La guerre contre le plastique et les emballages est loin d'être gagnée en Flandre

Joyce Azar, journaliste à la VRT

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30 mai 2018 à 07:20 - mise à jour 30 mai 2018 à 07:20Temps de lecture2 min
Par Joyce Azar

L’Union européenne sauvera-t-elle la ministre flamande de l’Environnement dans son combat contre les déchets et les emballages en plastique ? Joke Schauvliege l’espère sans doute. On l’a presque entendue pousser un "ouf" de soulagement face à la proposition de la Commission européenne de se débarrasser des plastiques jetables.

Depuis plusieurs mois, la ministre CD&V se bat pour faire adopter son "Plan emballages" qui vise à lutter contre les déchets en Flandre. Parmi les mesures qu’elle veut imposer : l’interdiction des sacs en plastique (toujours permis !). La ministre veut aussi ouvrir les sacs bleus (PMC) à d’autres emballages, faire payer les producteurs industriels, et puis surtout, introduire une consigne sur les canettes et les bouteilles en plastique.

Selon la ministre, ces contenants représentent plus de 40% des déchets, et coûtent chaque année 155 millions d’euros aux communes. Les canettes et les bouteilles en plastique sont aussi les détritus les plus présents le long des routes flamandes. 

La majorité divisée

L’initiative semble donc être salutaire et nécessaire, et pourtant ça coince au niveau de la majorité. Les deux partenaires de coalition du CD&V se montrent très critiques face au plan de Joke Schauvliege. Il y a deux semaines, le débat au Parlement flamand a été particulièrement houleux. L’Open VLD s’est opposé à l’introduction d’une consigne, qui ne s’attaquerait selon lui qu’à une partie infime du problème. Une position étonnante, quand on sait que certains bourgmestres libéraux, tels que Bart Somers ou Vincent Van Quickenborne, sont partisans d’un tel système.

De son côté, la N-VA a utilisé des mots durs, dénonçant la "démagogie" de ce plan environnemental. Récemment, le président du parti, Bart De Wever, a fait savoir qu’il ne s’opposait pas au plan, mais qu’il n’était pas pour autant convaincu. A ses yeux, de nombreuses questions demeurent sans réponse. Qu’adviendrait-il par exemple si une personne achetait une canette à Bruxelles, prenait le train, et l’échangerait ensuite à Anvers contre une consigne ? Une question pertinente, mais qui démontre peut-être aussi l’inefficacité que peut parfois engendrer la régionalisation des compétences. 

Le "Plan Emballage" a-t-il des chances de passer ?

Pour l’instant, c’est plutôt mal parti. La majorité flamande prend d’ailleurs des allures de "kibbelkabinet", ce terme flamand utilisé pour définir les querelles internes habituelles au gouvernement fédéral. Le ministre-président Geert Bourgeois a d’ailleurs recadré sa ministre, déplorant que cette dernière se soit exprimée dans les médias avant même que la coalition ait pu se positionner. La décision du gouvernement flamand a depuis été reportée.

En attendant, peut-être que le projet de la Commission européenne jouera en la faveur de Joke Schauvliege. Lundi, le commissaire européen Frans Timmermans l’affirmait encore : le système de consigne fonctionne. Pas sûr toutefois que l’avis d’un eurocrate soit suffisant pour convaincre les nationalistes flamands.

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