Monde

La famille de Paul Rusesabagina demande qu’il soit rapatrié en Belgique

En tenue rose de prisonnier, Paul Rusesabagina a comparu avec ses coaccusés pour la première journée de son procès, le 17 février.

© Simon Wohlfahrt / AFP

19 févr. 2021 à 13:28Temps de lecture3 min
Par Daniel Fontaine

La famille de l’opposant au régime rwandais Paul Rusesabagina se dit très inquiète pour sa santé et demande son transfert judiciaire vers la Belgique. Elle se porte partie civile contre le pasteur belgo-burundais Constantin Niyomwungere qui lui a tendu un piège, permettant sa capture par les autorités rwandaises, ainsi que contre la compagnie grecque propriétaire de l’avion qui l’a emmené à Kigali.

Le procès de Paul Rusesabagina a commencé cette semaine à Kigali. Connu comme "le héros du film Hôtel Rwanda", il est poursuivi au Rwanda pour 13 chefs d’accusations, dont terrorisme, meurtre et financement de rébellion. Il fut l’une des têtes pensantes d’une milice rwandaise, le FLN, accusé d’avoir mené des attaques meurtrières au Rwanda.

Le piège organisé par le Rwanda

Paul Rusesabagina dispose d’une équipe de défense très active aux États-Unis, en Belgique et au Rwanda. Son avocat belge Vincent Lurquin a annoncé aujourd’hui cette demande de transfert et la plainte. Il a détaillé les arguments présentés lors de la première audience à Kigali, contestant la légalité des poursuites au Rwanda pour deux raisons. D’une part, Paul Rusesabagina est belge et a perdu, selon lui, sa nationalité rwandaise lorsqu’il a été naturalisé. D’autre part, son arrestation à Kigali est le fruit d’un enlèvement mené en toute illégalité par le Rwanda contre un citoyen belge.

Le 28 août 2020, Paul Rusesabagina est monté à bord d’un jet privé en compagnie du pasteur Constantin Niyomwungere qui l’avait invité à venir s’exprimer dans des églises au Burundi. C’était un piège pour le livrer aux mains de la justice rwandaise. Le pasteur l’a expliqué dans une audition judiciaire et dans des interviews.

L’avion était en fait affrété par le RIB, le Rwanda Investigation Bureau. Paul Rusesabagina ne s’est aperçu de la supercherie qu’au moment où il est descendu sur le tarmac de l’aéroport de Kigali, où il a été arrêté. "Pénalement, c’est punissable, parce qu’un Etat ne peut pas enlever des nationaux d’un autre Etat", affirme Vincent Lurquin.

Coopération judiciaire

"J’espère que, maintenant que l’on sait sans aucun doute qu’il a été enlevé, que l’on connaît les coupables, et qu’une plainte a été déposée, la Belgique va bouger." L’avocat et la famille ont été reçus au cabinet de la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès. Ils demandent le transfert de Paul Rusesabagina en Belgique, où un dossier judiciaire a été ouvert à la demande des autorités rwandaises. Les justices des deux pays coopèrent en effet étroitement sur cette affaire. Une perquisition a été menée à son domicile à Kraainem, et une audition a eu lieu à Bruxelles, en présence de magistrats rwandais.

"Il faut que le gouvernement belge demande au gouvernement rwandais d’accepter ce transfèrement, insiste Me Lurquin. L’instruction pourra se poursuivre, mais dans un pays qui n’est pas coupable d’avoir enlevé la personne. Malheureusement, le gouvernement ne bouge pas. J’ai des lettres de plusieurs ministres qui prennent acte. Mais maintenant, leur silence risque de devenir un silence complice."

Une assistance consulaire trop timide

Cette demande est appuyée par la députée CD&V Els Van Hoof. Les défenseurs de Paul Rusesabagina ont reçu un soutien du Parlement européen, d’élus du Congrès américain et de parlementaires belges. Mais ils reprochent au gouvernement belge d’en faire un minimum. Vincent Lurquin s’était rendu à Kigali, mais il n’a jamais pu rencontrer son client.

Les Affaires étrangères apportent au détenu belge une aide consulaire, mais les médicaments déposés à la prison pour soigner son hypertension ne lui ont jamais été remis, ce qui renforce l’inquiétude et le dépit de la famille. "Le gouvernement belge n’a toujours pas réussi à faire en sorte qu’il ait accès à ses médicaments", reproche sa fille Carine Kanimba. "De plus, l’assistance consulaire devrait l’aider à avoir accès à ses avocats et ça n’a pas encore été possible. Cette assistance n’est pas effective et des mesures plus sévères devraient être prises."

Pour elle, il est clair que son père ne peut pas avoir un procès équitable au Rwanda, d’autant que ses conditions de détention s’apparentent à "une tortue mentale autant que physique".

Sur le même sujet

Affaire Paul Rusesabagina : le dialogue reste ouvert avec le Rwanda, assure Sophie Wilmès

Verdict reporté dans le procès de Paul Rusesabagina, dont l’histoire a inspiré le film "Hotel Rwanda"