Chroniques

La menace du terrorisme d’extrême droite ne fera pas reculer le Belang

Les coulisses du pouvoir

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29 sept. 2022 à 12:00Temps de lecture2 min
Par Bertrand Henne

La menace du terrorisme d’extrême droite est à nouveau au sommet de l’actualité. Un projet d’attentat a été déjoué, un suspect est décédé lors d’une fusillade avec la police. A chaque acte de violence de l’extrême droite certains pensent que cela pourrait être défavorable aux partis d’extrême droite comme le Vlaams Belang. Mais si l’on regarde dans le passé on peut remarquer que ce n’est pas le cas. Pire même, c’est l’inverse.

Le cas Jurgen Conings

Prenons le cas Jurgen Conings, ce militaire radicalisé qui s’est enfui avec des armes dans les bois en menaçant le gouvernement et le virologue Marc Van Ranst, avant d’être retrouvé mort, suicidé.

Son cas, avait suscité beaucoup d’indignation mais aussi beaucoup de sympathie de la part de citoyens persuadés que l’Etat instaurait une dictature sanitaire. On a vu fleurir plusieurs groupes de soutiens sur les réseaux sociaux. Le suspect décédé hier, faisait d’ailleurs partie de l’un d’entre eux selon Het Laaste Nieuws. Plusieurs représentants du Vlaams Belang avaient ouvertement eux aussi soutenu Jürgen Conings. Les sondages qui ont suivi l’affaire ont confirmé les très bons scores du parti, près de 25% des voix.

Schield and Vrienden

Prenons, le cas de Schield and Vrienden, la révélation par la VRT d’un groupe de jeunes identitaires ouvertement raciste et haineux, la révélation a suscité une vague d’inquiétude, mais aussi une vague de soutiens. Le Vlaams Belang l’a bien compris, et a recruté en toute connaissance de cause le président de cette association Dries Van Langenhove. Il a été élu, il est poursuivi pour incitation à la haine en correctionnelle. Le Vlaams Belang sait qu’il y gagnera quoi qu’il arrive. Si en justice il n’est pas condamné il pourra triompher, s’il est condamné il pourra se victimiser.

Hans Van Themsche

Troisième exemple, encore plus parlant, la tuerie raciste d’Anvers, où Hans Van Themsche, tue deux personnes et en blesse une troisième, il avoue avoir voulu tuer le plus d’étrangers possible. Il est issu d’une famille nationaliste flamande. Son grand-père avait combattu sur le front de l’est, son père est l’un des fondateurs du Vlaams Belang et sa tante était élue du parti. S’il y a bien un cas ou un acte de violence pouvait être relié à une idéologie et au Vlaams Belang c’est celui-là. Bart Somers, alors président du VLD, estime que le Vlaams Belang a une responsabilité écrasante dans les événements.

Mais c’est peu dire que la voix de Bart Sommers n’a pas porté. Quelques mois après la tuerie le VB remporte 94.000 voix lors des communales d’Anvers, le plus gros score du parti à Anvers. Quelques mois plus tard le VB remporte 800.000 voix aux élections fédérales de 2007. La aussi c’est le plus gros score du parti (battu seulement de peu en 2019).

Pas d’impact ?

La violence liée à l’extrême droite ne nuit pas à l’extrême droite dans l’espace politique. Cela semble être une règle. Difficile ici de se lancer dans une sorte de psychologie des électeurs. On peut supposer que cette violence joue malgré tout un rôle de repoussoir pour une partie des électeurs. Mais les résultats électoraux du Belang prouvent que pour près du quart des électeurs la violence ne joue pas un rôle rédhibitoire. Deux hypothèses : soit les électeurs découplent ces faits du vlaams Belang. Soit pour eux la violence est légitime ou non problématique. Le plus probable est que les deux profils d’électeurs coexistent. Le Vlaams Belang l’a bien compris. Il cultive une certaine ambiguïté par rapport à la violence d’extrême droite pour ne s’aliéner aucun des deux électorats.

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