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La guerre de la saucisse est déclarée entre l'Union européenne et le Royaume-Uni, sur fond de Brexit

10 juin 2021 à 10:25 - mise à jour 10 juin 2021 à 12:37Temps de lecture3 min
Par Esmeralda Labye

On pourrait en rire, mais l’affaire est sérieuse. Les relations entre Londres et Bruxelles sont grillées. Le dossier " viande surgelée " pourrait leur rester sur l’estomac.

L’accord sur le Brexit a prévu des dispositions spécifiques concernant l’Irlande du Nord. Ces dispositions sont effectives depuis le 1er janvier.

La province britannique d’Irlande du Nord peut rester dans le marché unique et l’union douanière européenne pour les marchandises, mais des contrôles douaniers sur les biens arrivant dans cette province sont réalisés depuis la Grande-Bretagne.

Le but est d’éviter qu’une frontière physique entre cette portion de terre britannique et la République d’Irlande (membre elle de l’UE) ne soit réactivée. Il s’agit évidemment de préserver la paix conclue en 1998 avec l’accord du Vendredi saint, après 30 ans de conflit sanglant (3500 morts) entre les unionistes (principalement protestants) favorables au maintien sous la couronne britannique et les républicains (majoritairement catholiques) pour la réunification de l’île.

Lors de l’accord et pour éviter les pénuries dans les chaînes d’approvisionnement en Irlande du Nord, un sursis de six mois avait été accordé aux produits à base de viande crue préparée venant de Grande-Bretagne. Une véritable bouffée d’oxygène pour les supermarchés nord-irlandais, largement dépendants du reste du Royaume-Uni et qui redoutaient de devoir fermer des points de vente si aucun compromis n’était trouvé.

Cette période de grâce se termine le 30 juin. En toute logique, après cette date, les contrôles sanitaires de l’UE seront d’application. Sauf que Londres envisage à présent de prolonger cette exemption pour la viande réfrigérée, histoire de garantir les importations des fameuses saucisses british sur le sol nord-irlandais !

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Pour calmer le jeu

Cette annonce vise tout simplement à calmer la colère des unionistes. Ces derniers dénoncent l’introduction de fait d’une frontière en mer d’Irlande, au sein du Royaume-Uni. Des violences avaient d’ailleurs éclaté début avril pour dénoncer ces règles, la crainte de nouveaux débordements cet été est donc réelle (C’est en été que les marches orangistes commémorent la domination protestante sur la province).

Face à la grogne des unionistes, le gouvernement britannique avait déjà repoussé unilatéralement la période d’adaptation pour certains contrôles, notamment pour l’agroalimentaire. Cette décision avait poussé la Commission européenne à engager une procédure d’infraction contre le Royaume-Uni.

"Il n’y a absolument aucune raison d’empêcher la viande réfrigérée d’être vendue en Irlande du Nord et toute interdiction serait contraire aux objectifs du protocole et aux intérêts du peuple nord-irlandais", a déclaré le porte-parole du Premier ministre britannique Boris Johnson. Il a souligné que Londres souhaitait trouver une solution urgente" et "consensuelle". "Nous ne nous attendions pas à ce que l’UE adopte une position si puriste dans l’application du texte", a-t-il ajouté.

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Le vice-président de la Commission européenne, Maros Sefcovic, a dialogué plusieurs heures avec le ministre britannique chargé du Brexit, David Frost. "Il n’y a eu aucune avancée. Il n’y a pas eu de rupture non plus et nous allons continuer à discuter", a-t-il déclaré.

Face au Parlement ce mercredi, Boris Johnson a expliqué que sa priorité était de donner “aux habitants d’Irlande du Nord un accès libre et sans interruption aux biens et services de l’ensemble du Royaume-Uni” et de “protéger l’intégrité territoriale et économique” du pays.

Au menu de la visite de Joe Biden

Les tensions autour de l’Irlande du Nord vont figurer au menu des discussions entre Joe Biden (d’origine irlandaise et fière de l’être) et Boris Johnson. Les deux hommes se rencontrent ce jeudi avant le sommet des chefs d’État et gouvernement du G7.

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Le président américain a déjà prévenu qu’une absence de solution risquerait de compromettre les chances de succès de l’accord de libre-échange entre les deux pays, que recherche ardemment Boris Johnson.

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