Tour de France

La Jumbo-Visma, l’armada collective qui “ridiculise” le reste du peloton

Wout van Aert sur le podium du Tour de France.

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23 juil. 2022 à 08:45 - mise à jour 23 juil. 2022 à 12:39Temps de lecture3 min
Par Antoine Hick

Tous les matins, le peloton du Tour de France repart sur les routes et à la fin c’est la Jumbo-Visma qui gagne. La formule est volontairement provocatrice mais sur ce Tour 2022, tous les observateurs s’accorderont pour dire qu’elle a quelque chose de vrai. La victoire, tout en panache, de Christophe Laporte n’étant venu que confirmer un constat déjà bien ancré : sur ce Tour, il y a la Jumbo-Visma et… puis les autres.

La ligne d’arrivée à peine franchie, le corps encore tétanisé par l’effort final, Jasper Philipsen a la tête des mauvais jours. Et pour cause, quelques mètres plus tôt à Cahors, c’est impuissant qu’il a assisté au nouveau récital de la Jumbo-Visma, parachevé par une victoire de Christophe Laporte.

Au moment de mettre des mots sur sa nouvelle (frustrante) 2e place, Philipsen est donc plutôt bougon : “La Jumbo-Visma nous ridiculise. C’est peut-être exagéré mais c’est dingue comme ils parviennent à contrôler la course. On n’a pas un mais deux temps de retard.

Un ressenti à chaud, peut-être amplifié par la frustration du moment mais qui illustre sans doute le désabusement de tout un peloton. Presque hégémonique et égoïste dans sa façon de contrôler la course depuis l’avènement de Jonas Vingegaard sur les pentes du Granon, la Jumbo-Visma s’est, en plus, muée en monstrueuse machine à gagner.

Le triomphe de Laporte à Cahors, c’est déjà le 5e, griffé Visma, de ce Tour de France 2022. Deux pour Wout van Aert, deux pour Jonas Vingegaard et un pour l’ancien sprinteur de Cofidis, donc. Derrière l’armada batave, toutes les autres équipes tirent la langue, le meilleur adversaire (UAE Emirates) ne pointant qu’à trois victoires, toutes acquises grâce à Tadej Pogacar.

van Aert plus fort que les 21 autres équipes

Au niveau des primes, individuelles et collectives, le refrain est le même et reste tout aussi douloureux pour la concurrence. Au soir de la 15e étape, épilogue de la 2e semaine de course, la Jumbo-Visma avait amassé 111.350 euros de prime, soit plus du double (!) de la 2e équipe la mieux classée, Ineos Grenadiers (50.970 euros). Et encore, c’était avant les deux victoires consécutives de Jonas Vingegaard (18e étape) et Christophe Laporte (19e)…

Au total, Wout van Aert, omniprésent depuis le départ au Danemark, dégoûte même la concurrence à lui seul puisqu’il a grappillé plus de primes (62.930 euros) que n’importe quelle autre équipe.

Wout van Aert héroïque à Hautacam : "C'est un des jours les plus forts de ma carrière"

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Une gestion de course monstrueuse

Et à lire entre les lignes des discours des adversaires, là où la Jumbo-Visma fait le plus mal au moral, c’est dans sa gestion des moments de doute. Quand Vingegaard a frôlé la catastrophe en crevant et dû changer trois fois de vélo sur les pavés de la 5e étape, Wout van Aert, pourtant tombé quelques kilomètres plus tôt, a mouliné en tête de peloton pour limiter les dégâts et les fracas.

Quand quelques jours plus tard, la 15e étape s’est transformée en vrai cauchemar collectif et que la Jumbo a perdu deux de ses principaux lieutenants (Roglic et Kruijswijk) coup sur coup, et vu son leader, Jonas Vingegaard chuter, elle n’a pas flanché. Ou du moins, jamais donné l’impression de le faire, malgré une 2e journée noire.

Car même si, en coulisses, c’était sans doute la déconfiture générale, face aux médias et à la presse, le discours était toujours aussi conquérant : “Je ne pense pas que ce soit bien grave pour Jonas Vingegaard” résumait van Aert au moment de commenter la chute du maillot jaune. “Avec les jambes qu’il a, c’est l’un des deux plus forts du peloton. Avec les coureurs qui restent, on est capables de contrôler la course. Ce sera, certes, plus difficile mais on va le faire…

Un collectif bien rodé

Contrôler la course, la Jumbo n’a finalement jamais arrêté de le faire. En poursuivant son travail de sape en tête de peloton grâce à l’impérial métronome, Nathan Van Hooydonck d’une part, en parvenant astucieusement à placer ses pions à l’avant de la course, de l’autre.

Voir Jonas Vingegaard triompher au sommet d’Hautacam n’était donc pas forcément une surprise. Le Danois est le meilleur grimpeur de ce Tour et quand il est mis sur du velours de cette manière par un van Aert ahurissant, c’est difficile (voire impossible) d’aller le chercher.

Voir Christophe Laporte triompher à Cahors était sans doute un peu plus surprenant. Loin de nous l’idée de faire injure au talent du sprinteur français mais il faisait face à une concurrence traumatisée par les cols pyrénéens et donc forcément ambitieuse au moment de retrouver un tracé plus plat.

Il n’y en a finalement rien été. Leader d'un jour, Laporte n’était peut-être pas le plus fort mais il aura été le plus intelligent. Le plus lucide en tout cas au moment d’anticiper l’emballage final pour s’offrir, seul et presque tranquillement, un succès de prestige.

"Elle est pour toi celle-là" avait confié Wout van Aert, à l’oreille de son lieutenant, le matin même au départ de Castelnau-Magnoac. Une fois de plus, le Belge aura visé juste. Alors pouvoirs divinatoires ou vraie confiance en ses troupes, la question reste en suspens. Mais l’essentiel est de toute façon ailleurs.

Sur ce Tour, il y a la Jumbo-Visma et puis les autres. Et alors que les Champs Elysées se dessinent tout doucement à l’horizon, la formation néerlandaise risque de rentrer au pays avec 5 étapes (voire plus) et trois des quatre maillots distinctifs dans sa besace.

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