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La fin de l’année s’annonce compliquée pour l’enseignement supérieur artistique

22 mai 2020 à 08:00 - mise à jour 24 mai 2020 à 08:003 min
Par I.L. avec S. Heinderyckx
Cours virtuel de violon
Cours virtuel de violon RTBF

Les examens à distance vont bientôt commencer partout dans le supérieur. Mais dans l'enseignement artistique, organiser de telles évaluations est particulièrement compliqué.  Selon les cours, les élèves seront notés sur le travail de l'année. Certains rendront des travaux pour les cours théoriques et d’autres pourront tout de même passer des examens en "présentiel". En attendant, tous ces artistes continuent à s’exercer.

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Difficile de tout contrôler à distance

Shirly Laub est professeure de violon au conservatoire de Bruxelles. Depuis le début du confinement, elle n’a d’autre choix que de suivre ses dix-neuf étudiants à distance. Ils lui envoient des vidéos des quatre coins de la Belgique et aussi du monde entier. Elle les visionne en annotant la partition, qu'elle leur renvoie ensuite.  Non seulement cette méthode prend du temps, mais en plus, elle ne permet pas de contrôler tous les aspects du travail. "En général, le professeur tourne autour de l’étudiant et observe des détails importants comme la respiration, la détente, le fonctionnement des muscles, le placement des épaules, etc. Mais tout cela est absolument impossible à distance ".

Shirly Laub, professeure de violon
Shirly Laub, professeure de violon © Tous droits réservés

L’expérience aussi importante que le diplôme

Tous les étudiants ne disposent pas d'une bonne connexion ou d'outils performants pour l'enregistrement. Le conservatoire de Bruxelles a donc décidé de ne pas organiser d'examen à distance. Sarah va passer en master 1 grâce à ses bons résultats de début d'année, mais pour cette jeune violoniste, ce n'est pas l'essentiel : "Avoir un diplôme est important bien sûr, mais le plus important est d’avoir de l’expérience comme pouvoir jouer dans des orchestres ou dans des concerts de musique de chambre, ou encore assister aux concerts d’autres musiciens. Mais tout cela n’est pas possible actuellement ", déplore-t-elle.

Sarah n’a d’autre choix que de continuer à s'exercer chez elle, mais pour  son enseignante, c'est peut-être le bon côté du confinement car ses étudiants gagnent en autonomie. "La technologie leur permet de garder un contact, mais le plus important est qu’ils ont trouvé leur propre manière de travailler. Ils font ça pour eux-mêmes et pas pour un prof ou pour obtenir des points", explique Shirly Laub.

Au conservatoire de Liège, les étudiants qui doivent être diplômés cette année, ressentent la grande frustration de ne pas pouvoir se produire en fin d’année dans la salle de l'orchestre philarmonique royal. Pour eux, ce concert représentait l’aboutissement de plusieurs années de travail.

A cela s’ajoutent aussi quelques craintes, comme l’aspect financier qui s’annonce compliqué pour nombre d’étudiants, qui n’ont pas pu exercer leur job durant le confinement.

Quelles méthodes d’évaluation dans ces conditions particulières?

Pour Marc Steffens, étudiant en dernière année au conservatoire de Liège, l’une des principales sources de stress réside dans la manière dont ils seront évalués : "Certaines méthodes d’évaluation seront plus arbitraires que d’habitude. En principe, lorsque des jurys externes interviennent, il y a plusieurs personnes, mais à présent, pour de nombreux cours, seul le professeur sera habilité à juger ".

Et Marc Steffens d’insister aussi sur les travaux imposés et la particularité de leurs études musicales: " La charge de travaux est plus importante que d’habitude et beaucoup d’étudiants sont "largués" car ils n’ont pas de contacts avec les professeurs (…) C’est compliqué car il y a de nombreuses spécialités dans ces études, et certains étudiants sont seuls dans leur cursus avec leur programme. Chaque instrument est différent ".  

Une organisation propre à chaque conservatoire

À l’Institut Supérieur de Musique et de Pédagogie de Namur (l’IMEP), on est parvenu à organiser de vrais examens en juin, pour les années diplômantes.

Salle de concert de l'IMEP à Namur
Salle de concert de l'IMEP à Namur © Tous droits réservés

Ils se tiendront dans la salle de concert et seront retransmis en direct pour les proches des étudiants. Le directeur, Guido Jardon, rassure et explique comment les choses vont se dérouler:"Il faut compter à peu près sept personnes, (l’étudiant, un accompagnateur et les membres du jury). Ils seront rassemblés dans une salle assez grande et toutes les mesures d’hygiène ont été prises, comme un itinéraire unique pour éviter les rencontres, des masques et du désinfectant ".

Chaque structure artistique y va de sa propre organisation, mais les écoles font surtout ce qu’elles peuvent en de telles circonstances.

Il n’empêche que cette situation reste avant tout difficile pour les jeunes artistes, qui vont se retrouver très bientôt au point mort sur le marché du travail, durant au moins encore plusieurs mois.  

 

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