Coupe du Monde 2022

La diagonale de Manuel Jous : le Hazard et la nécessité

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Cinq jours après leur préparation loupée contre l'Egypte, les Diables Rouges entrent dans le vif du sujet avec un premier rendez-vous qui, par définition, ne peut jamais être loupé dans une phase de groupes à quatre équipes. D'autant moins que, comme il y a quatre ans face au Panama, la Belgique entame son tournoi par son match le plus "abordable" (on notera la présence de guillemets qui, au fil de ces derniers mois, a fini par s'imposer...). Echec interdit face à une nation qui n'a jamais pris de point ni inscrit de but en Coupe du monde (son unique participation remontant à 1986) mais dont l'enthousiasme et les qualités individuelles de certains joueurs offensifs (Davies, Buchanan, David) ne peuvent en aucun cas laisser croire qu'il suffira aux Diables Rouges de paraître pour vaincre...

Depuis son installation dans le luxe, le calme et la volupté du Salwa Beach Resort Hotel, Roberto Martinez a eu quatre jours pour cogiter, et on imagine que, malgré l'absence des coups klaxons de Doha, son sommeil a dû être quelque peu agité...

Le seul poste qui coule de source est celui de gardien, où Thibaut Courtois s'apprête à entamer son 13è (!) match de Coupe du monde. Malgré les problèmes de sciatique qui l'ont fait souffrir ces dernières semaines, le portier du Real a prouvé contre l'Egypte qu'il était bien au top, ce qui n'est pas le moins rassurant pour entamer ce tournoi.

Devant lui, il devient déjà plus flou de lire dans les pensées du sélectionneur, même si Toby Alderweireld entamera sans aucun doute le match au centre de la défense. A sa gauche, Arthur Theate n'a pas démérité face à Mohammed Salah (c'était même l'un des Diables les plus convaincants), mais la montée de Jan Vertonghen en deuxième mi-temps et sa présence dans la conférence de presse laisse bien augurer d'une 143è cap pour le recordman du genre... A sa droite, le fait que Zeno Debast ait disputé l'intégralité du match de Koweit City semble préfigurer une présence de l'Anderlechtois dans le onze de base contre le Canada. Ce qui pousse à s'interroger sur le cas de Leander Dendoncker. Quasiment "révélation" des matchs de Nations League du mois de juin, au point de soulever l'enthousiasme du sélectionneur et des observateurs, il n'est plus jamais entré en ligne de compte depuis, ce qui ne manque pas de surprendre...

Le grand échiquier

Au milieu, les choses se compliquent encore.

Les positions axiales ne sont pas les plus épineuses : Axel Witsel est incontournable, Hans Vanaken a bien mal plaidé sa cause contre l'Egypte, alors que l'expérience de Youri Tielemans (très bien monté vendredi dernier) lui confère un avantage que Amadou Onana recevra peut-être un peu plus tard, face à un autre type d'adversaire.

C'est avec la composition des flancs que le jeu d'échec se met réellement en place, car l'identité des tours, appelées à se mouvoir dans la verticalité plus que dans la diagonale des fous, peut varier. La formule la plus attendue est celle de vendredi dernier : Yannick Carrasco (homme du match contre l'Egypte) à gauche, Timothy Castagne à droite (face à la vélocité d'Alfonso Davies, l'option tient parfaitement la route).

Mais si d'aventure, Carrasco était appelé à des tâches plus avancées, en soutien de l'attaquant, il reviendrait à Castagne de meubler le flanc gauche (Thorgan Hazard entrant, pour l'instant, moins en ligne de compte pour une place de titulaire) et à Thomas Meunier le droit. Peu probable, cependant, vu ce que le sélectionneur a déclaré en conférence de presse...

L'heure de vérité

Ce qui nous amène à la question centrale du jour : que faire avec Eden Hazard ? Le capitaine des Diables a étalé son manque de rythme au Koweit tandis que, derrière lui, certains piaffent d'impatience. Les déclarations un peu désabusées du Madrilène interpellent aussi. On sent sa confiance en lui étiolée. Lui qui tenait naguère un discours conquérant, toujours en adéquation avec son talent et son ambition, semble aujourd'hui résigné, comme s'il n'y croyait plus. Alors que ses blessures ne le font plus souffrir, alors que certaines des plus grandes stars mondiales sont plus âgées que lui. Eden Hazard garde toujours son légendaire sourire, mais celui-ci est moins franc, plus en coin. Comme s'il se préparait progressivement à occuper en sélection une position qu'il connaît si bien en club : sur le banc...

Cependant, et cela ne surprend personne, Roberto Martinez, le sélectionneur ne compte pas, d'un simple revers de la main, balayer son capitaine du pont du navire, l'envoyer en pleine mer sans même prendre le soin de lui envoyer un gilet de sauvetage...

La preuve, le sélectionneur, habituellement si avare de confidences en veille de match, n'a pas tourné autour du pot : Eden Hazard débutera le match. Une marque de confiance sous forme de (dernière ?) chance. Car si le Madrilène ne répond pas à l'attente, il deviendra difficile de le confirmer pour le match suivant, sachant le réservoir qui bouillonne derrière lui... Carrasco, par exemple, a encore prouvé que cette position était définitivement sa favorite (c'est en évoluant plus haut qu'il a offert l'assist à Openda contre l'Egypte), Leandro Trossard brûle d'envie de prouver qu'il est l'homme de la situation dans ce rôle (ses 7 buts en Premier League dont un triplé contre Liverpool ont logiquement fait exploser sa cote et sa confiance). Quant à Jérémy Doku, ses 10 minutes prestées vendredi dernier (les premières depuis... juillet 2021 et un épique quart de finale d'Euro contre l'Italie) donnent tout simplement envie de s'en mettre davantage sous la dent.

Eden Hazard n'est plus assis confortablement dans un divan molletonné, mais en équilibre instable, une fesse posée sur un tabouret bancal. Ce rendez-vous contre le Canada sera décisif pour lui.

A ses côtés, le meilleur joueur du monde présent à cette Coupe du monde (vu les forfaits de Karim Benzema et Sadio Mané, c'est juste mathématique) Kevin De Bruyne, devra apporter le rayonnement et le rendement attendus d'un joueur de sa dimension. Il est l'un des rares joueurs de la génération dorée à pouvoir s'estimer (encore) meilleur aujourd'hui qu'en 2018. Roberto Martinez n'a pas exclu non plus qu'il puisse jouer un peu plus bas, en position de 8. Le suspense reste donc de mise, mais on imagine plutôt KDB dans son rôle avancé habituel...

Enfin, en l'absence de Romelu Lukaku (confirmé dans la sélection... 48h avant l'entrée en lice de la Belgique, ce qui prouve bien que le staff croit en lui, probablement pour le troisième match face à la Croatie), on serait surpris que Martinez bouscule sa hiérarchie. Michy Batshuayi (une latte et un pénalty oublié contre l'Egypte) devrait entamer les débats, malgré la bonne entrée de Loïs Openda (un but et beaucoup plus d'activité dans le jeu) contre l'Egypte. Mais le Lensois a prouvé qu'il constituait une option plus que valable au moment de faire appel au banc...

Compo probable : Courtois - Vertonghen, Alderweireld, Debast - Witsel, Tielemans - Carrasco, Castagne - E.Hazard, De Bruyne - Batshuayi

 

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