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La Hongrie est-elle encore une démocratie ?

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L’Europe ne s’y trompe pas. Pour le Parlement européen, la Hongrie, dirigée par le nationaliste et populiste Viktor Orban, n’est plus une démocratie, mais un régime autocratique. La Commission menace aujourd’hui de ne pas lui verser les 7, 5 milliards et demi d’aides, si cela n’évolue pas dans la bonne direction. À Budapest, il ne fait pas bon dénigrer le régime en place… Un reportage d’Alexandre Beddock dans Transversales.

Les opposants, dans le viseur du parti d’Orban, le Fidesz

Le directeur d’Amnesty International en Hongrie, David Vig, reçoit des messages de haine et de violence depuis plus de 4 ans. Son nom est sur la liste noire de ceux qui sont accusés d’être des opposants à la patrie, une liste publiée par les médias proches du pouvoir. L’objectif n’est pas seulement d’inquiéter les personnes concernées.

"Leur but, c’est de mettre la pression sur les gens qui n’ont pas encore pris la parole, pour qu’ils se calment et qu’ils s’autocensurent."

A partir de 2017, 4 lois au moins ont été édictées pour restreindre les activités des organisations de la société civile. Certaines de ces lois, déclarées non conformes au droit communautaire par la Commission européenne, ont pu être retirées. Mais le gouvernement a plus d’un tour dans son sac.

Une de ses autres stratégies contre la société civile, c’est de rechercher des boucs émissaires et d’attaquer les minorités, d’abord les sans-abri, puis les migrants,… et aujourd’hui, les personnes LGBT, que Viktor Orban qualifie en grande partie de pédophiles, explique David Vig.

Son intention, c’est de créer une division morale au sein de la société. Soit vous nous soutenez, nous le gouvernement. Soit vous soutenez les pédophiles.

La main mise du gouvernement sur l’enseignement supérieur

L’Université d’Europe centrale a été fondée par un milliardaire américain d’origine hongroise, George Soros. Sa fondation a d’ailleurs financé les études en sciences politiques du jeune Orban. Mais aujourd’hui, le Premier ministre accuse régulièrement le mécène américain d’ingérence politique. Il y a trois ans, le gouvernement a obtenu la fermeture de son université.

Dans le même temps, l’exécutif hongrois a signé un accord avec Pékin et a annoncé l’ouverture d’un campus chinois à Budapest, une première en Europe.

Il y a trois ans, le gouvernement a décidé de transformer les universités financées par l’Etat en de prétendues universités privées. Il s’agit là de fausses universités privées, parce qu’elles reçoivent toujours de l’argent public, mais elles ne sont pas soumises au contrôle public.

Ce sont maintenant des fondations qui les contrôlent, elles-mêmes contrôlées par un conseil d’administration de cinq personnes nommées à vie, constituées de proches du Premier ministre. Elles ont aussi mis la main sur des parties importantes du patrimoine national, par exemple l’institut de recherche, l’hôpital et tout ce qui appartient à l’université de médecine. Elles ont le droit d’interférer avec l’organisation de l’université au quotidien.

Apprenant cette nouvelle, l’ensemble des dirigeants de l’Université du Théâtre et du Cinéma de Budapest a décidé de démissionner et les étudiants ont occupé les bâtiments pendant deux mois.

"C’est la seule université qui a dit non", explique son recteur László Upor, dramaturge professionnel. Il a ensuite conclu un arrangement avec 5 autres universités en Europe, pour qu’elles puissent adopter leurs cours ; les étudiants ont ainsi pu continuer leurs études, contrairement aux autres universités.

Victor Orban en visite officielle à Vienne, 28 juillet 2022
Victor Orban en visite officielle à Vienne, 28 juillet 2022 © BelgaImage AFP - GEORG HOCHMUTH

Comment expliquer un tel soutien à Viktor Orban ?

Malgré plusieurs mobilisations centralisées autour de Budapest et des grandes villes du pays, le gouvernement de Viktor Orban semble être le plus stable d’Europe : le Premier ministre a fêté son 4e mandat consécutif.

Le système électoral est faussé, mais cela ne veut pas dire que les fraudes se produisent forcément le jour de l’élection, explique Dalma Dojcsák, de l’Union des Libertés civiles, une ONG hongroise qui suit de près les processus électoraux.

Les médias du service public sont des chaînes de télévision et de radio publiques qui offrent la possibilité au gouvernement hongrois de diffuser tous ses messages, sans aucune critique. En outre, cette année, le candidat de l’opposition a bénéficié de seulement 5 minutes de temps d’antenne dans ces médias dits publics.

"Des courriels ont fuité où le gouvernement donne des ordres aux médias du service public sur la façon de communiquer sur certains sujets. Il y a eu aussi des enregistrements où l’on entendait des rédacteurs des médias du service public rappeler à leur équipe de ne pas soutenir les partis d’opposition et de s’assurer que la couverture médiatique soit favorable au gouvernement."

La liberté de la presse en danger

Plusieurs journalistes ont été espionnés par le gouvernement via le logiciel israélien Pegasus. Veronica Munk, journaliste, déplore les dangers qui pèsent sur la liberté de la presse. En 2020, tous les journalistes du média Index, où elle travaillait depuis 18 ans, ont fait le choix de démissionner, en soutien à leur rédacteur limogé. Ils ont ensuite créé un nouveau média indépendant, par crowdfunding, Telex, mais leur budget est très limité.

Les médias à la botte du pouvoir, en revanche, bénéficient de larges moyens financiers, grâce à Kesma, un système unique de fondations imaginé par le gouvernement en 2018 et dirigé par Gábor Liszkay, un fidèle du parti d’Orban, le Fidesz. Au cours des dix dernières années, cette grande fondation a acheté tous les médias qu’elle a pu : les journaux régionaux, les tabloïdes, les magazines féminins et toutes les chaînes radio, soit près de 500 organes de presse.

Garder le pouvoir

En près de 20 ans, Viktor Orban n’a donné aucune interview à un média critique. Et il est très rare que les officiels parlent aux reporters internationaux, à part Zoltan Kovacs, le porte-parole du gouvernement.

Le pouvoir ayant mis au pas les principaux médias, la Hongrie connaît une prolifération des médias en ligne, ainsi que des chaînes Youtube à contenu politique. La chaîne Partizan est l’une d’elles, elle compte plus de 300.000 abonnés et rayonne dans l’ensemble de la société hongroise.

Mais la télévision reste toujours le moyen d’information privilégié des Hongrois. Pour rester au pouvoir, Orban peut donc continuer à compter sur elle et sur les cadeaux qu’il distribue à chaque veille de scrutin : exonération d’impôts à vie pour les mères de famille nombreuse ou un 13e mois pour les retraités.

© ATTILA KISBENEDEK / AFP

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