Méditerranée, mais n’accorde que très peu de fonds aux organisations humanitaires chargées de leur venir en aide. Or ils sont de plus en plus nombreux à se retrouver coincés en Tunisie. Le problème ne fait que s’aggraver avec les années. Plus les garde-côtes sont efficaces, plus le nombre de migrants bloqués en Tunisie augmente. Le pays subit une récession sans précédent, aggravée par l’épidémie de Covid-19. On lui demande de retenir les migrants sur son sol, mais sans lui donner les moyens de traiter ces gens convenablement.

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