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Matin Première

La guerre des voisins en Europe nourrie par les résidents polonais et hongrois

L'oeil européen d'Olivier Hanrion

La guerre des voisins est nourrie par les résidents polonais et hongrois

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22 oct. 2021 à 13:463 min
Par L'oeil d'Olivier Hanrion

Petite mine et de grosses cernes sous les yeux, difficile de fermer l’œil cette nuit. Une réunion de copropriétaires qui a traîné en longueur. On savait que ça allait être difficile. Ils sont 27. Et 27 c’est compliqué pour se mettre d’accord, d’autant que souvent, ils cherchent l’unanimité ces copropriétaires.

 

Les copropriétaires polonais et hongrois remettent le règlement en question

 

C’est encore possible mais ça devient de plus en plus complexe. Parce que depuis quelque temps, les relations se tendent entre eux. Il y a 4 mois déjà, lors de la dernière réunion juste avant l’été, les débats ont été houleux. Le locataire de l’appartement hongrois voulait remettre en question la tolérance envers la communauté LGBT + sauf que le respect de tous les habitants de l’immeuble, c’est une des valeurs essentielles de la copropriété, c’est inscrit noir sur blanc dans le règlement intérieur.
Cette fois, c’est le locataire installé dans l’appartement de la Pologne qui s’y est mis. Lui, il trouve le règlement intérieur trop contraignant. Pas assez démocratique. On ne respire plus avec toutes ces règles… Et il le fait savoir assez bruyamment ces derniers jours


Comment réagissent les autres copropriétaires face à tout ce bruit ?


La plupart d’entre eux trouvent que le polonais dépasse les bornes. Il connaissait les règles avant d’emménager, il s’est engagé en toute connaissance de cause. Ils lui rappellent aussi qu’une grande partie des travaux de remise à neuf de son appartement est payée par les autres copropriétaires. D’ailleurs, son voisin néerlandais ne se gêne pas pour le menacer de couper le robinet s’il continue avec son tapage intempestif.


Et on ne peut pas les expulser ces locataires polonais et hongrois trop bruyants ?


Ils ne peuvent pas être mis dehors. Ce n’est pas prévu par le règlement intérieur. Eux seuls peuvent décider de pousser sur le bouton de l’ascenseur pour quitter la copropriété. Mais ils ne le feront pas. La Pologne l’a encore rappelé cette semaine. Et c’est normal le loyer est modéré, les avantages énormes. Et ils voient bien que le Royaume Uni, le dernier locataire à avoir fait ses bagages vit mal son déménagement. Bref ces récalcitrants savent qu’ils ont tout à perdre à quitter la copropriété


Mais quand un voisin fait du bruit, la police !


La police, en l’occurrence la Commission, la gardienne du règlement intérieur enquête. Elle a mis le commissaire Reynders sur le coup. Il se dit prêt à intervenir mais on sent qu’il tergiverse un peu. En fait la Commission aimerait d’abord avoir le soutien des autres locataires avant de se lancer dans des procédures compliquées.


Et la Commission a fini par l’obtenir ce soutien ? Le calme est revenu ?


Impossible de se mettre d’accord à 27 mais cette longue réunion de copropriété hier soir a permis à plusieurs locataires d’apporter leur soutien à la Commission. C’est le cas de la doyenne. Angela Merkel, la locataire de l’appartement allemand. Elle est là depuis 16 ans et elle veut calmer le jeu. Elle a de la bouteille.

Des réunions de copropriétaires, elle en a plus de 100 au compteur, elle sait mieux que quiconque qu’une avalanche de procédures en justice ne va rien régler. Pire, cela risque de bloquer tous les autres dossiers en suspens dans la copropriété. Alors pour éviter que toute la mécanique collective ne se grippe, elle prône le retour au dialogue. Le problème, c’est que c’est très lent et pendant ce temps, le bruit du voisin polonais se transforme en chant des sirènes pour d’autres locataires, il contamine d’autres étages. Conséquence, si le calme est revenu en apparence hier soir, aujourd’hui plus que jamais la copropriété est divisée.


C’est une histoire de copropriété sans issue…


C’est surtout l’histoire des fondements de l’Union européenne qui sont en train de vaciller. Le dialogue qui semble s’être réengagé hier soir est une bonne nouvelle. Mais il faudra aller plus loin pour bétonner ces fondations, sinon c’est tout le bâtiment qui va s’écrouler.

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