Chroniques

La grève dans les écoles, en attendant l’orage…

Les coulisses du pouvoir

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10 févr. 2022 à 07:27Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

C’est l’actu du jour, les profs en grève. C’est un phénomène assez rare, mais c’est un phénomène qui risque de se multiplier.

Un long fleuve tranquille

Oui et d’abord le constat, les grèves sont devenues rarissimes dans l’enseignement. Certainement si on compare à d’autres secteurs dans le privé ou dans le public, par exemple les transports. C’est donc le signe que depuis disons, depuis la deuxième moitié des années 90, le dialogue social se passe pas trop mal. De l’extérieur on pourrait croire que l’école vit donc sa vie sociale plus ou moins tranquillement. Or, deux choses se passent, qui peuvent laisser penser que la marmite école pourrait exploser dans les prochaines années. La journée de grève du jour n’étant peut-être qu’un petit relâchement de vapeur signalant que la pression monte, inexorablement.

La vie à l’école

La première chose c’est que la vie à l’intérieur de l’école se détériore. Ce n’est pas que les conditions de travail des profs au sens strict, même si ça joue. Mais ce serait insuffisant. Ce qui est en jeu c’est une série d’éléments qui influence la qualité de vie à l’école (celle des profs, des enfants et des parents). La qualité des bâtiments, la pénurie d’enseignants, le rapport entre les parents et les enseignants qui sont souvent plus difficiles, l’augmentation d’une série de tâches administratives, de réunions, d’aménagements raisonnables pour les élèves qui ont des difficultés d’apprentissage. Avec le covid s’est rajouté l’aspect gestion sanitaire et le masque. Tout mis ensemble, de nombreux enseignants témoignent d’une baisse de la qualité de vie à l’école et se sentent dévalorisés, démonétisés.

Les finances publiques

L’autre élément explosif est extérieur à l’école. Ce sont les finances de la communauté française. Et c’est potentiellement beaucoup plus explosif. Car les autres problèmes dont on a parlé s’accumulent très lentement depuis des années sans que cela suscite, et beaucoup d’enseignants s’en désolent, de réactions fortes des syndicats. L’explication est sans doute à trouver dans le pacte d’excellence auquel les syndicats sont associés.

D’un point de vue financier, le gouvernement de la communauté française paie ses promesses. En matière d’encadrement (nombre de profs), en matière de rénovations des bâtiments, en matière de salaires. Elle paie, mais largement à crédit. Elle s’endette parce qu’elle ne peut pas lever de taxe nouvelle. Et comprenons bien qu’elle s’endette pour payer essentiellement des salaires.

Donc quand la dette va devenir trop lourde, ce qui va se passer est clair, quand les agences de notations vont commencer à s’inquiéter, que les marchés ne prêteront plus aussi facilement, la communauté devra couper là où elle peut c’est-à-dire dans de la masse salariale. Avec près de 100.000 enseignants il est impossible que l’école ne soit pas touchée. Et on ne parle pas de 2050, si vous lisez entre les lignes les interviews du ministre du budget Frédéric Daerden ou du ministre président Pierre Yve Jeholet on parle de 2024, 2025. On va jusqu’aux élections, après… C’est le trou noir.

La fin de la communauté ?

Il n’est pas certain que l’école connaisse une coupe claire, mais ça nous pend au nez. Pour éviter ce problème déjà connu dans les années 90 et qui avait conduit à des grèves de plusieurs mois, les francophones peuvent faire deux choses. Soit les régions, Bruxelles et la Wallonie reprennent la communauté, et paient. Très bien mais en tout cas pour la Wallonie, c’est très difficile car la Wallonie est elle-même surendettée. Donc si la Wallonie reprend, elle devra procéder elle aussi à des économies.

L’autre solution c’est une négociation avec la Flandre pour refinancer, une nouvelle fois la communauté, contre, et bien contre par exemple une scission de la sécurité sociale ou ce genre de chose. Et pour en arriver là, puisque les partis francophones sont très divisés, il faudra qu’ils y soient poussés. Il est probable, que les profs doivent se mobiliser comme dans les années 90 pour exiger un refinancement. Voilà pourquoi, à mon humble avis, il y a une probabilité grandissante que cette journée de grève ne soit qu’un petit nuage qui cache bien mal l’orage qui arrive.

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