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La Grande Mosquée de Bruxelles introduit une demande de reconnaissance

La Grande Mosquée de Bruxelles introduit une demande de reconnaissance
29 janv. 2020 à 09:37 - mise à jour 29 janv. 2020 à 13:395 min
Par Karim Fadoul

C’est une étape symbolique pour la Grande Mosquée de Bruxelles, dans le parc du Cinquantenaire. L’Exécutif des musulmans de Belgique qui en a repris la gestion début 2019, après cinq décennies aux mains de l’Arabie Saoudite, a décidé d’introduire une demande de reconnaissance auprès de la Région de Bruxelles-Capitale. "Le traitement de ce dossier est actuellement en cours", confirme le ministre-président régional Rudi Vervoort (PS), en charge des Cultes.

"Mon espoir est que la reconnaissance effective advienne rapidement et que cette reconnaissance "à haute valeur symbolique ajoutée" suscite des vocations auprès d’autres mosquées", a précisé ce mardi Rudi Vervoort en commission du Parlement bruxellois, suite à une interpellation de la députée Nadia El Yousfi (PS). Aujourd’hui, la Région bruxelloise compte moins de cent mosquées, mais seulement 21 mosquées reconnues et huit demandes à l’analyse.

Prise en charge des salaires des imams, du déficit…

Mais qu’apporte une reconnaissance officielle aux mosquées ? Les avantages sont les suivants, comme l’explique l’Exécutif des musulmans de Belgique : intervention publique pour combler un déficit financier, intervention financière dans le cadre de travaux d’entretien, avantages fiscaux, prise en charge du salaire des imams (jusqu’à trois par mosquée reconnue). En contrepartie, l’ASBL gérant la mosquée doit travailler à livre ouvert puisqu’elle devient un établissement public. Ses statuts sont transparents. La mosquée doit obligatoirement mettre en place un comité de gestion qui va élaborer un budget prévisionnel et présenter ses comptes auprès la tutelle régionale. Les sources de financement sont davantage contrôlées, ce qui empêche en théorie les sources de financements extérieures, venant de l’étranger.

Enfin, la mosquée accepte la mise en concurrence dans le cadre par exemple de marchés publics. Si c’est la Région bruxelloise qui, pour les 19 communes, octroie la reconnaissance, la demande initiale fait l’objet d’un avis du Service Public Fédéral Justice. Un avis de la Sûreté de l’Etat est nécessaire. Mais d’autres services interviennent en amont : l’OCAM (qui analyse la menace sur notre territoire), le Service général du renseignement de la Défense, la Police fédérale, la police locale concernée, l’Office des étrangers, la Cellule de traitement des informations financières (CETIF)…

La mosquée du cinquantenaire soutient-elle le salafisme ?

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La fin du contrôle par l’Arabie saoudite

Si la Grand Mosquée demande sa reconnaissance, c’est aussi pour tourner définitivement une page. En 1967, la Belgique donne la gestion du bâtiment qui abritera la future Grande Mosquée (l’ancien pavillon oriental de l’Exposition nationale de 1880) à l’Arabie saoudite. Un bail emphytéotique de 99 ans est conclu en 1969. Après restauration, le lieu de culte est ouvert aux fidèles, en 1978, quatre ans après la reconnaissance du culte islamique.

Mais au fil des années, l’influence saoudienne pose questions. La diffusion d’un islam rigoriste et wahhabite auprès des musulmans de Belgique venus principalement d’Afrique du Nord inquiète les autorités belges. C’est le cas au moment de la guerre civile en Algérie mais plus encore ces dernières années avec l’apparition des organisations terroristes Al-Qaïda et Etat islamique. Après les attentats du 13 novembre à Paris et du 22 mars à Bruxelles, le pouvoir politique se saisit de la question, suite à diverses interpellations au Parlement fédéral. La commission d’enquête parlementaire sur les attentats pointe la responsabilité de la Grande Mosquée dans la propagation d’un islam radical. Il apparaît également que le Centre islamique et culturel, qui gère le lieu, n’a jamais publié ses comptes. Il faudra attendre pour cela juin 2016.

En mars 2018, le gouvernement fédéral décide de rompre la convention avec l’Arabie saoudite. La gestion du lieu revient à l’Exécutif des musulmans. Le transfert est effectif en mars 2019. Mais quelques semaines plus tard, la presse apprend qu’un imam rémunéré par l’Arabie Saoudite y office encore. Une information confirmée par le cabinet du ministre de la Justice Koen Geens (CD & V) qui parle d’un problème lié à la phase transitoire.

La Grande Mosquée vient de loin

Récemment, celui-ci a constitué l’ASBL de gestion de la Grande Mosquée de Bruxelles, présidée par Salah Echallaoui, par ailleurs vice-président de l’Exécutif. "Nous avons introduit une demande de reconnaissance en application avec les recommandations des conclusions de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats terroristes. Cette Grande Mosquée devait changer de statut, comme mosquée publique", explique celui-ci à la RTBF. "La reconnaissance de la Grande Mosquée de Bruxelles qui vient de loin, avec la rupture avec la Ligue islamique mondiale (NDLR: l’Arabie Saoudite), fera d’elle un lieu emblématique de l’islam en Belgique, l’islam institutionnel. Cela permet d’avoir un cadre d’imams responsables et reconnus par les autorités qui seront financés par le SPF Justice. Cela permettra à l’organe chef de culte et à ses instances d’exercer un contrôle sur le discours religieux dans cette mosquée." Les imams désignés signeront une charte comme tous les autres imams reconnus en Belgique, dit-on.

La mosquée est la plus importante du pays.
La mosquée est la plus importante du pays. ERIC LALMAND - BELGA

En faire un lieu emblématique de l’islam en Belgique

"Il y a une séparation dans notre pays entre l’Église et l’Etat, entre le politique et le religieux", rappelle toutefois le responsable de lieu de culte du Cinquantenaire. "Aucune intervention du politique dans le discours religieux, aussi longtemps que ce discours respecte les valeurs démocratiques communes de notre pays, partagées par l’ensemble des concitoyens. Ce discours-là, c’est une attente et un souhait des fidèles dans leur grande majorité. L’intervention des services de renseignements et de justice avant la reconnaissance, c’est aussi une garantie que nous n’allons pas nous tromper dans la désignation de nos ministres du culte."

Comme expliqué, le contrôle des financements sera entrepris. "Et comme c’est une mosquée très importante en Région bruxelloise, ce qui est attendu d’elle c’est de jouer le même rôle que jouent d’autres lieux emblématiques comme la Grande synagogue de Bruxelles ou la cathédrale des Saints-Michel et Gudule. L’accès de la Grande Mosquée à la reconnaissance est une grande étape."

Pour Salah Echallaoui, l’objectif est également de servir d’exemple à d’autres mosquées qui pour l’instant font toujours le choix de la non-reconnaissance officielle qui ne se signifie pas forcément qu’elles sont illégales. "Nous encourageons les mosquées, nous les encourageons à introduire une demande de reconnaissance de leur lieu de culte. Pas uniquement en Région de Bruxelles-Capitale mais également en Flandre et en Wallonie. Il est important pour l’islam en Belgique que les mosquées accèdent à la reconnaissance pour en faire des institutions publiques mais aussi dans le cadre de la lutte contre le radicalisme."

La Grande mosquée de Bruxelles est à un tournant de son histoire

JT 19h30

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