La passion selon...

La Frottola, forme poético-musicale florissante dans l’Italie du début de la Renaissance

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24 mai 2022 à 11:25Temps de lecture2 min
Par Céline Scheen

Dans sa chronique La passion selon, la soprano Céline Scheen nous emmène dans l’Italie des XVe et XVIe siècles, à la découverte de la "frottola". Mais qu’est-ce donc que la frottola ? Elément de réponse ci-dessous.

La frottola – dont le terme vient du latin "fracta", signifia, "amas d’éléments divers" - était le type prédominant de chanson profane populaire italienne de la fin du XVe siècle et du début du XVIe. Ces "chansons" sont surtout composées entre 1470 et 1530, après quoi elle évoluera vers la forme madrigalesque.

Cette frottole est populaire, puis plus lyrique, d’une écriture homophone, ou harmonisée à 3, 4 ou 5 parties. Cette chanson populaire est donc une forme poético-musicale florissante dans l’Italie du début de la Renaissance.

Le terme apparait la première fois dans une pièce de Francesco Landino entre 1335 et 1397. Dans les poèmes, on parle d’amour, de séparation, de printemps et de guerre.

Réaction à l’art savant des musiciens franco-flamand

Au départ, la Frottola apparaît en réaction à l’art savant des musiciens franco-flamand, qui vivent et brillent en Italie. D’où son caractère souvent comique et parodique.

Les poètes et musiciens exécutent leurs propres œuvres. Ils chantent la partie principale (souvent le soprano), en s’accompagnant eux-mêmes parfois au luth, ce qui favorise l’improvisation.

Parmi les compositeurs célèbres de Frottole, on retrouve Francesco d’Ana, Antonio Caprioli, Marchetto Cara, Giacomo et Ludovico Fogliano, Rossino Mantovano, Bartolomeo Tromboncino,…

En 1504, un premier livre est imprimé par Petrucci, qui en éditera onze jusqu’à 1514. On y trouve des textes strophiques de 8 vers octosyllabiques et trochaïques.

Dans ces recueils, on trouve aussi des formes voisines aux noms joliment exotiques, comme le strambotto, l’ode, le sonetto, le capitolo, la barzaletta, la villota, et pour revenir à du plus connu de nos oreilles, la villanella et la canzone.

La frottola conduira donc à la canzone et au madrigal, c’est dire si son importance sera capitale.

Le poème aura généralement un schéma de rimes d’ABBA (pour une reprise) et une strophe CDCDDA. La composition de la musique en support du poème privilégie les textures homophoniques, évite la complexité du contrepoint, s’appuie sur des rythmes répétitifs et une gamme mélodique étroite.

De la frottola au madrigal

La frottola influencera le madrigal, mais aussi la forme de la "chanson" en France, induisant des formes légères, dansantes et populaires. En effet, de nombreux compositeurs français de l’époque se sont rendus en Italie, soit pour travailler dans les Cours aristocratiques, soit à la chapelle papale de Rome. Ils rencontrent donc la frottola, et vont incorporer dans leurs compositions profanes une partie de ce qu’ils ont entendu.

L’un des compositeurs les plus connus de ce genre est Bartolomeo Tromboncino. Né à Vérone en 1470, et mort à Venise 65 ans plus tard, il est aussi tristement célèbre pour avoir tué sa femme. A l’instar de Gesualdo, 100 ans plus tard, il assassine sa femme lorsqu’il la surprend en flagrant délit d’adultère, mais contrairement à lui, il semble épargner l’amant.

A l’époque, il est très soutenu, pour son talent de compositeur, par la grande mécène Isabelle d’Este, et c’est probablement cette relation qui l’aura aidé à obtenir le pardon pour ses divers meurtres et méfaits.

Les poètes que Tromboncino mettra en musique sont, entre autres, Pétrarque, Galleotto et Sonnazaro. Il a même mis en musique un poème de Michel-Ange "Come haro dunque ardire".

La Passion selon Céline

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