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La Hongrie fait cavalier seul et commande des livraisons supplémentaires de gaz à la Russie

Drouzhba, Baratsag, l’Amitié, c’est le nom du pipeline qui relie la Russie à la Hongrie qui a annoncé mercredi un accord avec Gazprom pour recevoir des livraisons supplémentaires

© ATTILA KISBENEDEK / AFP

01 sept. 2022 à 15:38Temps de lecture2 min
Par Jean-François Herbecq avec O. Hanrion

Depuis mardi, la Russie a suspendu ses livraisons de gaz aux Européens via le gazoduc Nordstream en raison de désaccord sur les paiements. Entre-temps, toutes les livraisons à l’Allemagne via Nord Stream ont été suspendues pendant plusieurs jours en raison d’une opération de maintenance menée sur le gazoduc.

Tous les pays de l’Union se préparent à la diète. Enfin presque tous… Parce que dans le même temps, la Hongrie vient de conclure un accord avec le géant russe Gazprom sur des livraisons supplémentaires de gaz naturel. Et ce n’est pas la première fois que Budapest joue une petite musique bien différente des autres Etats membres.

Alors que toute l’Europe se prépare à vivre avec moins de gaz cet hiver, la Hongrie elle obtient du gaz russe supplémentaire. D’ici la fin octobre ce seront près de 6 millions de mètres cubes qui seront livrés chaque jour par Gazprom en plus des volumes déjà garantis par les contrats passés. Le gaz supplémentaire destiné à la Hongrie sera acheminé par un gazoduc traversant la Turquie, la Bulgarie et la Serbie.

Ce n’est pas la première fois que Budapest cherche à se démarquer des 27 autres Etats membres. Déjà en juillet, alors que la Commission publiait son plan pour réduire la dépendance européenne vis-à-vis de la Russie, le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto se rendait à Moscou pour garantir de nouvelles livraisons de gaz.

Et puis il y a aussi le démarrage imminent du chantier de construction de deux nouveaux réacteurs nucléaires par la compagnie publique russe Rosatom, ou le refus de Budapest d’autoriser la livraison d’armes à l’Ukraine via son territoire, ou encore les sanctions européennes contre la Russie que la Hongrie cherche à édulcorer.

Bref, la Hongrie est devenue le caillou dans la chaussure de l’Union européenne. Celui qui pourrait briser la vitrine de l’unité des 27 face à la Russie.

Fin de l’énergie bon marché en Hongrie

La Hongrie de Viktor Orban se dépêtre dans un étrange Stratego énergétique : depuis 2013, le gouvernement Fidesz pratique une politique d’énergie pas chère pour les consommateurs qui n’est autre qu’une suite de cadeaux électoraux. Electricité, gaz et même eau ont vu leurs tarifs plafonnés, avec des factures allégées mais assorties de communiqués à la gloire du gouvernement. Essence et diesel aussi étaient concernés, avec des prix à la pompe maintenus sous 1,20 euro le litre jusqu’à il y a peu pour tous. C’est la politique hyperavantageuse du "rezsicsökkentés", la réduction des tarifs.

Mais cette période est terminée depuis un mois. C’est l’Etat qui finance ces rabais et la guerre en Ukraine avec une montée en flèche des prix du pétrole et du gaz rend cette générosité intenable. Le prix du carburant s’aligne donc sur celui du marché pour de plus en plus de catégories de véhicules, celui des consommables devoir être ajusté par palier. L’électricité double, le gaz peut devenir jusqu’à 7 fois plus cher au-delà des 144 m3 mensuels.

Et cela malgré la politique active de Budapest de rapprochement énergétique avec Moscou. Le gaz livré par les Russes ne sera pas gratuit, et vu que le gouvernement hongrois déjà privé des fonds de relance européens, et peut-être aussi d’autres subventions normales de Bruxelles, n’a plus le sou, il faudra bien faire payer le consommateur hongrois. Jumelé à la dégringolade de la monnaie nationale, le forint, et une inflation à deux chiffres, cela annonce un hiver difficile.

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