Journal du classique

La légende de l’orgue à chat, terrible instrument de torture aux vocations de thérapie psychiatrique ?

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Qui dit vacances de Toussaint dit, bien évidemment, Halloween. Et c’est une histoire qui n’est pas à mettre entre toutes les pattes que nous allons vous raconter. Celle de l’orgue (ou piano) à chat pourrait bien vous faire hérisser les poils et frissonner les vibrisses. Cet étrange et terrible instrument de torture féline, inventé au XVIe siècle, aurait permis de soigner des patients atteints de démence. Mais a-t-il vraiment existé ou est-ce (comme on l’espère) une légende urbaine ? On vous en dit plus sur l’histoire de l’orgue à chat.

Que les amoureux des animaux (et des chats en particulière) soient prévenus, les lignes qui vont suivre peuvent heurter votre sensibilité. L’orgue à chat, telle qu’il a été décrit dans divers ouvrages du XVIe et XVIIe siècle, se présente comme une succession de boîtes exiguës dans lesquelles sont enfermés de pauvres chats. Chaque boîte – et chaque chat - était alignée selon la tessiture du félin. Pour compléter l’instrument de torture, les queues des chats étaient coincées sous une touche de l’orgue ou du piano correspondant à la tessiture du félin.

La suite est facile à deviner. Lorsque le pianiste jouait de l’instrument, la touche pressée venait écraser la queue de son chat, qui poussait alors un douloureux miaulement. D’autres sources font même mention d’une aiguille qui, attachée à la touche du piano, viendrait piquer la queue du chat.

L’invention de cet instrument remonterait au milieu du XVIe siècle et aurait été utilisée pour la première fois à Bruxelles, lors d’une procession donnée le jour de l’octave de l’Ascension en l’honneur d’une image miraculeuse de la Vierge, à laquelle assistaient Charles-Quint et son fils Philippe II. Selon Jean-Baptiste Weckerlin, qui raconte cette histoire dans son Nouveau Musiciana, la vue de ce singulier et non moins cruel instrument, aurait déridé le prince Philippe II, qui n’avait pas pour habitude d’arborer un air jovial.

La première illustration d’un orgue à chat a été retrouvée dans un manuscrit de la fin du XVIe siècle, l’Emblemata saecularia : mira et iucunda varietate saeculi huius mores ita exprimentia ut sodalitatum symbolis écrit par Jean Théodore de Bry, graveur sur cuivre et éditeur allemand.

Autre élément qui contribua à la légende de cet instrument de torture, on raconte qu’un prince italien souffrant a été miraculeusement guéri à la vue de ce terrible spectacle de l’orgue à chat. Cette dimension "thérapeutique" a d’ailleurs pris de l’ampleur lors du XIXe siècle, avec le théoricien Johann Christian Reil, qui utilise l’orgue à chat dans un de ses traités de psychologie pour soigner des patients atteints de troubles mentaux.

Toutefois, si l’on retrouve l’évocation de cet orgue à chat dans divers ouvrages, il n’existe aucune preuve tangible qu’un tel instrument ait été un jour construit et utilisé – et on a envie de s’accrocher à cette idée.

Une légende qui a inspiré récemment le court-métrage The cat piano, d’Ari Gibson et d’Eddie White, sorti en 2009. Le film d’animation nous plonge dans une ville peuplée de chats musiciens et chanteurs, menacés par un sombre personnage qui enlève les chats pour créer ce fameux "piano à chat" et composer une symphonie de miaulements de chats.

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