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La force de la caresse dans l’accompagnement des plus fragiles

Tendances Première: Le Dossier

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Quoi de pire qu’une vie sans contact, sans douceur et sans caresse ? Dans le monde du soin, on confond trop souvent l’efficacité avec une froideur impersonnelle. Pourtant, une main qui se pose sur notre bras peut apaiser bien des chagrins, des douleurs et des souffrances. Mais d’où vient le pouvoir de ce geste ancestral, la caresse ? Que pensent les philosophes du rôle du toucher dans notre rapport à l’autre ? Que disent les scientifiques de son effet sur notre santé physique et mentale ?

Le docteur Véronique Lefebvre des Noëttes, qui travaille auprès des personnes âgées, en fait l’expérience tous les jours. Dans son livre La force de la caresse (Ed. du Rocher), elle nous invite à redécouvrir le sens du toucher. Et à réinscrire, par la caresse, de l’humain au cœur des soins.

La caresse est quelque chose que l’on doit proposer, notamment dans les moments de grande vulnérabilité, au moment de la naissance, avant la naissance, quand on est malade… La caresse console, la caresse apaise. C’est le plus grand anxiolytique au monde. Elle est gratuite, elle est facile à distribuer. Mais attention, il faut qu’elle soit acceptée et il faut être un expert du juste moment.

© Pixabay

"On n’ose plus se toucher"

Nous manquons de toucher et de caresses dans nos vies aujourd’hui. Quand nous sommes enfants, nos parents nous caressent le visage, le bras, mais une fois adulte, cela disparaît presque de nos relations.

C’est d’autant plus évident que nous vivons dans un monde hygiéniste, en particulier depuis le Covid. On se regarde à peine, on porte le masque à l’hôpital, dans le métro… On n’ose plus se toucher, ni marquer de la tendresse envers un adulte.

Parce que la caresse a quelque chose de particulier : c’est à la fois de la tendresse, mais cela peut-être aussi du sensuel, de l’érotique.

Il y a un moment de bascule, notamment chez les adolescents, où il n’est plus question de se faire caresser par papa ou maman, sauf dans les moments de grand chagrin où cela reste une consolation.

Il y a les zones que l’on peut caresser sans aucun danger : avec le bout des doigts, avec la paume, ou le dos de la main sur un front ou une joue brûlante. Puis il y a d’autres zones, les zones érogènes, réservées aux amoureux, qui n’ont pas leur place, ni dans les soins, ni entre les générations au sein d’une même famille, souligne le docteur Véronique Lefebvre des Noëttes.

"Rouvrir l’être à l’autre"

Le monde est aussi très rythmé par des interfaces, des tablettes, des ordinateurs, des téléphones. Même en médecine, avec la télémédecine.

"Moi, je ne conçois pas un monde comme ça. On ne peut pas voir son patient, on ne peut pas le toucher."

Une personne âgée qui est très agitée par sa maladie d’Alzheimer doit pouvoir être touchée pour se décentrer d’elle-même. Et là, on est dans la modern solitude, ce qui est tout à fait dommageable. Véronique Lefebvre des Noëttes voudrait rouvrir l’être à l’autre, notamment dans les soins aux plus vulnérables, parce qu’ils ne reçoivent que des mains gantées, que des regards soupçonneux, que des examens cliniques.

"A l’hôpital, on est tellement dans les protocoles, dans les procédures, dans 'cocher la bonne case', est-ce que j’ai bien fait l’examen complémentaire ? Moi, je voudrais qu’on coche aussi : est-ce que j’ai bien fait ma caresse éthique ?"

"Une thérapeutique non médicamenteuse"

Il est scientifiquement prouvé, depuis des années, que notre cerveau, lorsqu’on nous prodigue une caresse, va être inondé d’ocytocine, d’hormone du plaisir, de dopamine. L’axe corticotrope, qui entraîne le stress, va être apaisé. Il y aura un ralentissement du pouls, une diminution de l’hypertension artérielle. On va être apaisé, câliné, dans le corps et dans la psyché.

"Les études montrent qu’il n’y a pas d’effet délétère à la caresse, mais que des effets positifs, sans médicaments. Pour les personnes âgées, déjà polypathologiques ou malades d’Alzheimer, c’est apparenté à une thérapeutique non médicamenteuse, gratuite, qui aide tout le monde à se sentir mieux."

"Je me sens un passeur de vie"

Si les effets de la caresse sur celui qui est caressé sont bien connus, les effets de la caresse sur celui qui caresse le sont moins. Et pourtant, les bénéfices sont tout aussi manifestes.

En tant que psychiatre, Le docteur Véronique Lefebvre des Noëttes se sent plus qu’utile lorsqu’elle peut tendre la main, caresser une main, une joue, dire à la famille : "Il va rendre son dernier souffle, ce serait bien que vous puissiez échanger des paroles."

Je me sens plus qu’utile. Je retrouve du sens, alors qu’on est tellement en manque de sens dans nos hôpitaux, en tous les cas en France, aujourd’hui. C’est extraordinaire. Je me sens un passeur de vie. On est dans ce peau à peau et je pense que, mon ocytocine, je la donne aussi au patient que je caresse.

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