La Grande Forme

La mémoire : pourquoi et comment l’entretenir ?

Comment entretenir sa mémoire ?

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La mémoire est une fonction essentielle du cerveau. Mais parfois, elle nous joue des tours. Existe-t-il des astuces pour l’entretenir ? Le point avec Caroline Cools, neuropsychologue au CHU-UCL Namur.

La mémoire est le processus biologique qui permet de stocker et de restituer des informations. Elle s’appuie sur des réseaux de neurones du cerveau. On peut faire une grande distinction entre la mémoire de travail/immédiate, qui nous permet de stocker et manipuler une quantité très limitée d’informations pour réaliser une tâche qui est en court. Exemple : Pour faire un calcul mental, on doit le garder en mémoire quelques secondes le temps de le résoudre. Et la mémoire à long terme. Dès qu’on dépasse ce délai de quelques secondes, on entre dans la mémoire à long terme.

Dans cette mémoire à long terme, on distingue trois grands types de mémoires, explique Caroline Cools, neuropsychologue au CHU-UCL Namur :

  • La sémantique, les connaissances générales : savoir que la capitale de la Belgique est Bruxelles, bien que cela ne fasse pas forcément référence à un moment de notre vie. Ou encore, les connaissances par rapport à son métier.

  • La procédurale : la mémoire des actions, des procédures. Cette mémoire est très robuste et beaucoup plus résistante à l’oubli. On n’oublie pas de se brosser les dents, de nouer ses lacets ou de faire du vélo.

  • L’épisodique, ce qu’on a personnellement vécu : ça peut être des faits récents ou des faits anciens. Exemple : on se souvient de la naissance de notre premier enfant ou de ce qu’on a mangé ce matin.

Entretenir sa mémoire

Dans la société, il existe une idée reçue selon laquelle il est possible d’entraîner sa mémoire. Or, la mémoire ne fonctionne pas comme un muscle. Il ne suffit pas de la muscler pour qu’elle soit plus performante. Entraîner sa mémoire simplement, sans stratégie n’aura pas d’effet important sur les capacités de mémorisation. Les personnes qui ont une excellente mémoire ont en général une bonne stratégie : des astuces mnémotechniques, de la visualisation, ils savent faire des liens. Par exemple, utiliser des petites histoires pour retenir peut être une bonne technique.

Toutefois, il est important de faire de la prévention en ce qui concerne la mémoire. Avec le vieillissement normal, sans qu’il y ait de pathologie particulière, il y a un déclin naturel de la mémoire. On ne mémorise pas de la même façon à 20 ans ou à 60 ans. En vieillissant il y a par ailleurs plus de chances de développer des pathologies neurologiques, qui risquent de mener à des pertes de mémoire, comme la maladie d’Alzheimer.​​​​​​

Pour entretenir sa mémoire, le plus efficace est donc d’avoir une bonne hygiène de vie : une alimentation équilibrée, une activité physique et/ou intellectuelle, des contacts sociaux. Et aussi, éviter tout ce qui est nocif : l’alcool, la drogue, le stress ou encore, les troubles du sommeil, car ces facteurs vont jouer contre la mémoire.

Comment évalue-t-on l’état de la mémoire ?

Il existe différents tests pour la mémoire. Le spécialiste doit d’abord analyser les différents processus qui sont en jeu dans la mémoire. Si un patient vient avec la demande du neurologue de faire la part des choses entre la dépression et une maladie d’Alzheimer, ce ne sont pas les mêmes processus qui vont être altérés dans les deux pathologies. Les tests vont donc être différents. Si les difficultés de mémoire sont handicapantes ou empêchent de faire des activités, il ne faut pas hésiter à consulter un neurologue et passer des examens pour évaluer la mémoire, la concentration et les fonctions de raisonnement.

Quand faut-il s’inquiéter ?

Tout le monde oublie et il faut se rassurer. C’est normal d’oublier et ça arrive à tout le monde. A partir du moment où il y a un retentissement qui devient gênant dans les activités de la vie quotidienne, un changement dans ses capacités ou des répercussions sur son autonomie ou des capacités qu’on gérait bien avant et qu’on ne parvient plus à faire, il faut éventuellement consulter.

Parfois, c’est la personne elle-même qui s’en rend compte. Mais bien souvent dans les troubles de mémoire, on n’oublie qu’on oublie. Et donc, on ne se rend pas toujours compte de l’ampleur des difficultés et donc c’est souvent l’entourage qui se rend compte du problème ou parfois le médecin traitant qui peut le remarquer des changements en consultation.

Lorsqu’un patient à des doutes, il faut consulter en neurologie. Dans un premier temps, le neurologue procède à des tests de screening assez brefs, pour se faire une première idée. Il va faire un premier test neurologique. Il va ensuite lui proposer plusieurs examens en fonction de ce qu’il a observé. Dans le cas de troubles cérébrales, souvent, le neurologue propose une imagerie cérébrale et un bilan neuropsychologique. L’examen neuropsychologique est un examen plus complet et précis qui dure en moyenne 2h00 – 2h30.

Une fois que le neurologue reçoit les résultats de ces examens, il essaye de poser un diagnostic. Soit on parlera plutôt de difficultés liées au stress, au vieillissement normal, à la fatigue etc. Soit il y a une pathologie neurologique et là, tout ce qui touche au cerveau peut donner des difficultés de mémoire. Ça peut être des difficultés vasculaires, une maladie neurodégénérative comme Alzheimer, par exemple.

Le diagnostic doit impérativement être posé par un médecin mais il n'est pas toujours évident à poser. Certains patients ont des symptômes très marqués, d’autres sont plus difficiles à diagnostiquer. Dans ce cas-là, c’est le suivi du patient qui permet au neurologue de trancher. Après ça, des traitements sont proposés. Dans la maladie d’Alzheimer par exemple, il existe des traitements médicamenteux.

Les cliniques de la mémoire

Il existe aussi des cliniques de la mémoire (il en existe une par province en Belgique). Dans ces cliniques, on accompagne le patient et son entourage dans le début de la maladie : on donne des informations sur la maladie, sur son évolution et on essaye que le patient soit le plus longtemps possible autonome à son domicile. Cet accompagnement existe depuis une petite dizaine d’années et permet d’avoir un accompagnement à la fois, neuropsychologique mais aussi psychologique et social. Une assistante sociale est présente sur place aider les personnes dans la situation.

Retrouvez "La Grande Forme" en direct du lundi au vendredi de 13 heures à 14h30 sur VivaCité. Vous avez manqué l’émission ? Nous vous invitons à la revoir sur Auvio ainsi que sur différentes plateformes de Podcast.

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